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Yerouchalaïm, deux degrés : l'idéal et sa réalisation

Pourquoi Yerouchalaïm est au pluriel, et comment l'idéal céleste doit se traduire par l'effort humain sur terre.

18 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Le Mont du Temple, de 1967 à nos jours, 11 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

À nos chers téléspectateurs, shalom. Nous sommes heureux de vous retrouver ici, depuis Jérusalem, en cette veille de Yom Yerouchalaïm, Motsaï Chabbat, d'autant plus. Nouvelle émission en tête-à-tête, que nous allons, bien sûr, consacrer à Yerouchalaïm. Shalom.

— Shalom, avec grand plaisir, on se retrouve. Comme d'habitude, et j'aimerais te faire entendre que, bien souvent, on rapporte Yerouchalaïm à un souvenir, à une histoire, à cette dimension capitale d'État. Et je me pose toujours la question: quel est le véritable sens de Yerouchalaïm, s'il n'est pas seulement histoire, pas seulement souvenir, et pas seulement capitale ? J'ai toujours dans l'idée de vouloir dire que peut-être cette centralisation autour de Jérusalem, la présence de la Chekhina, du Temple, de la royauté, du pouvoir législatif, tout cela fait qu'à partir de Jérusalem, Israël est à même de faire entendre le son de sa voix — V-O-I-X — mais le sens de sa voix — V-O-I-E.

— Tout à fait, mon cher Rony. Est-ce que tu as remarqué que Yerouchalaïm est au pluriel ? J'aimerais bien que tu m'expliques celui-ci.

— Eh bien, Yerouchalaïm, comme chnaïm en hébreu, sous-entend qu'il y a au minimum deux. Deux degrés de Yerouchalaïm. Et effectivement, les sages nous parlent de Yerouchalaïm Chelmala et de Yerouchalaïm Chelmata. Toutes les valeurs que tu viens d'énoncer sont en réalité des idéaux, des valeurs absolues que l'Éternité a pensées et transmises à la Création. Le trait d'union entre ces degrés idéologiques et leur réalisation dans le monde concret de la Création passe par Yerouchalaïm. Yerouchalaïm Chelmala, ce sont ces idéaux. Yerouchalaïm Chelmata, la Jérusalem d'en bas, c'est en réalité la concrétisation de ces valeurs, qui se trouvent cachées dans Yerouchalaïm, chez le mal.

— Pourtant, ce qui paraît tellement évident chez toi a l'air très obscur dans le texte tanakhique. Lorsque je vais dans Béréchit, que ce soit concernant la terre d'Israël elle-même, mais concernant également Yerouchalaïm, ou plus précisément la montagne où D.ieu se révélera, le mont Moriah, l'Éternel n'a rien dit. Il laisse tout dans une obscurité où l'homme serait à même d'en découvrir la profonde lumière.

— Tout à fait. Yerouchalaïm n'est pas une ville qui est énoncée, parce que c'est une ville, et je dirais plus, une valeur, qui dépasse la ville, à laquelle il faut arriver petit à petit. Ce n'est pas un énoncé de départ, c'est quelque chose qu'on retrouve. Et si l'Éternel lui-même n'en parle pas, il y a Yaakov qui dort à l'endroit où il dort. Eh bien, lorsqu'il se réveille, il dit: « Zeh chaar hachamayim » — voici la porte par laquelle le ciel, entre guillemets, descend sur terre. Il le définit en tant que tel; n'oublie pas que Yaakov est un prophète. Donc, en réalité, ce sommeil, ce songe de l'échelle de Yaakov qui relie le ciel et la terre, c'est à ce point géographique extrêmement précis où le ciel et la terre se rejoignent. La Torah mentionne donc, mais d'une manière codée, que c'est le trait d'union entre les valeurs célestes et leur traduction dans ce monde.

Mais concrètement, pour chacun de nous, ce que nous voyons, c'est que l'homme doit s'y investir, parce que dans cette obscurité, dans ce propos obscur, je veux dire, où ni la ville ni la terre ne sont révélées, en fin de compte, l'Éternel cherche l'homme, c'est-à-dire là où l'homme doit s'engager. Cette Jérusalem, comme cette Israël, ce sont des valeurs, mais des valeurs réelles qui touchent à la réalité concrète, comme tu le disais tout à l'heure, et où l'homme est, comment dire, poussé, entraîné par l'Éternel lui-même à devoir se révéler.

— C'est-à-dire que, est-ce qu'on ne fait pas, par trop de piétisme, je dirais, un référent exagéré à la Yerouchalaïm Chelmala, comme si l'on attendait tout d'en bas, alors que dans ce que je tentais d'expliquer il y a un instant, j'engage beaucoup plus l'immanence de ce monde, c'est-à-dire l'homme, comme révélateur. Mais quelquefois j'ai l'impression qu'on place l'homme comme spectateur.

— Pas du tout, au contraire, puisque cette valeur absolue que j'ai nommée Yerouchalaïm Chelmala n'est qu'une valeur absolue. Elle ne peut pas se révéler, cette valeur absolue, si ce n'est par l'intermédiaire de l'homme. Donc, en réalité, Kadoch Baroukh Hou est à la recherche de l'homme, en quête de l'homme, pour que cet homme fasse l'effort de traduire les valeurs de l'Éternité dans une réalité concrète, humaine, géographique, historique.

D'ailleurs, Yerouchalaïm, comme nous le disons dans Lekha Dodi, c'est d'un côté Kodech, et d'un autre côté Malkhout. C'est-à-dire que cette Jérusalem, encore une fois au pluriel, est une ville qui est capable de prendre des valeurs, entre guillemets, qui sont de l'ordre du Saint, béni soit-Il, et de les transformer en réalité politique, géopolitique, qui amène les choses du ciel dans un monde concret de royauté d'Israël, de royauté divine sur terre. Donc, en réalité, tu vois bien que l'homme n'est pas du tout un spectateur dans ce contexte, puisque c'est lui qui va à tâtons chercher l'endroit de Jérusalem, comme l'a fait le roi David.

On n'arrive pas à Jérusalem directement, ni dans le passé, ni dans l'histoire moderne d'Israël. On a d'abord conquis la terre d'Israël en 1948, on a érigé l'État d'Israël, et seulement 19 ans plus tard, on arrive à Yerouchalaïm. On a vraiment l'impression d'un corps créé, comme dans le propos graduel de Béréchit, où l'homme, après avoir été créé, voit l'insufflation de cette âme dans le corps, qui est postérieure au corps et qui vient s'y greffer.

— Je vais reprendre ce que tu disais, dans le sens de ce qui m'intéresse du point de vue tanakhique, c'est-à-dire de la géopolitique ici. Et quand même, j'insiste là-dessus, je le répète encore une fois, parce qu'il y a beaucoup de gens qui me contrarient dans cette approche un peu transcendantale, et seulement transcendantale. Je vois que David, au moment où il va conquérir Yerouchalaïm et qu'il envoie Yoav ben Tserouya, son neveu, chef des armées, va devoir combattre les Jébusiens, combattre véritablement, et des Jébusiens qui sont arrogants:

si tu te rappelles, ils mettent des aveugles et des boiteux à l'entrée de la ville jébusienne, voulant affirmer qu'elle est absolument imprenable, pour des raisons qui ne nous intéressent pas ici. Mais peu importe: en tout état de cause, il faudra, comme il y a 48 ans, comme il y a plusieurs siècles au moment de la conquête par Josué, une réelle conquête militaire, terrestre, physique, afin de pouvoir entériner cette présence de l'homme qui, si elle est omniprésente en tant qu'homme, permet peut-être alors, je ne sais pas

ce que tu voudrais dire, à la Chekhina d'être présente.

— Tu es en train de résumer en fait notre état de base. Il y a quelque chose de paradoxal dans le judaïsme. Kadoch Baroukh Hou nous donne des choses, on a l'impression que c'est un cadeau, et quand on va recevoir ce cadeau, il faut se battre pour recevoir encore une fois ce cadeau qui est déjà donné.

— Alors je ne comprends pas, c'est un cadeau ?

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