Le chant de Naboth : la justice face au pouvoir
Achav, Jézabel et Naboth : le vignoble confisqué, la colère d'Eliyahou et le repentir du roi.
Rav Rony Akrich
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Yedidim yekarim, shalom depuis Jérusalem. Je suis heureux de vous retrouver et surtout de continuer, en particulier ce récit biblique. Mais je vais vous entretenir d'un épisode éminent de l'histoire biblique, que nous aurions dû lire ce Chabbat à venir dans les synagogues d'Israël et de la diaspora. Le thème, c'est ce qu'on appelle le chant de Naboth, et vous allez entendre de quoi il est réellement question. Nous sommes à l'époque d'Eliyahou Hanavi, le prophète Élie, bien entendu, qui intervient dans la vie publique. Le roi s'appelle Achav, sa femme c'est Jézabel,
et Naboth est un agriculteur, propriétaire d'un champ. L'affaire de Naboth est un des récits par lesquels la Bible atteint le sommet de l'éthique. Le destin de l'être humain, son éminente dignité, l'exigence de justice sont affirmés avec un relief unique dans la littérature universelle. Naboth, nous l'avons indiqué, est un propriétaire d'Israël qui refuse de vendre son vignoble au roi Achav.
Le paysan israélite tient trop à son patrimoine pour le céder. Il estime que ce serait bien sûr trahir le dépôt qui lui en a été fait par ses pères. Achav lui promet en échange un vignoble meilleur, mais Naboth persiste dans son refus. Achav en est tellement contrarié qu'il en devient, je pourrais dire, neurasthénique. Il refuse de manger et reste couché sur son lit.
C'est alors que la reine Jézabel, ayant appris de sa bouche la cause de son chagrin, se moque de ce pantin de mari qui est le sien et qui ne sait pas vraiment être roi, et jure de lui procurer le vignoble de Naboth. À l'insu du roi, elle écrit aux anciens et aux prévôts d'Israël: « Proclamez un jeûne, placez Naboth à la tête de l'assemblée,
puis soudoyez deux faux témoins qui viendront accuser Naboth devant tout le peuple d'avoir maudit Dieu et le roi. Condamnez-le à la lapidation et exécutez-le. » Tout se passe rapidement selon les désirs de Jézabel. La reine apprend que Naboth est lapidé. Elle vient trouver le roi et l'invite à prendre possession du vignoble de Naboth puisque celui-ci est mort.
Rien de plus écœurant que ce récit, où l'on trouve associés dans le crime le cynisme de Jézabel, la servile complicité des anciens et des prévôts, et la lâcheté morale d'Achav, qui ne demande même pas à sa femme dans quelles circonstances Naboth a trouvé la mort. Contre ce sinistre ensemble éclate la colère de l'Éternel, et il va charger Élie, Eliyahou, le prophète, de se porter à la rencontre d'Achav
au moment même où celui-ci s'apprête à pénétrer dans le vignoble de Naboth.
Élie le traite d'assassin et lance contre lui et Jézabel de terribles menaces: « C'est à l'endroit même où les chiens ont léché le sang de Naboth que les chiens lécheront ton propre sang. Ta dynastie disparaîtra comme celle de Jéroboam et de Baacha. Les chiens dévoreront Jézabel dans la citadelle d'Israël.
Quiconque mourra de la famille d'Achab dans la ville sera dévoré par les chiens. Quiconque mourra dans les champs sera dévoré par les oiseaux du ciel. »
Achab accueille d'abord Élie avec morgue: « Tu m'as donc trouvé, mon ennemi ? » Mais le discours enflammé d'Élie remue ce qui reste en lui de sensibilité humaine. Il fait pénitence, déchire ses vêtements, se revêt d'un cilice, s'impose un long jeûne. Ce repentir sincère lui vaut un sursis.
L'Éternel déclare que le malheur ne s'accomplira pas du vivant d'Achav, mais sous le règne de son fils. Nous avons vu cependant que la mort d'Achav confirme les menaces d'Élie. Les chiens lèchent le sang d'Achav près du vignoble de Naboth, à Israël. Jézabel aura la même fin, puisqu'elle sera dévorée par les chiens qui lécheront son sang.
Un épisode éminent, qui vient révéler ici l'essentialité de cette identité morale, de la manière d'être hébreu, étant d'art que nous grandissons à chacun de nos cours, à chacune de nos émissions, dans chacun de nos écrits. À très bientôt. Shalom, depuis Jérusalem.
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