Moïse, Yitro et la vérité cherchée par les nations
Moïse a grandi dans le palais d'Égypte, et Yitro, prêtre de Midiane, reconnaît le Dieu d'Israël.
Rav Rony Akrich
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Chers amis, bonjour à nouveau. Nous sommes après l'événement de la traversée de la mer Rouge, et de nombreux sujets se révèlent à nous de nouveau. L'histoire biblique n'est pas racontée simplement pour être racontée: elle est porteuse de messages, de leçons et d'enseignements. C'est l'historiosophie biblique, les leçons de l'histoire du Tanakh, et nous le voyons ensemble chaque fois que nous nous rencontrons.
Le Rambam écrit dans Le Guide des égarés: « Ce n'est pas de la nature de l'homme de grandir dans l'asservissement et l'esclavage. Il n'est pas aisé de passer d'une activité de fabrication de briques anglaises, de laver tout à coup ses mains sales et de se battre contre des géants. » Nous l'avions expliqué la dernière fois, et c'est la raison pour laquelle je commence cette fois-ci avec ce passage, pour ceux que cela intéresse, au troisième livre, chapitre 32.
Les épreuves, toutes les épreuves que nous aurons à endurer durant ces quarante ans de pérégrination dans le désert, car nous ne rentrerons pas directement en Erets Israël. Quarante ans conséquents, nous le verrons, de la faute des explorateurs, de la faute du Veau d'or. Mais durant ces quarante années, il faudra permettre à Israël d'acquérir une véritable pédagogie de ce que nous appelons la liberté. Celle-ci ne peut pas s'acquérir du jour au lendemain. Si elle existe comme concept, elle ne fait pas partie de notre modus vivendi de manière évidente, si ce n'est que nous lui donnions la possibilité de s'exprimer, de se réaliser et surtout de se concrétiser dans le quotidien de l'homme.
On avait vu cela avec Abraham: nisayon, l'épreuve en hébreu. La racine est nès, l'étendard. C'est comme si le substantif nisayon, l'épreuve, était polysémique: il voudrait dire non seulement l'épreuve, mais aussi l'étendard. C'est-à-dire que ceux capables d'accepter l'épreuve, de s'éprouver, ne pourraient en ressortir que grandis. C'est la raison même de cela.
Il y a bien sûr quelque chose de tout à fait intéressant concernant notre propos et tout ce que nous lions à cette sortie d'Égypte. Qui est le personnage choisi pour libérer les enfants d'Israël des carcans de cette Égypte ? L'Éternel choisit Moshe. Mais où a grandi Moshe ? Moshe n'a pas grandi parmi les Hébreux. Il n'a pas grandi ni au Beit Hamidrach, ni à la yeshiva, encore moins à la synagogue.
Moshe a grandi dans les couloirs du pouvoir. Il a grandi dans le palais de Thèbes, au milieu de l'aristocratie, de la noblesse, de ces Égyptiens qui étaient, à leur époque en tout cas, le pouvoir par excellence au sein de cette humanité d'antan, à tous les niveaux. Il grandit dans ces couloirs-là. Et, d'une certaine manière, le fait d'avoir grandi dans les couloirs du palais de Thèbes va honorer Moshe, va l'honorer d'une dimension d'être qui est à contre-courant, en porte-à-faux, de ce que les Hébreux endurent dans la glaise et la boue des camps de concentration égyptiens.
C'est un homme qui part du lieu où il a grandi, avec l'éducation qu'il a reçue, un homme qui sait faire valoir sa vigueur, son honneur, sa grandeur. C'est un homme qui est un prince d'Égypte, avec tout ce que l'on entend par le terme de prince d'Égypte. Il ne connaît pas cette notion de baisser les bras ou de courber l'échine. Il ne sait pas ce que cela veut dire. Ceux qui le servent, ce sont eux qui baissent les bras, ce sont eux qui courbent l'échine, mais en aucun cas lui.
Et c'est cet homme que Dieu choisit, parce qu'il possède en lui la vaillance, la vigueur, l'honneur. C'est lui qui, lorsqu'il sort du palais de Thèbes, ne peut supporter ce qu'il voit et entrevoit, et qui intervient. Il n'a pas peur, ni de mettre en garde, ni de se mêler et de prendre part à la bataille, ni d'abattre celui qui frappait: il ne craint pas. C'est un homme vaillant et vigoureux. Rabbi Abraham Ibn Ezra, dont nous avons déjà parlé, écrit ainsi: « Et qui pourra saisir son secret
? C'est lui seul qui connaît ses projets », en parlant de l'Éternel. « Et peut-être Dieu a-t-il délibérément souhaité que Moshe grandisse dans un palais royal, afin qu'il sache se dominer et commander, et qu'il ne soit pas habitué à être rabaissé et à vivre dans une maison d'esclavage. Ainsi a-t-il pu tuer l'Égyptien qui avait fait violence à un Hébreu, et de même il a protégé les filles de Yitro contre les bergers. »
Je vous rappelle que les filles de Yitro, lorsqu'elles aperçoivent le personnage de Moshe, rapporteront qu'elles n'ont pas rencontré, comme il était dit à propos de Yossef, un ish ivri, un homme hébreu, mais, à propos de Moshe, un ish mitsri, un homme égyptien. C'est-à-dire qu'il paraissait véritablement comme ces maîtres de Sénar de l'époque: hommes égyptiens, avec tout ce que l'on entendait derrière le terme d'hommes égyptiens. Moshe était un homme courageux. Et pour cela, il avait dû grandir non pas dans le shtetl ou dans le mellah, mais au palais du roi.
Bien sûr, cela nous pose à certains d'entre nous un certain nombre de questionnements, étant donné que parfois on se donne l'image du libérateur d'Israël, du rédempteur d'Israël, avec un certain regard de ce que nous appelons l'image d'épinal: c'est-à-dire que nous avons déjà dessiné le personnage. Or, en vérité, nous voyons dans le texte biblique que celui qui apparaît dans l'histoire n'est pas toujours celui que nous attendions. À nous d'y réfléchir, bien entendu. Ce n'est pas évident pour l'ensemble du peuple de reconnaître Moshe. Il lui faudra un certain temps avant de reconnaître dans le ish mitsri un ish ivri. Mais ils le reconnaîtront en fin de compte.
Parce que non seulement Moshe va se montrer comme étant le personnage que nous avons décrit, mais, par la suite, une fois sorti de cette Égypte, il va faire valoir toute cette dimension d'identité morale de la manière d'être homme hébreu: c'est-à-dire révéler foncièrement la moralité et l'éthique de cet homme qui est porteur des valeurs de l'hébreu. Et c'est en cela qu'ils reconnaîtront peu à peu, grâce à cela, que le ish mitsri est un ish ivri. Je viens de vous le dire: Moshe a été reconnu par les filles de Yitro comme étant un ish mitsri.
La rencontre avec Yitro, qui a d'ailleurs donné son nom à l'une des parachiot que nous lisons durant l'année, la section du Chabbat, comme on l'appelle, est tout à fait étonnante. Qui plus est, cette section du Chabbat, qui s'appelle Yitro, est la section dans laquelle il est question du don de la Torah au Sinaï. C'est absolument détonnant. Je n'ai pas dit étonnant, c'est aussi étonnant, mais c'est surtout détonnant que la section du Chabbat concernant le don de la Torah puisse être mêlée au nom d'un homme étranger au peuple d'Israël.
Or, vous le savez bien entendu, le nom de Yitro n'est pas si étranger que cela. Lorsque Moshe lui sera présenté, Yitro va faire valoir qu'il a entendu ce qui s'est passé, et il n'a pas fait qu'entendre: il s'y est intéressé. Lui est un prêtre de …
Cours de Machon Meir
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