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Beshalach : pourquoi Pharaon renvoie-t-il le peuple

Le verbe « renvoyer » dans la paracha Beshalach et ce qu'il dit du peuple d'Israël, de son statut et du doute.

20 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Amalek, le refroidissement de la route vers la liberté, 23 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour, je suis très flatté d'être reçu par le Machon Meir pour l'émission de Rony Acriche. Je vais me présenter: je m'appelle Avram Azoulay, et ça fait quinze ans que j'ai créé un petit média qui s'appelle Le Petit Hebdo, devenu aussi un site d'information qu'on appelle lphinfo.com. Aujourd'hui, Rony m'a invité à venir sur le plateau, et je vais lui poser quelques questions qui m'interpellent. Rony, même si on n'a plus besoin de le présenter, pour moi c'est un homme d'abord de l'être, mais c'est aussi un homme de

cœur, et surtout un homme de Torah et d'Erets Israël. Donc je vais commencer directement par la question, puisqu'on est dans cette Parachat HaChavoua qui s'appelle Beshalla'h. Comment ça se fait qu'on a appelé cette paracha Beshalla'h, et pas Yetsiat Mitsrayim, la sortie d'Égypte ? Beshalla'h, c'est comme si on nous renvoyait. Donc ça veut dire que Pharaon a renvoyé les Bné Israël, il les a, entre guillemets, foutus à la porte. Ce n'est pas eux qui sont sortis, c'est lui qui les a renvoyés. Comment peut-on expliquer ça, surtout

par rapport à l'actualité d'aujourd'hui, celle des Juifs de France ? Est-ce que ce sont les Juifs de France qui sortent, ou bien on les fout à la porte, tout simplement ?

Tu poses une question essentielle. Et si on regarde véritablement notre livre essentiel, le Tanakh par exemple, on remarquera non seulement ce que tu viens de déclarer, c'est-à-dire que la paracha qui traite de la sortie d'Égypte n'est pas une sortie volontaire, mais il y a, de la part de l'Égypte, une prise de position, autant dans le désordre qu'elle va engager vis-à-vis d'Israël, des Hébreux, qu'il faudra attendre son verdict pour sortir. Ce n'est pas « Let my people go », « Laissez mon peuple sortir », et le réceptacle de M. Pharaon, tout en carton comme je l'appelle, qui viendrait dire: « Oui, je comprends, alors je vous laisse sortir. » Et puis à l'époque de Cyrus, Cyrus sera celui qui engage le retour pour le Deuxième Temple.

Notre troisième sortie, aujourd'hui, je ne crois pas qu'on puisse dire que nous avons par nous-mêmes foncièrement décidé, mais je crois que nous avons été décidés. Pharaon n'en pouvait plus, en quelque sorte ? Pharaon est arrivé à, comment dire, une limite du supportable.

Mais il se reprendra très vite, n'ayez crainte. D'ailleurs, nous aussi, le 29 novembre 1947, l'Organisation des Nations unies, après avoir vu l'ouverture des camps de la mort, est prête, bien entendu, à voter généreusement le partage de la Palestine en deux États, dont un État juif. Mais bon, vous avez compris: depuis cette époque, ils se sont repris plus d'une fois.

Tu parles de 1947 et des nations. Quand on écoute aujourd'hui l'actualité de l'Europe, ils ont l'air d'avoir regretté ce qu'ils ont fait en 1947. – Exactement, c'est ce que je voulais te dire: bien après l'émotion du moment, lorsqu'on a repris ses esprits, peut-être s'est-on rendu compte de la dangerosité qu'il y aurait à ce qu'Israël existe en ce lieu et en ce temps où il se trouve. Et on l'appelle aujourd'hui ce pays capable de déstabiliser l'équilibre mondial.

Alors tu as dit: Pharaon a renvoyé les Bné Israël, mais on parle de Am Israël, Bné Israël... Pourquoi Am, pourquoi Bné ? Tu peux nous expliquer quelque chose ? – Là aussi, c'est lui, Pharaon. En fin de compte, il est une pièce maîtresse. Parce que c'est lui qui est le premier, dans l'histoire biblique, donc dans l'ontologie du fait hébreu, à dire « et les Am, Bné Israël ». Ce sont les enfants d'Israël, descendants de Yaakov. Mais moi, je ne les vois plus comme Am, on changerait la ponctuation, comme Hymne, car le peuple Am est celui qui accepte d'être avec.

Donc nous faisons, toi et moi, partie du peuple d'Israël parce que nous sommes avec. Mais c'est Pharaon qui dénomme et qui définit le statut des... On peut lui dire merci. Il nous a désignés comme un peuple. Finalement, avant ça, nous n'étions pas un peuple. – Oui, d'ailleurs c'est même problématique, je te dirais, parce que j'emmènerais sur un chemin qui peut être glissant. Mais avoir été tellement reconnu par autrui pour être ce que nous sommes nous a presque amenés, nous, à reconnaître ceux qui ne sont pas.

Je veux parler des Palestiniens. Encore une fois, on revient à l'actualité: c'est nous qui avons créé le peuple palestinien ? Alors que Pharaon crée, en quelque sorte, le paradigme d'Israël avant que celui-ci n'entre dans le sein de l'histoire. Il y a une répétition assez étrange. On l'a créé, et on a convaincu les autres de croire en un peuple palestinien, et aujourd'hui on en subit les conséquences. Pharaon a convaincu tout le monde que nous étions le peuple d'Israël aussi.

Bien sûr que nous allons nous réaliser comme peuple, mais tu connais l'histoire de l'épopée des quarante ans dans le désert, où il faut construire ce peuple.

Parce que Dieu pensait qu'en trois jours, dix jours maximum, on allait le faire rentrer sur son terroir. Et alors pourquoi, à dix jours des rives d'Israël, ne pas les amener directement ? Pourquoi les faire passer quarante ans ? Je crois qu'on peut faire encore un parallèle avec ce que nous vivons. C'est-à-dire qu'entre l'idéal auquel nous aspirons, auquel nous croyons, c'est comme si nous étions en prison, et il n'y a pas un prisonnier qui n'aspire à la liberté. Mais lorsqu'il est libéré, la réalité propose des dualités, des contradictions qui paraissent tellement difficiles, lorsqu'on était logé, nourri. Il fallait un temps de préparation pour entrer en Israël. On ne mérite pas d'être en Israël directement, il faut passer par tant d'épreuves.

Je pense, à mon avis, que lorsqu'on est confronté à cette réalité-là, il faut considérer la réalité non pas dans le pragmatisme qu'elle représente, c'est-à-dire dans le côté matériel, technique, mais être capables, continuellement, de préserver ce qui fut un rêve dans la réalité. C'est-à-dire ne pas prendre nos rêves pour des réalités, mais faire de notre réalité un rêve. Pour faire de notre réalité un rêve, il faut y injecter, pas au quotidien, mais à chaque instant, un peu de l'éternité de l'idéal auquel nous croyons.

Et ce temps passé dans le désert, c'est uniquement lié au fait de cette préparation ? Qu'est-ce que c'est, Rav, ce peuple qui était à l'intérieur de notre peuple ? Est-ce que ce sont des gens qui sont rentrés avec nous et qui ont profité de notre sortie pour arriver en Israël ? – D'abord, je n'aime pas essentiellement traiter de ce sujet. C'est pour ça que je te pose la question. La tourbe, la tourbe humaine.

Mais on peut considérer que ce concept, qui est évoqué par certains de nos sages, puisqu'il est très élevé… Comment ça s'explique exactement ? Tu peux le définir ? – À mon avis, ce sont ceux qui vont contredire le projet dans lequel nous sommes engagés.

Ah, ce ne sont pas des goïms qui n'étaient pas des Bné Israël et qui sont rentrés dans cette aventure ? – Au sens littéral, on peut le considérer. …

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