Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Chémini : pourquoi il n'y a pas de huitième jour

La mort des fils d'Aaron, Moshé et Aaron, et l'idée que l'on ne monte pas vers Dieu mais qu'on le laisse descendre.

15 min

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : Béhaalotekha : la place de l'individu dans le peuple, 1 h 09

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Boker tov Yerouchalaïm, boker tov Yoël. Aujourd'hui, c'est avec plaisir que nous te recevons au Machon Meir. Nous allons échanger sur la paracha de Chemini, qui se divise finalement en deux grandes parties: l'inauguration du Mishkan et, avec un peu de sourire, la deuxième partie consacrée à nos amis les animaux. Oui, tout à fait. Bonjour Abraham, ça me fait plaisir d'être avec toi.

— Cette paracha est hors norme. Pourquoi ? Tout simplement parce que le Yom HaChmini n'existe pas, car le septième jour lui-même ne s'est pas encore terminé. Tu sais très bien qu'à la création du monde, chaque jour, Dieu crée quelque chose et dit à la fin: Vayehi erev, vayehi boqer, premier jour, deuxième jour, troisième jour, quatrième, cinquième, sixième, septième. Or, il n'y a pas de verset qui termine le septième jour.

— Alors je te pose la question: si le septième jour ne s'est pas terminé, comment peut-on parler du huitième ?

— Tout simplement, c'est là que se trouve la réponse. Puisque le septième jour ne s'est pas terminé, le fait de faire venir déjà le huitième jour, de goûter, de sentir ce qui n'est pas encore là, c'est ce qui va en réalité clôturer le septième jour.

— C'est une sorte de huitième dimension, alors ?

— Tout à fait. La huitième dimension est une dimension qui dépasse les notions d'espace et de temps, donc qui se situe au-delà de notre prise de conscience d'aujourd'hui. C'est grâce à ces valeurs-là que nous pouvons sanctifier le septième jour. Mais il y a quand même un mystère dans cette paracha. Pendant sept jours, on voit Moshé agir par rapport au Mishkan, et il est le Kohen Gadol. Le huitième jour... ou s'éclipsent-ils ? Est-ce qu'il a été écarté ?

Alors, il faut d'abord comprendre que l'inauguration du Temple est une similitude avec la création du monde. Les kabbalistes nous disent que Dieu créait et détruisait les mondes pendant sept degrés, et qu'au huitième degré, le monde a eu lieu et il est resté.

Moshé Rabbénou faisait de même. Pendant les sept jours, il montait et démontait tout le Mishkan. Il faut le savoir. Le huitième jour, qui est en réalité le premier jour – car il est huitième par rapport au sept, mais premier par rapport à une nouvelle ère –, Moshé joue ici en réalité le rôle de l'éternité. C'est donc Aharon qui va prendre ses fonctions.

— Je pensais plutôt qu'Aharon venait comme Olam Haba, et que Moshé était davantage dans Olam Hazé.

— C'est l'inverse. C'est Moshé qui représente Olam Haba, et Aharon qui est plus proche de la matière. Ce n'est pas un hasard si le Mishkan de Moshé ne laisse pas de place à la faute, car il est dans l'esprit. Alors que le Mishkan d'Aharon... Et d'ailleurs, Aharon a participé à la faute du veau d'or. C'est un homme qui sait descendre jusqu'au niveau même de la faute humaine. Voilà Aharon: il est dans notre monde. Moshé est au-delà de notre monde. C'est l'une des raisons pour lesquelles il n'est pas entré en Erets Israël.

— Oui, là, on est vraiment dans une autre dimension. Dans le cerveau humain, parle-t-on toujours de cerveau droit et de cerveau gauche ? Le côté raisonnement, logique, et le côté imaginatif. Qui est le cerveau droit et qui est le cerveau gauche dans cette histoire entre Moshé et Aharon ?

— Ce que tu appelles cerveau droit et cerveau gauche s'appelle, dans le langage des kabbalistes, Hokhma et Bina. La sagesse et le discernement. Cette sagesse est en réalité la Torah de Moshé. Moshé est la Torah de la sagesse. On pourrait donc dire que c'est plutôt le raisonnement et la logique.

— Le raisonnement, mais ce n'est pas un raisonnement humain. C'est un raisonnement qui est au-delà des normes de ce monde: une Hokhma Elohit, une sagesse divine. Alors que la Bina, dont la racine est celle du mot binyan, c'est-à-dire la construction, est celle qui va élaborer. N'oublie pas que Moshé n'était pas capable de façonner lui-même un objet du Mishkan. Pourquoi ? Parce qu'il ne pouvait pas traduire quelque chose de l'au-delà dans notre monde de matière. C'est pour cela qu'on a confié le travail à Betsalel, qui devait être à l'ombre pour pouvoir faire quelque chose. Il est donc en réalité dans ce degré-là.

