Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

La mer Rouge, ou la peur de l'inconnu face à Pharaon

Pourquoi le peuple hésite devant la mer, selon Ibn Ezra : l'emprise psychologique de l'esclavage plus que le nombre.

20 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Beshalach : pourquoi Pharaon renvoie-t-il le peuple, 20 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chers amis, bonjour, content de vous retrouver. Nous sommes après cette sortie d'Égypte, et nous voilà dans un véritable dilemme cornélien. Nous arrivons devant cette mer qui nous empêche de poursuivre notre route, et nous sommes poursuivis par les Égyptiens, qui, s'étant réveillés à la dernière minute, veulent nous poursuivre, arrêter et empêcher le processus de la délivrance d'Israël.

Devant ce dilemme cornélien, comme je l'appelle, entre la peur de mourir par l'épée et la peur de mourir noyé, les enfants d'Israël vont devoir se décider, ou plutôt prendre la décision de choisir quel parti embrasser. Il est écrit: « Pharaon s'approcha, et les enfants d'Israël levèrent les yeux, et voici que l'Égypte marchait derrière eux, et ils furent saisis d'effroi, et les enfants d'Israël crièrent vers l'Éternel. » Bien sûr.

Un peuple qui avait vécu pendant près de 210 ans sous le joug et l'hégémonie du pouvoir égyptien ne pouvait pas, d'un instant à l'autre, se défaire de la crainte, de la peur qu'inspirait ne serait-ce que la vue de l'uniforme. Et voilà que, devant cette mer, lorsqu'ils prirent peur, ils ne surent faire qu'une seule chose, en fin de compte: se retourner vers Moshe, celui qui les avait emmenés.

Dans cette nouvelle aventure, dont beaucoup craignirent d'ailleurs les lendemains, certains choisirent de ne pas sortir et préférèrent périr sous le poids de l'obscurité en Égypte plutôt que de s'engager dans une aventure dont personne n'était vraiment certain qu'elle serait porteuse de lendemains prometteurs. Écoutez-les, je vous les fais entendre.

Comment est-ce possible ? Comment est-il possible de pouvoir entendre que des hommes et des femmes qui ont vécu dans l'affliction de l'esclavage, transformés, comme nous l'avions dit dans les émissions précédentes, en de véritables objets de leur propre histoire, jamais, au grand jamais, n'ont eu le choix de décider quoi que ce soit pour eux-mêmes ? Voici qu'ils remettent en question ce que Moshe était venu leur proposer. Mais en fin de compte, que leur proposait-il ? D'être libres ? De se sortir des carcans

des premiers camps de concentration créés en Égypte ? Et eux de venir lui dire: on t'avait prévenu, Moshe, on t'avait dit que nous préférerions servir les Égyptiens plutôt que de nous engager dans une histoire incertaine. Un de nos célèbres commentateurs, Rabbi Abraham Ibn Ezra, est bien à l'écoute de ce qui se dit là, et il fait une remarque tout à fait intéressante.

Les enfants d'Israël ne sont pas sortis les mains vides d'Égypte. Ils sont sortis armés. Durant cette plaie de l'obscurité, en tout cas pour ceux que nous avions définis comme étant les résistants, entre ce 10 et ce 14 Nisan, il s'agissait d'hommes capables d'être venus prendre l'agneau idolâtré par les Égyptiens, mais d'avoir pris aussi de leurs biens, et, dans ces biens, d'avoir pris de leurs armes.

Il est écrit: « Vehamouchim Alou Bnei Yisrael, meret Mitzraïm ». Ils sont sortis armés. Bien sûr, l'autre explication que donne Rachi, c'est qu'un cinquième est sorti, étant donné que les quatre cinquièmes, ne voulant pas sortir, ont péri pendant la plaie de l'obscurité. Mais ce cinquième dont nous parlons est celui qui a résisté, celui qui a accepté de s'engager, et ce n'était pas rien, nous l'avons expliqué. Et donc, lorsqu'il se retrouve devant la mer, ou plutôt dans l'étau entre les Égyptiens qui arrivent et les poursuivent, et la mer devant eux, Abraham Ibn Ezra reste perplexe, interloqué. Comment ? Combien sont-ils véritablement à être armés ? 600 000 hommes. 600 000 hommes en armes face à combien d'Égyptiens ? Pharaon n'a apparemment pas mobilisé l'ensemble de l'armée égyptienne.

Il a envoyé pour poursuivre les enfants d'Israël 600 chars, qu'il y ait un homme sur un char ou deux hommes sur un char. Cela ne fait guère plus de 600 ou 1 200 hommes face à 600 000 Hébreux armés. Et Abraham Ibn Ezra se pose la question: au moment où vous vous retrouviez dans cette situation difficile, nous vous l'accordons, n'aviez-vous pas l'aspiration, le désir, la volonté de vous battre pour sauver vos vies, et plus que vos propres vies, la vie de vos enfants ? Est-ce que cela relevait de l'impossible ? Est-ce que cela relevait de l'imaginaire ?

Comment pouvions-nous accepter cela ? Rabbi Ibn Ezra rapporte à ce propos, dans le Talmud de Yerouchalmi, le Talmud de Jérusalem, que les enfants d'Israël étaient armés, mais armés d'une quinzaine d'armes différentes qu'ils avaient prises aux Égyptiens. Écoutez bien la réponse d'Abraham Ibn Ezra: bien que les enfants d'Israël se soient déjà délivrés de l'emprise physique des Égyptiens,

ils restaient toujours dépendants, psychologiquement et moralement, de leurs anciens maîtres égyptiens. Combien, dans l'histoire d'Israël, il nous faudra répéter, réitérer, essentiellement et fondamentalement, que, plus encore qu'il ne fallait que les enfants d'Israël se sortent de l'exil, comme le dira Rabbi Yehouda Halevi dans son livre Le Kouzari, plus encore qu'il ne fallait que les enfants d'Israël sortent d'Égypte,

il fallait, ô combien, que nous soyons capables de sortir l'Égypte de nous-mêmes. Combien il serait plus difficile de faire en sorte que les enfants d'Israël sortent de l'exil de leur for intérieur, cela étant beaucoup plus probant que le seul fait de se libérer physiquement. Bien sûr que cette première délivrance était opportune et importante, qu'elle exigeait du corps humain une volonté de résistance, d'engagement, mais ô combien le combat avec ce que l'on nous avait inoculé en notre sein, à savoir cette manière étrange et étrangère d'être autrui, de ne pas se retrouver avec soi-même.

N'était-ce pas là la raison essentielle de la sortie de l'exil, de la sortie de cette Égypte, comme de la sortie de toutes les Égyptes, y compris celle qui est la nôtre, celle qui est notre contemporaine ? Vouloir non seulement quitter les affres des sociétés qui furent pour nous des sociétés d'accueil, bien sûr, de recueil aussi, mais, vous le savez, souvent des sociétés de cercueil. Que nous les quittions, oh, bien sûr qu'il le fallait. Mais lorsque nous les quittions et revenions sur la terre ancestrale, est-ce que nous restions ce que nous fûmes, ou est-ce que nous aspirions à redevenir ce qu'on attendait de nous ? Est-ce que nous pouvions rester les Juifs d'antan, ou bien avions-nous la capacité de redevenir les Hébreux tant attendus ?

Alors Ibn Ezra a raison. Il dit que ces hommes étaient déjà livrés à l'emprise physique des Égyptiens, mais bien plus que cela, livrés à l'emprise psychologique et morale des maîtres égyptiens. Alors comprenez, bien entendu, que lorsque je dis, au début de mon propos, qu'ils se retrouvent dans un véritable dilemme cornélien, c'est parce que la vue de l'uniforme égyptien

peu importe le nombre, il n'était pas question ici d'effroi, de peur ou de crainte face au nombre des Égyptiens qui les poursuivaient, mais face à ce que l'uniforme égyptien représentait, et ceci après 210 ans d'esclavage. Ils ont grandi avec cette marque d'infériorité. Je vous l'avais dit, et je le rappelle encore aujourd'hui: ils sont marqués par des chiffres. Ils n'ont plus de nom, parce qu'ils ne sont que quantité négligeable. Leur sortie, leur délivrance, la rédemption, c'est de ne …

Cours de Machon Meir

Dans la même série

Les parachiot de l'Exode : la résistance en Égypte, la mer Rouge, Amalek et la construction du Michkan.

  1. 2
    Moïse, Myriam et les sages-femmes : la résistance en Égypte
    Comment les sages-femmes, Myriam et Moïse résistent à Pharaon, et ce que signifie la fraternité (arva).
    20 min
  2. 3
    Le nom de Moshé et le buisson ardent
    Pourquoi le peuple est appelé Am Bené Israël, et ce que le buisson ardent enseigne à Moshé et à Israël.
    7 min
  3. 4
    Moshé, Aaron et les anciens d'Israël face à Pharaon
    Pourquoi les anciens se dérobent, la question du libre arbitre selon le Rambam, et le sacrifice de Pessah.
    21 min
  4. 5
    Pourquoi le peuple ne prit pas la route des Philistins
    Le détour par le désert : la peur, le silence de Bamidbar et la révélation de soi avant d'entrer dans la terre.
    6 min
  5. 6
    La mer Rouge, ou la peur de l'inconnu face à Pharaon
    Pourquoi le peuple hésite devant la mer, selon Ibn Ezra : l'emprise psychologique de l'esclavage plus que le nombre.
    En cours de lecture
  6. 7
    Beshalach : pourquoi Pharaon renvoie-t-il le peuple
    Le verbe « renvoyer » dans la paracha Beshalach et ce qu'il dit du peuple d'Israël, de son statut et du doute.
    20 min
  7. 8
    Amalek, le refroidissement de la route vers la liberté
    Rachi lit Amalek en trois mots (kar, kéri, kor) : le doute et l'impureté qui refroidissent l'élan d'Israël.
    23 min
  8. 9
    Myriam, les femmes et le puits de l'espérance
    Comment Myriam et les femmes d'Égypte maintiennent la émouna en demain, de l'Égypte au Yam Souf.
    20 min
  9. 10
    Moïse, Yitro et la vérité cherchée par les nations
    Moïse a grandi dans le palais d'Égypte, et Yitro, prêtre de Midiane, reconnaît le Dieu d'Israël.
    20 min
  10. 11
    Tetzaveh : pourquoi Moshé disparaît de la paracha
    Le Cohen remplace Moshé, et l'exemple de la Ménorah, de l'huile et du concassage pour parler de l'épreuve.
    16 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav