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Le Mishkan, présence divine qui se fait proche

Pourquoi le Mishkan, la résidence de la Chekhina dans le désert, est une étape de la révélation d'Israël.

19 min

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : Vayakhel : le Mishkan, lien entre l'infini et le fini, 57 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

À nos chers téléspectateurs, shalom, boker tov. Nous sommes dans cette nouvelle émission de la télévision de Machon Meir, ensemble avec Rav Yoël Benharrouche, shalom. Shalom, mon ami Rav Rony Akrish. Nous sommes heureux d'entamer cette nouvelle discussion, ce nouveau débat, Rav Yoël, à propos du Mishkan, à propos du Mikdash. Tout commence dans le désert avec Moché. Nous rencontrons cette nouvelle construction, ce nouvel édifice, le Mishkan. Que vient-il nous dire, foncièrement ?

En réalité, le livre de Chemot introduit une notion nouvelle dans le monde. Dans ce livre apparaît le peuple d'Israël, et l'apparition du peuple d'Israël se fait par étapes. La première étape, c'est la sortie d'Égypte. Mais la sortie d'Égypte a libéré le peuple de son joug, sans encore révéler son identité propre. La deuxième étape, c'est le don de la Torah, qui va nous révéler notre propre identité. Et même cela n'est pas encore terminé: il faut une troisième étape, qui est la résidence divine, d'une manière stable et continue, dans notre monde. Ça, c'est le Mishkan.

C'est une question qui reste pertinente pour chacun de nous: comment ? C'est la question que posera Chlomo dans le livre de Mélakhim Alef, à savoir comment il est possible que l'infinie présence du divin, ce que nous appelons généralement son omniprésence, son omniscience dans le monde, puisse se réduire, j'allais dire, excusez-moi le terme, mais entre guillemets, à une peau de chagrin.

— Oui, mais en fait, le verset doit être lu réellement comme il est écrit.

— Oui, c'est la grande question sur laquelle se sont penchés l'ensemble des commentateurs, et qui nous interroge, vous, moi, comme nos téléspectateurs: pourquoi employer un pluriel alors que nous parlons d'un événement singulier ?

— Tout à fait. Mais en fait, le Mishkan représente ici l'ambassade du ciel dans ce monde. Cela veut dire que la révélation divine est comme un verbe.

— Ce n'est pas le nom de quelque chose, la Chekhina. C'est en réalité le nom d'un verbe. Chekhina veut dire comme cheina, comme lina, comme ritsa. C'est le nom d'un verbe, c'est-à-dire la capacité de l'Infini à se révéler, même au niveau des hommes; la Torah se met à la portée de l'homme.

Et ça, c'est le Mishkan: la capacité de l'Infini à se réduire, entre guillemets, comme le notion des kabbalistes qui parlent de tsimtsoum, jusqu'au degré de notre monde.

— Donc si nous parlons du verbe, le verbe, c'est lichkon.

— Tout à fait. Mais dans ce verbe lichkon, on entend non seulement le substantif de résidence, bien entendu, mais on entend également un terme qui va nous paraître assez primaire, à savoir le voisin, c'est-à-dire le proche: chakhen. Les lettres du mot chakhen, trois lettres. Chakhen ne veut pas dire seulement voisinage, mais celui qui arrive à révéler, à rendre vrai, à certifier ce qui est en haut. Chakh, ken: donner le ken à quelque chose qui est au-delà, à quelque chose d'invisible, à quelque chose qui relève de l'infini, lui donner en réalité une structure dans ce monde.

Tu sais qu'un chevalet d'artiste s'appelle kan, et ce sont exactement les mêmes lettres. Autrement dit, c'est la capacité à poser la toile sur laquelle je vais instaurer, je vais projeter mon idée première.

Il y a aussi, dans la racine, dans cette sémantique de chakhen, peut-être aussi, si je puis me permettre, l'idée que le voisinage de l'Éternel viendrait nous dire qu'il ne pourrait résider que là où les hommes seraient capables d'être foncièrement les véritables voisins, les véritables proches de l'Éternel. Je ne serais, pourrait-on dire ainsi, comme dans un traité biblique, je ne serais d'autant plus proche de vous que vous ne le saurez de moi.

Mais j'ai trouvé un acrostiche intéressant dans le mot chakhen: Shin, Ch, Nun... ne serait-ce pas ? Et vous m'en direz en tout cas ce que vous en pensez.

La Shvita, c'est-à-dire le chophet, le juge, le kohen, le navi... Comme si, pour cet homme, la présence divine voulait bien dire tout cela. Mais l'homme ne doit-il pas révéler, un tant soit peu, cette dimension de la justice, cette dimension de la prêtrise, cette dimension de la prophétie ? C'est magnifique, parce qu'en réalité c'est exactement la structure qui permet aux valeurs divines de l'infini de résider dans ce monde.

Les sages nous disent qu'il faut une hichtavout hatsoura. Je traduis textuellement: notre forme doit ressembler un tant soit peu à la forme divine, qui n'en a pas. Quelle est la forme divine ? Quand on parle de forme divine, c'est la capacité à révéler, à donner, à partager, à construire, à édifier, avec des valeurs éthiques, des valeurs de justice, des valeurs de lien avec les choses.

— Donc tout ce que tu viens de dire est englobé dans ce mot chakhen. Je ne peux être ton voisin que si toi-même tu présentes les mêmes degrés, pour que nous soyons ressemblants, pour que nous soyons ensemble.

— Il y a, au-delà du Mishkan que nous rencontrons dans le désert, une grande question, qui est peut-être une parenthèse qu'on pourrait ouvrir tous les deux. Si véritablement le projet divin, au moment de la sortie d'Égypte, était de nous faire passer par El-Arich, Gaza, Ashkelon, pour entrer sur la terre que l'Éternel donnait aux enfants d'Israël, où aurait eu lieu ce Mishkan ?

— Ce n'est pas un piège, c'est une question à bon escient.

— J'ai bien entendu. Les sages nous disent: Mishkan iou Mikdash, Mikdash iou Mishkan. Autrement dit, il faut faire un amalgame entre Mishkan et Mikdash. La seule différence entre le Mishkan et le Mikdash, c'est que l'un est temporaire et que l'autre est définitif. Le Mishkan relève en réalité de l'ordre du transportable.

Et à ta question, comment est-il possible que la présence divine descende déjà dans le mouvement du désert, alors qu'on n'est pas encore arrivé sur la terre ? La réponse est toute simple: même dans la présence divine, il y a des étapes, il y a des valeurs, il y a une intensité. Ce n'est ni blanc, ni noir. C'est du noir au blanc, en passant par tous les gris possibles et imaginables.

C'est bien entendu une affirmation qui révèle le non-manichéisme de l'histoire d'Israël: ce n'est ni jour ni nuit, mais un lent processus, comme le dit la Guemara de Brakhot dans le Yerouchalmi, c'est-à-dire étape par étape, peu à peu. Il y a, en fin de compte, cette perfectibilité de l'homme vers le parfait auquel nous aspirons.

— Une autre réflexion m'intéresse par rapport à ce que nous avons dit. Lorsqu'on prend un sujet qui nous intéresse, dans nos études hors caméra: dans l'aristotélisme, par exemple, la notion d'Elohim — puisque c'est elle qui est entreprise — révèle que l'Éternel ne se révèle pas, que l'Éternel n'est pas dans cette omniprésence du monde créé. Il y a comme une sorte de volonté, pour essayer de faire simple, de la part d'Elohim, de se retirer après avoir créé.

Dans la philosophie aristotélicienne, Dieu a créé, il y a bien sûr une origine première, mais il n'est plus véritablement présent. Et là …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche

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