Or, cette Bina, c'est la capacité du livre de Vayikra. Tu sais que les cinq livres de la Torah correspondent aux cinq partsoufim dans la Kabbale: Keter, Hokhma, Bina... Bereshit, Chemot, Vayikra. Nous sommes donc dans le livre de Vayikra, dans ce cerveau gauche. Ce qui veut dire que nous sommes dans un livre qui a trait à la logique, mais au niveau de l'imaginaire humain. Et avec Aharon, c'est l'imagination qui entre en jeu.

Il y a un moment tragique dans cette paracha: les fils d'Aharon. On ne peut pas passer à côté sans un pincement au cœur. Ils ont voulu exprimer un grand amour envers Dieu, et ils sont punis. Comment l'expliquer ? Se rapprocher trop de Dieu, ce n'est pas si bien que ça ?

— On ne peut pas parler de punition, puisque la Torah elle-même définit ce qui s'est passé comme Bikrovaï ekadesh, c'est-à-dire que Dieu lui-même dit à Moshé: parmi ceux qui sont proches de moi, je me suis sanctifié. Comment l'expliquer ? Le Rav Kook, dans son traité d'Orot, appelle cela « it partzout la chamay », c'est-à-dire le fait de rentrer dans un monde qui est en réalité au-delà de ce que tu es. C'est une faute que, malheureusement, même chez nous, beaucoup ne comprennent pas.

— On ne peut pas monter vers le ciel. Il ne s'agit jamais de monter, même en spiritualité. Chaque fois qu'on dit à quelqu'un « tu es monté en sainteté », cela signifie simplement qu'on a laissé Dieu descendre dans notre monde. En réalité, le sens...

— C'est-à-dire qu'on doit se retenir pour monter vers Dieu ?

— On ne peut pas monter vers Dieu. Monter vers Dieu, c'est déjà de l'avoda zara. Ce n'est même pas seulement de la prétention. C'est que tu as réussi à quantifier Dieu, à lui donner un degré vers lequel tu vas. Comment peux-tu limiter Dieu à aller vers quelque chose ? Cela sous-entend d'ailleurs qu'il n'est pas là où tu es. Si tu dois partir...

— On veut se rapprocher, mais on ne peut pas monter ?

— On ne peut pas se rapprocher de Dieu par notre propre mouvement. On le laisse nous traverser. Ça, c'est le rapprochement d'Hakadosh Baroukh Hou. C'est le véritable rapprochement. En réalité, il n'y a qu'un seul sens à tout notre judaïsme: c'est toujours du haut vers le bas. Tu dois t'ouvrir, tu dois être disponible, tu dois être libre pour laisser l'infini te traverser. Et plus tu laisses l'infini te traverser, plus tu montes en sainteté. C'est ce que n'ont pas compris Nadav et Avihou, les fils d'Aharon. C'est le secret de ne pas aller vers, mais de laisser Dieu venir vers nous. C'est un grand degré, un grand secret, de l'humilité, et une …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche

Dans la même série

Cours sur la paracha de la semaine, dans l'ordre de la Torah.

  1. 25
    Mishpatim : chaque élévation commence par un retour au point zéro
    Pourquoi la Torah répète-t-elle le don au Sinaï dans Mishpatim, et ce que le « naassé vénichma » apprend sur la renaissance intérieure.
    1 h 10
  2. 26
    Naassé vénichma : le passage de la Torah écrite au sens caché
    Le verset de Mishpatim distingue la parole orale et l'écrit, et explique pourquoi le peuple ajoute « nichma ».
    1 h 05
  3. 27
    Le Mishkan, présence divine qui se fait proche
    Pourquoi le Mishkan, la résidence de la Chekhina dans le désert, est une étape de la révélation d'Israël.
    19 min
  4. 28
    Vayakhel : le Mishkan, lien entre l'infini et le fini
    Le Mishkan comme appareil qui capte la présence divine dans ce monde, et les trois cœurs : espace, temps, peuple.
    57 min
  5. 29
    Chémini : pourquoi il n'y a pas de huitième jour
    La mort des fils d'Aaron, Moshé et Aaron, et l'idée que l'on ne monte pas vers Dieu mais qu'on le laisse descendre.
    En cours de lecture
  6. 30
    Béhaalotekha : la place de l'individu dans le peuple
    Le désert comme passage, la terre d'Israël comme lieu de fécondité, et la Ménorah comme rôle d'Israël pour les nations.
    1 h 09
  7. 31
    Eldad et Medad : une prophétie née de la brisure
    Pourquoi Eldad et Medad, exclus du groupe des soixante-dix, reçoivent une prophétie plus haute que les anciens.
    1 h 13
  8. 32
    Moché, le plus fidèle de la maison d'Hachem
    Pourquoi Moché voit tout sans tout révéler, et pourquoi Aharon et Myriam se trompent sur sa prophétie.
    1 h 21
  9. 33
    Parachat Chelah
    60 min
  10. 34
    Chelah Lekha : la sainteté de la Terre d'Israël
    1 h 22

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav