Bikourim : le retour au pays comme aveu d'identité
Le rituel des prémices relie la fin de l'exil à l'entrée en Erets Israël, et interroge les vraies raisons de l'Aliya.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le chant de Naboth : la justice face au pouvoir, 6 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chers amis, bonjour, je suis heureux de vous retrouver. Comme nous sommes si près de Chavouot, voici donc d'autres petites leçons de lecture qui nous permettent de mieux appréhender la fête de Chavouot.
Et il arrivera quand tu seras venu au pays que l'Éternel ton Dieu te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et qu'il sera établi, tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre. Tu te présenteras au Cohen qui sera alors en fonction et tu lui diras: « Je viens reconnaître aujourd'hui devant Hachem, ton Dieu, que je suis venu au pays que Hachem avait juré à nos pères de nous donner. »
Chaque année, quel qu'en soit le temps dans l'histoire d'Israël, chaque membre du peuple venait proclamer cette profession d'émouna, cet aveu. Le jour de la fête des Prémices, au Temple de Yerouchalaïm, le peuple s'y rassemblait et se déclarait.
C'était le jour où l'on commémorait la révélation de la Torah au Sinaï à cette génération sortie d'Égypte, sortie de l'esclavage. Comme pour attester que la libération de l'exil, comme le don de la Torah, n'était que l'événement préalable à l'arrivée au pays juré par Dieu à nos pères, selon les termes mêmes de notre verset.
Il n'est pas inutile de réfléchir, de notre temps, à la signification de cette liturgie et à sa portée. Le principe de l'analyse qui suit, dit le Rav Léon Yehoudash Kenazi, nous a été suggéré par un enseignement du Rav Abraham Chazan Zichrono Libraha. Il remarque en effet que cette déclaration « Je viens reconnaître aujourd'hui », que l'on faisait devant le Cohen, dépasse la simple confirmation symbolique du lien entre le don de la Torah, commémoré le jour de la fête des Prémices, Chag HaChavouot ve-Chag HaBikourim, et, bien sûr, l'entrée en Erets Israël, cela lié intimement. Mais cela relie la fin de l'exil à l'arrivée au pays d'Israël.
En effet, les versets suivants reprennent le récit des pérégrinations de Yaakov et de sa descendance, depuis la descente en Égypte jusqu'à l'arrivée sur la terre où coulent le lait et le miel. Or, lorsqu'on s'interroge sur les discours des différentes tendances de la société israélienne contemporaine en ce qui concerne la motivation de l'Alia, on se trouve confronté à une véritable perplexité. Chacun formule une raison de la venue au pays ou de son attachement à ce pays. S'il y est né, eh bien, par des arguments qui ne disent en général jamais vraiment l'essentiel.
Je vous donne trois exemples. Pour beaucoup de juifs devenus israéliens, les raisons avancées sont d'ordre religieux. D'une façon schématique, cela revient à ceci: nous sommes là pour pouvoir vraiment vivre selon la Torah. Or, il est indéniable que la Torah n'a été vécue de façon pleine et entière qu'en Israël, ceci est un action de l'existence d'Israël.
Est-ce la raison essentielle de la venue au pays des juifs religieux ? N'étaient-ils pas religieux ailleurs, par ailleurs ? Et surtout, comment comprendre le peuple juif, ou du moins la partie de ce peuple qui se définit par la « religion », et qui a pris le temps de 2000 ans pour entrevoir cette évidence ? Ce qui nous laisse un sourire en coin.
Une autre catégorie, schématiquement parlant, se définit comme socialiste, libérale. Il y aurait une alia de gauche ou de droite. Mais là encore, ne peut-on pas être socialiste ou humaniste ailleurs ? Pourquoi craindre d'avouer qu'il s'agit de raisons d'ordre national, beaucoup plus qu'idéologiques ? Que se cache-t-il derrière l'incapacité de l'aveu franc et sincère de la véritable motivation sioniste ?
Une troisième catégorie parle surtout d'Israël comme d'un air de refuge, nous le savons bien. L'on serait arrivé ici dans l'espoir d'être à l'abri de l'antisémitisme et de pouvoir ainsi gérer souverainement ses propres affaires, sans être aliéné à une autre entité politique. Ainsi, si l'on pouvait réellement être libre ailleurs, comme juif, l'on n'hésiterait pas tellement à vouloir y vivre.
De fait, à l'échelle individuelle, tous les cas de figure sont possibles. La personne humaine, en effet, est chose éminemment paradoxale. Mais l'on ne peut se cacher que l'essentiel n'est jamais dit. Le poids spécifique de ces argumentations est réel, bien sûr. Mais est-ce la véritable raison du retour au pays d'Israël ? Que nenni, mes amis. Cette raison est beaucoup plus fondamentale.
Nous sommes revenus en Israël pour réaliser le sens de notre histoire comme peuple, sur la terre que Dieu nous a donnée, jurée selon les termes du verset. Cessons donc de feindre d'inventer des alibis à l'incapacité de l'aveu de notre identité. Juifs, nous sommes devenus israéliens pour être enfin nous-mêmes, c'est-à-dire porteurs de l'idéal hébreu. Tant que cet aveu n'est pas formulé, le repentir du retour n'est pas encore sincère, réel et efficace.
Essayons de découvrir cet hébreu qui se cache dans le juif que nous sommes encore. Shalom, Chag Sameach et à bientôt.
Chers amis, Shalom, juste un petit quelque chose. Chaque fois que vous regardez ces clips ou bien ces émissions, il est de bon ton, bien entendu, puisque vous en avez pris plaisir, de le partager. Il est bon, bien sûr, aussi de faire entrer ces leçons de Torah sur l'ensemble de vos pages, qu'elles soient de Facebook, de Google+, de Twitter, et j'en passe, et bien d'autres, bien entendu, en clair.
Si ce cours est arrivé jusqu'à vous, si ces émissions vous parviennent et que vous les trouvez de bonne allure, eh bien, faites partie de cette longue chaîne d'Israël qui se perpétue dans une éternité à jamais. Merci à vous.
Et à très bientôt.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
114 cours de Rony Akrich, en direct du Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Histoire d'Israël, Rav Kook, Émouna, Sortie d'Égypte.
- 14
Le Messie selon Maïmonide : ni miracles, ni prodigesMaïmonide (Hilkhot Melakhim, ch. 11-12) : le Messie se reconnaît à ses actes, non à des signes, et l'échec de Bar Kokhba est l'exemple. - 15
Shmuel à Mitspa, la pierre de secoursLe repentir du peuple à Mitspa, la victoire sur les Philistins et l'échec de la judicature héréditaire de Shmuel. - 16
Yehoudi, Ivri : d'où vient le mot juifLe terme yehoudi apparaît chez Yirmiyahu, et le retour à l'hébreu marque la fin de l'exil de la fraction. - 17
Le livre de Ruth, une voie de relèvement pour IsraëlRuth, Boaz et Noémie ouvrent une fenêtre d'espoir au cœur de l'anarchie des Juges, et la fuite à Moab est analysée comme une faute à réparer. - 18
Bikourim : le retour au pays comme aveu d'identitéLe rituel des prémices relie la fin de l'exil à l'entrée en Erets Israël, et interroge les vraies raisons de l'Aliya. - 19
Le chant de Naboth : la justice face au pouvoirAchav, Jézabel et Naboth : le vignoble confisqué, la colère d'Eliyahou et le repentir du roi. - 20
Le Temple de Chlomo : pierres intactes et absence de ferPourquoi la Torah interdit le fer dans la construction du Temple, et ce que la pierre et le fer symbolisent. - 21
Le kohen bénit Israël avec amourPourquoi la bénédiction sacerdotale seule exige l'amour, et ce que le tsadik se distingue du juste. - 22
Haggaï et Zacharie : la pureté intérieure avant le TempleLes prophètes du retour rappellent que le Temple dépend de la justice et de la vérité du peuple, non du seul rite. - 23
Lévinas : la pensée juive, l'éthique et le sionismeComment Lévinas relit le sens de la Torah à travers l'éthique, Jérémie 22:16 et la renaissance d'Israël.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav