Moshé, Aaron et les anciens d'Israël face à Pharaon
Pourquoi les anciens se dérobent, la question du libre arbitre selon le Rambam, et le sacrifice de Pessah.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Pourquoi le peuple ne prit pas la route des Philistins, 6 min
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Chers téléspectateurs et amis, nous sommes contents de vous retrouver aujourd'hui aussi. Nous avons laissé l'épopée de Moshé en Égypte. Moshé va donc être choisi pour être ce messager de l'Éternel. Pour cela, il va d'abord refuser parce qu'il ne se sent pas prêt.
Il ne se sent non seulement pas prêt, mais il ne se sent pas apte. Il trouvera une excuse tout à fait physique, physiologique, à savoir qu'il bégaye, qu'il ne peut être le porte-parole de l'Éternel lorsque la parole est entrecoupée de silence, et donc dans l'impossibilité de ce flux continu du verbe, de la parole humaine, qui devrait exprimer une véritable profession d'émouna.
L'Éternel lui promet qu'Aaron viendra à sa rencontre et qu'ensemble ils viendront annoncer aux anciens d'Israël que, d'une certaine manière, voici le message tant attendu, celui transmis par Yaakov à ses enfants, qui reste véritablement dans la tradition d'Israël: le message, c'est-à-dire que l'Éternel vous délivrera assurément.
Un peu comme il y a quelques dizaines d'années, « Les sanglots longs », ce poème de Verlaine qui, découpé en deux, servira de phrase de code pour le débarquement tant attendu et libérateur de l'Europe assujettie au nazisme. Lorsque Moshé rencontre Aaron, qui le reçoit, vous l'imaginez avec quel amour, quelle affection et surtout quelle condescendance il lui annonce ce message.
C'est donc que Aaron reconnaît de suite que Moshé a vu, a entendu, et s'est porté volontaire.
Pour être le porteur de ce message, ce n'est pas rien. Et Aaron, conscient de l'événement dont il est le témoin, emmène Moshé vers les anciens. Aux anciens, on annonce de la même manière ce code tant attendu, c'est-à-dire que la délivrance est proche, que le Messie est là, qu'il faut savoir le recevoir, et puis surtout, non seulement le recevoir, mais, après l'avoir reçu, savoir entrevoir et apercevoir ce qu'il faudra faire.
Alors qu'Aaron et Moshé demandent aux anciens de les accompagner devant Pharaon afin de lui annoncer ce dont il est question, c'est-à-dire cette demande, cette requête, ou plutôt cette ordonnance divine: « Laisse partir mon peuple », au fur et à mesure qu'Aaron et Moshé se dirigent vers le palais, voici que Rachi nous dit que les anciens, chacun de son côté, s'éparpillent.
Et lorsque Moshé et Aaron viennent d'annoncer à Pharaon: « Laisse sortir mon peuple », Pharaon dit peut-être, ou certainement: au nom de qui parlez-vous ? Et qu'on lui dise: au nom de l'Éternel, Dieu d'Israël, et là, il se retourne pour montrer combien Israël, par ses représentants si anciens, est omniprésent, et bien il n'y a plus personne. Alors Pharaon alourdit son cœur. Oui, vous avez raison de penser que ces hommes n'ont pas été au rendez-vous de l'histoire, il est vrai.
Il faut s'armer d'une véritable patience historique lorsque nous sommes en attente d'un bouleversement, d'une révolution. Il est clair que ces hommes, qui n'étaient, comme nous l'avons déjà dit, que des chiffres, et qui attendaient de retrouver un nom, ou plutôt de retrouver leur nom, et les Chemot Bné Israël. Car quand ils sont arrivés, il est dit Mitsraïm qu'ils sont descendus en Égypte. Il est vrai, je vous l'accorde, qu'il n'était question
que de venir en Égypte pour pouvoir se nourrir, qu'il était question, comme le déclarera Yaakov devant Pharaon, de simplement lagour bééretz Mitsraïm, c'est-à-dire résider en terre d'Égypte. Mais le verbe lagour vient de la racine guer, c'est-à-dire être des étrangers, alors qu'une fois que Yaakov et que Yosef disparaîtront, les enfants d'Israël s'installeront
en Égypte et dépasseront les frontières du terroir de Gochen qui leur fut accordé par ce si gracieux Pharaon, ami de Yosef. Il est donc clair qu'il y a là un véritable processus d'assimilation qui se déroule, et que, face à cela, Moshé et Aaron vont devoir réagir. Moshé va réagir, bien entendu, de ce joug qui s'appesantit sur les enfants d'Israël, même si les anciens se sont défilés.
Mais il y a aussi, vis-à-vis des enfants d'Israël, une demande essentielle: ne pas trop les troubler. « Velo chamou el Moshé mi-kotser roua'h oumi-avoda kacha ». Kotser roua'h pourrait désigner l'impatience; ils haletaient parce qu'ils souffraient dans le travail qui était le leur, bien sûr, mais kotser roua'h veut dire aussi l'impatience qui était la leur. Peut-être une impatience qui ne supportait pas les faits et gestes de Moshé et d'Aaron. Avoda kacha, c'est ce labeur tellement énorme qui était le leur, à tel point que, lorsque Moshé leur dira que c'est le moment où il va falloir se préparer à sortir,
certains diront: « J'aime mon maître ». Vous savez ce que la Torah expliquera plus tard: lorsqu'un homme avait été mis en esclavage parce qu'il était ce qu'on appelle un esclave hébreu, la septième année, son propriétaire devait l'amener devant la mezouza de la maison et lui dire: voilà, mon cher, vous êtes libre à partir de cette septième année, votre propre rédemption. Et si l'esclave disait: « Ah, petit Adonis, j'aime mon maître », alors on lui poinçonnait l'oreille.
Vous voyez, les choses n'ont pas beaucoup changé. Combien d'hommes aujourd'hui, dans ce XXe et XXIe siècle, ont accepté de se poinçonner les oreilles pour affirmer, envers et contre tous les aléas de l'histoire, qu'ils acceptaient d'être les objets de cette histoire et se refusaient à en devenir les sujets ? Que diable ! Laissons-les pourrir dans leur objet.
Mais en tout état de cause, l'Éternel va essayer d'aider Moshé. Il va demander à Moshé de mettre en branle ses hommes et ses femmes, parce que le projet est en route, parce que ce code n'a pas été énoncé pour rien, mais parce qu'il voulait dire quelque chose. Ce quelque chose, c'était que ce peuple des Hébreux, non pas la communauté juive de confession
— la communauté égyptienne de confession mosaïque — devait se réveiller: il n'était pas une communauté égyptienne de confession mosaïque, mais le peuple d'Israël, qui attendait de redevenir, ou de devenir, cette nation hébraïque porteuse du projet divin pour la rédemption d'elle-même et d'une humanité en attente de cette rédemption.
Alors l'Éternel dit à Moshé: tu vas leur dire que le 10 du mois de Nisan, je voudrais que vous alliez prendre l'agneau qui se trouve chez les Égyptiens, puisqu'ils élèvent l'agneau comme idole, et que vous preniez cet agneau au nez et à la barbe des Égyptiens, que vous l'attachiez dans vos demeures pendant trois jours.
Et la veille du départ, il faudra le sacrifier, prendre son sang et en peindre les linteaux des portes de vos maisons. Et en tout cas, comme moment de l'indépendance à venir, il vous faudra faire un barbecue et pouvoir déguster ces chairs grillées, comme signe de reconnaissance de ce moment très important et essentiel.
Combien d'hommes et de femmes accepteront d'agir de cette manière ? Vous l'avez compris: d'une manière tout à fait résistante. N'oubliez pas que ces hommes et ces femmes vivent sous le joug égyptien depuis 210 ans. Est-ce qu'il était simple, en janvier 1942, d'enlever le drapeau à croix gammée d'au-dessus
Cours de Machon Meir
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