Poèmes et textes hébraïques pour le Yom HaZikaron
Lecture de poèmes d'Alterman, Grossman et Greenberg sur les soldats tombés et le deuil d'Israël.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Yom Haatsmaout : textes sur la naissance d'Israël, 9 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom, Boker tov depuis Jérusalem. Journée du souvenir de nos soldats, de nos civils tombés dans ces combats, durant ces combats, pour la renaissance d'Israël, pour le devenir du peuple et de la terre d'Israël. J'ai choisi dans ce livre qui est devant moi, l'Anthologie juive, écrite par Edmond Fleg en 1923, remaniée, rééditée en 1950, un certain nombre de textes de nos poètes et écrivains israéliens.
Le premier que nous allons lire est un texte de Nathan Alterman.
La terre était silence, le rougissement du ciel peu à peu s'obscurcissait sur des frontières fumantes. Cœur brisé mais respirant, la nation attendait de recevoir le miracle. Le sang pareil, l'unique.
Pour la célébration, elle était prête, levée avant la lune, enveloppée avant le jour, dans la solennité et dans l'épouvante. Alors d'en face, une fille, un garçon, sortirent. Et doucement, doucement, avant la nation et devant elle, ils marchèrent. Ils portaient la blouse des jours ouvriers et la ceinture et la chaussure lourdes. Ils montèrent sur le sentier.
Et silencieux, ils marchèrent. Ils n'avaient point changé leurs vêtements, ni lavé d'eau les traces du jour à la peine de la nuit au feu. Là, très là, mais voués au vœu de refuser le repos, ils sointaient la rosée de la jeunesse hébraïque. Ils avançaient les deux, en garde à vous, ils s'arrêtaient immobiles, et nul signe pour savoir s'ils étaient vivants ou percés de balles.
Alors, baignés de charme et de larmes, la nation demanda et dit: « Qui êtes-vous ? » Et silencieux, les deux répondirent: « Nous sommes le plateau d'argent sur quoi fut donné l'État au peuple des Juifs. » Ainsi parlèrent-ils, puis, au pied de la nation, enveloppés dans l'ombre, ils tombèrent
et se racontait le reste dans l'histoire d'Israël.
Un deuxième poème qui nous inspire énormément en ce jour de souvenir national, aussi de Nathan Alterman.
Du pont d'un bateau vacillant, au quai du port il descendit. Et au quai du port, sous forme d'une auto militaire et d'un sergent, une patrie l'attendait. Sur son nom, elle imprima un cachet. Dans le sac, elle lança ses vêtements.
De sa bouche, au son de la fine pluie, elle extirpa un serrement terrible. Puis nous le vîmes qui rampait, qui se penchait, qui faisait la queue avec son assiette. Et nous savions, sans foyer, sans amis, on a froid quand on guéroie pour une génération. Ce pays ne lui a donné encore ni un ami, ni un coin pour abri,
ni une joie d'entre ces mille joies dont nous a doté la patrie. Non, il n'a reçu au bord de sa main que sa vie arrachée à l'épée, mais sa vie même, quelque part, au désert, à sa patrie, il l'a rendue.
Un deuxième poème de Nathan Alterman, qui bien sûr nous émeut énormément. J'ai choisi un autre texte de nos auteurs hébraïques. Il est d'une éminence littéraire, Reuven Grossmann, et j'aimerais vous le faire partager en ce jour-là.
Ton portrait, Noam, fils chéri, sur la table, parmi les fleurs, comme dans mon âme meurtrie. Ta mère les asperge tous les jours d'une main tremblante, et humecte chaque tige d'un frisson de prière, d'une lampe d'amour. Chaque feuille envoie son parfum.
On dirait une réponse, caressant son cœur qui se ploie, le cœur endolori d'une mère. Et la nuit, chaque nuit, moi, le père, je rends visite à ton image et, comme un autel de douleur, je verse le feu de ma parole silencieuse sur le bourgeon et sur le poème, sur Dieu et sur la mort, d'une harpe devenue muette.
Mon âme se laisse prendre dans le buisson ardent de tes yeux comme un papillon honteux. J'ai mis aujourd'hui dans ta couronne l'immortalité que tu aimas, cette fille de la souche des grands aïeux, et ton silence brillant. Comme dans les temps où nous allions ensemble dans les sentiers du néant, ton silence s'ouvre devant moi et me chuchote: mes fleurs, les feuilles de la reconnaissance chanteront pour vous
dans le secret. Ce bourgeon admirable n'est qu'une broderie de chant que Dieu m'envoie comme présent. Dieu crevasse mon pays du sang de mon cœur et des néants d'hier pour y faire pousser des fleurs de soleil, la mélodie de la vie bourdonnante. Cessez de pleurer. Éloignez-vous des gémissements du deuil. Écoutez, la harpe ne s'est pas tue. C'est un chant.
Le grand auteur hébraïque, et célèbre bien sûr, c'est Uri Zvi Greenberg, qui écrit dans le journal Haaretz en janvier 1948 cette sorte de poussière. Ils furent déchoisis, lançant des cris de joie. Leur voix s'étut. Fils de la souche de David, qui, l'épée à la main, tombèrent. Et si simple et gentil comme David, de la famille des bergers,
et ils t'ont remercié, Seigneur, pour la poussière. De cette sorte de poussière, tu as créé le premier homme. De cette sorte de poussière, tu as créé la montagne du Temple et la poussière de la roche de la montagne du Temple. Et pour cette sorte de poussière, ils t'ont remercié, Seigneur. Leur mort n'est pas la mort. Qui regarde leur tombe finit d'être esclave.
Que l'Éternel, Dieu d'Israël, puisse venger le sang versé par Israël, et redonner et redorer le blason d'Israël et ses lettres de noblesse à un peuple qui n'aspire qu'à une nouvelle identité, de la manière d'être homme hébreu et homme tout court.
Shalom depuis Jérusalem.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
Le mois de Iyar : souvenir, naissance de l'État et Jérusalem.
- 1
Poèmes et textes hébraïques pour le Yom HaZikaronLecture de poèmes d'Alterman, Grossman et Greenberg sur les soldats tombés et le deuil d'Israël. - 2
Yom Haatsmaout : textes sur la naissance d'IsraëlLecture de textes de Begin, de la Déclaration d'indépendance et d'Edmond Fleg sur la naissance de l'État. - 3
Yom HaAtsmaout et Yom Yerouchalaïm : le mois de IyarPourquoi le mois d'Iyar relie l'indépendance d'Israël à la reconquête de Jérusalem, et ce que le Maharal enseigne de la délivrance. - 4
Yerouchalaïm, deux degrés : l'idéal et sa réalisationPourquoi Yerouchalaïm est au pluriel, et comment l'idéal céleste doit se traduire par l'effort humain sur terre. - 5
Le Mont du Temple, de 1967 à nos joursComment le statu quo sur le Mont du Temple a été mis en place après la guerre des Six Jours, et pourquoi il reste contesté. - 6
André Neher et Jérusalem, la rencontre avec le MurUn texte d'André Neher sur le retour des Juifs à Jérusalem en 1967 et l'accès au Mur des Lamentations.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav