Myriam, les femmes et le puits de l'espérance
Comment Myriam et les femmes d'Égypte maintiennent la émouna en demain, de l'Égypte au Yam Souf.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Moïse, Yitro et la vérité cherchée par les nations, 20 min
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## Myriam face à son père
Bonjour à tous, content de vous retrouver. Si Aragon avait écrit que la femme était l'avenir de l'homme, je crois que les textes bibliques viendraient entériner cela bien avant. Durant cette histoire de l'Égypte et de cette sortie d'Égypte, nous sommes confrontés, par leur présence, à un certain nombre d'actes héroïques qui vont marquer de manière indélébile le processus de libération d'Israël, le processus de renaissance d'Israël, le processus de rédemption d'Israël.
Rappelez-vous, nous sommes en plein milieu de ces 210 ans d'esclavage. Les enfants mâles sont condamnés. Amram, le père de Myriam et futur père de Moshé, décide de divorcer de sa femme Yokhevèd, ce qui est absolument inacceptable pour sa petite fille. Je ne sais pas quel âge elle a, 10 ans, 11 ans, 12 ans, je ne sais pas. Une jeune fille.
L'acte du père a entraîné le même genre de comportement de la part de l'ensemble des hommes d'Israël, divorçant de leur femme, ne voulant plus avoir d'enfant, c'est-à-dire ne croyant plus dans la pérennité de cet Israël, baissant les bras, abandonnant. Et bien Myriam, pour elle, un tel agissement est inacceptable. Inacceptable parce que, dira-t-elle à son père:
« Voilà, père, vous êtes pire que Pharaon. Si ce dernier avait décidé d'assassiner les enfants mâles d'Israël, par votre comportement, vous venez non seulement d'assassiner les enfants mâles, mais vous venez d'assassiner les filles d'Israël également. Comment acceptez-vous cela ? Comment acceptez-vous de baisser les bras ? Comment acceptez-vous ? »
Devant son père, mais devant tous les notables qui accompagnent son père, elle remet en question l'ensemble de ces hommes et leur dit que, face à l'adversité, il n'était nullement question de baisser les bras, mais de relever le défi qu'il fallait encore et toujours assumer, et assurer cette pérennité d'être et de devenir, certainement pas en coupant les ponts, mais en en construisant d'autres qui nous amènent sur les autres rives de notre histoire.
C'est Myriam qui aura gain de cause. C'est Myriam qui prendra en main le devenir de son petit frère naissant. C'est elle qui l'accompagnera des yeux lorsque le petit berceau flottera vers les rives du palais de Thèbes, où il sera recueilli par Bitya. C'est elle encore qui se proposera de faire allaiter l'enfant par une mère hébraïque.
Oui, les femmes en Égypte auront des attitudes qui seront plus que résistantes, qui seront engageantes. Rachi nous dit à ce propos, et je vous le lis pour que vous l'entendiez:
« Lorsque leur mari rentrait au foyer conjugal » — entendez par foyer, bien entendu, ce n'était pas une villa, mais ces espèces de taudis dans lesquels on les faisait résider dans les camps de concentration égyptiens — « lorsque leur mari rentrait au foyer conjugal épuisé après une journée de dur labeur — oh, ce n'était pas le travail à l'usine, c'était un travail où le physique et le moral étaient mis à contribution — en dehors des coups de fouet et autres afflictions qui les frappaient, les femmes
allaient leur apporter nourriture et boisson. Les femmes elles-mêmes qui travaillaient. Les femmes elles-mêmes qui étaient assujetties. Les femmes elles-mêmes qui étaient esclavagisées. Les femmes leur donnaient à manger, et elles emportaient leur miroir. Pourquoi donc ? Chacune se regardait dans le miroir avec son mari, et ainsi elles éveillaient en eux le désir. Elles s'unissaient à eux et devenaient mères, comme il est écrit: C'est sous ce pommier que j'ai éveillé ton amour. »
## Le rôle des femmes dans l'épreuve
Elle, comme Myriam, considérait qu'il fallait encore et toujours jeter des ponts sur les autres rives pour pouvoir continuer la traversée de cette histoire. Elle qui, malgré leurs labeurs, leurs assujettissements, leurs dimensions esclavagistes, trouvait le temps d'aller puiser de l'eau, où elles espéraient ramener quelques poissons, pouvant offrir ainsi à leur mari le moyen de se sustenter après le dur labeur qui fut le leur.
Elles prenaient un miroir, elles pensaient au miroir, car ce miroir allait leur permettre, en se mettant joue à joue avec l'être aimé, dans un regard que le miroir allait refléter. Et le miroir ne pouvait refléter que l'union de ces deux êtres à la recherche de cette unité antérieure, c'est-à-dire à ces lendemains qui seraient, envers et contre tous les aléas de l'histoire, enchanteurs.
C'est ce qu'elles promettaient à leur mari: elles ne seraient pas faibles. Elles n'auraient pas pris le miroir, elles n'auraient pas été puiser l'eau, elles n'auraient pas ramassé ces poissons. Ceci est un acte par excellence d'une volonté résistante, d'une volonté engagée, ce que demandera l'Éternel tout au long de cette sortie d'Égypte: depuis l'agneau qu'il fallait prendre aux Égyptiens, les armes avec lesquelles il aurait fallu se battre contre eux, cette mer qui ne s'ouvrait pas et qu'il fallait que nous engagions à s'ouvrir, et tout le reste, comme l'histoire de Myriam, jeune fille face à son père, comme toutes ces femmes.
Il est écrit aussi dans nos textes que les filles d'Israël possédaient des miroirs devant lesquels elles se regardaient lorsqu'elles se faisaient belles. Et pourtant, même ces miroirs, elles n'hésitèrent pas à les apporter afin qu'ils servent d'offrande pour la construction du tabernacle. Vous vous souvenez ? Mais Moshé répugna à les accepter, parce qu'ils étaient destinés à satisfaire le penchant du mal. Le penchant du mal.
L'Éternel lui répondit alors: ce que tu considères, toi, comme le penchant du mal, et c'est vrai, que tout penchant peut être mis au service de ce qui est le moins ragoûtant possible, au service du mal. Mais sache que tous les penchants peuvent être aussi mis au service du bien. Est-ce que tu comprends cela, Moshé ? Alors il lui dit — l'Éternel lui répondit alors: accepte-les, car ils me sont plus chers que tout. Ils me sont plus chers que tout.
« Éternel, n'exagères-tu point ? »
En effet, c'est grâce à ces miroirs que les femmes ont donné le jour à nos nombreuses armées qui sont sorties d'Égypte. Nombreuses armées, non, elles n'étaient pas des soldats. Elles ont été les femmes capables d'entraîner leurs hommes, comme le fit la petite Myriam, à croire à demain. Croire à demain. Quelle preuve pouvais-je donner que je croyais à demain ? Le fait de donner naissance à des enfants.
De mettre au monde des enfants, c'est croire que le devenir de ces enfants sera différent du mien. Le devenir des enfants sera celui auquel j'aspire, celui pour lequel je vais me battre, celui pour lequel je vais me démener. Mais j'y crois. La preuve, c'est qu'ils sont là. Ce sont les femmes qui sont à l'origine de cela, Moshé. Le penchant du mal, disais-tu ? Non, pas le penchant du mal.
C'est un penchant, mais un penchant nécessaire pour que le monde puisse assumer et assurer cette pérennité dont nous parlons.
Et l'histoire de Myriam ne va pas s'arrêter simplement dans sa confrontation avec son père et devant les notables qui accompagnent son père. On la retrouve, je vous l'ai dit, sur les bords d'une île, mais on la retrouve beaucoup plus tard. Nous parlions de cette traversée. Une fois que les eaux …
Cours de Machon Meir
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