Le bouc émissaire et la techouva selon Maïmonide
Pourquoi le bouc de Kippour expie-t-il les fautes légères sans techouva complète ?
Rav Oury Cherki
Ensuite : Maïmonide : la techouva expie tous les péchés, 54 min
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Bon, alors, je crois que nous en sommes arrivés à la deuxième halakha, ou plutôt que nous sommes arrivés à la fin de la halakha précédente, et qu'on en est à la deuxième. Qu'est-ce que tu dis ? Ah, on avait parlé de la kapara, n'est-ce pas ? La kapara et de la controverse entre le judaïsme et le christianisme à ce propos, n'est-ce pas ? Très bien. Vous êtes donc invités à passer à la halakha suivante.
Pour passer à la halakha suivante, il faut tourner la page. Sa'ir hamichtalé'ah, le bouc envoyé. Qu'est-ce que c'est que le bouc envoyé, ou le bouc émissaire, comme on dit en français ? Le bouc émissaire, lefi she'hou mekhaper al kol Yisraël, puisqu'il vient expier pour tout Israël. Kohen Gadol midvar Alam al lechon kol Yisraël. Le grand prêtre fait le vidouï.
Techniquement parlant, ça veut dire qu'au moment d'envoyer le bouc émissaire, le grand prêtre met les mains sur la tête du bouc et fait un vidouï dont le contenu est: « Ton peuple Israël a péché. » N'est-ce pas ? Vous comprenez l'énormité de la chose. Parce que le vidouï, qu'est-ce que c'est ? C'est la conséquence, la dérivée, enfin la conséquence obligatoire de la techouva, n'est-ce pas ? Est-ce que tu es d'accord ? Oui, n'est-ce pas ? Bon. Donc, si je n'ai pas fait techouva, le vidouï ne sert à rien. Si celui qui a péché, c'est moi.
Comment est-ce que le Kohen Gadol peut faire le vidouï à ma place ? — J'entends rien. — Il s'agit de tous les péchés. Aussi bien le fait d'avoir mangé un chewing-gum sans faire la paracha que de ne pas avoir fait mon aliyah ou des tas de choses de ce genre, d'accord ? Oui ? Il est responsable. Mais comment ça marche, le vidouï ? Voilà. Moi, par exemple, je dois aimer mon prochain comme moi-même. Il y a une mitsva dans la Torah comme ça: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?
Je dis à un copain: « Écoute, j'ai pas la force, aujourd'hui, d'aimer mon prochain, tu peux le faire à ma place ? » Ça marche ou pas ? Une seconde. Est-ce que je peux demander à quelqu'un d'aimer mon prochain à ma place ? Oui ou non ? Là, c'est binaire. — Non. — Très bien, merci d'avoir répondu, c'est très gentil à toi. Et donc, je reprends: si le vidouï est une partie de la techouva, et que la techouva est un travail qui se fait…
…à l'intérieur de la personne. C'est-à-dire: je voulais le mal, maintenant je veux le bien. C'est ça, faire techouva: changer de volonté. Je ne peux pas demander à quelqu'un qui n'a pas passé ce processus de le faire à ma place, de faire le vidouï à ma place. Ça a l'air complètement ridicule. Est-ce que la question est bien claire ? Voilà. Maintenant, je vais vous donner la réponse. La réponse, c'est que le Kohen Gadol n'est pas une autre personne que moi-même. Et ceci, comment ? Il y a deux manières.
De vivre son individualité. Il y a la façon moderne et il y a la façon antique. Dans le monde moderne, je suis moi, un individu. Tu es toi, un individu, et toi aussi tu es un individu. Nous sommes tous des individus. Mais il y a entre nous également des relations. Il y a ce qu'on appelle la société. Nous vivons ensemble. Mais la première chose dont je suis conscient, c'est que je suis. C'est moi. Il y a également ton moi à toi. Et entre ces deux moi, il y a des relations qui s'établissent. Donc, ce qui est primordial, c'est moi. Ce qui est secondaire, c'est la relation. Est-ce que c'est bien clair jusqu'à présent ? C'est clair, ce que je dis là ? Parce qu'après, vous avez une interro là-dessus, donc c'est important que vous compreniez.
Dans le monde antique, c'est exactement le contraire. Il y a tout d'abord la relation, et accessoirement il y a l'individu. C'est-à-dire que, dans l'Antiquité, je ne me vivais pas comme une personne, j'étais l'émanation d'une collectivité. À tel point que la plus grande menace donnée par la Torah, c'est: si tu fais des choses très mauvaises, tu deviendras un individu. C'est ce qu'on appelle le karet. Le karet, qu'est-ce que c'est que le karet ?
C'est être retranché de la collectivité d'Israël. Aujourd'hui, pour un moderne, c'est exactement le contraire. On cherche à devenir un individu. Je veux m'accomplir en tant que personne, mon individualité est particulière, et tout le bazar. Mais dans l'Antiquité, c'était le contraire. On était tout d'abord une partie de la collectivité, et en cas de faute grave, on se détache, on est retranché de la collectivité: c'est ce qu'on appelle le karet. Comment vous savez que ça s'appelle le karet ?
Parce qu'on l'a déjà dit, il y a une phrase tout à l'heure, d'accord ? Simplement, il y en a qui ont écouté, il y en a qui n'ont pas écouté, ou il y en a qui sont timides et qui osent pas parler. C'est tout. Bon. Donc, en fait, on peut dire que le Kohen Gadol et moi-même, nous sommes la même personne. Simplement, il y a une personne en Israël qui est plus « tout le monde » que les autres. Il s'agit du Kohen Gadol. C'est quelqu'un qui est tellement collectif que, lorsque moi je fais techouva, le vidouï accède à sa bouche.
J'irai même plus loin: quand lui fait le vidouï, quelque chose en moi se transforme. C'est plus clair ? C'est comme, par exemple, si j'ai volé. Pour voler, je me suis servi de ma main. J'ai subtilisé un yaourt dans le supermarché, je me suis servi de ma main pour faire ça. Un beau jour, je lis dans la Torah qu'on n'a pas le droit de voler. Je suis très embêté, je fais le vidouï. Quelle partie de moi-même va faire le vidouï ? Je vous aide. Oui, la bouche,
très bien. Ma bouche pourra très bien dire que la main fasse le vidouï, moi je n'ai pas péché. Mais en fait, ce n'est pas vrai. Celui qui a volé n'est pas la main, et celui qui fait le vidouï n'est pas la bouche. C'est l'homme. C'est l'homme qui a volé, c'est l'homme qui fait le vidouï. Pour voler, il s'est servi de sa main; pour faire le vidouï, il se sert de sa bouche. Mais en fait, c'est une seule entité, n'est-ce pas ? De même…
…le Kohen Gadol, si vous voulez, d'une certaine manière, c'est la bouche d'Israël. Donc il fait le vidouï au nom de tout le monde. C'est plus clair ? — J'ai pas dit qu'il était responsable. C'est toi qui as dit qu'il était responsable, moi j'ai pas dit ça. Ne me fais pas dire des choses que je n'ai pas dites. — Oui, mais ça, c'est ton problème. Voilà. Génial. Maintenant, je reviens au Rambam. Nous allons continuer dans le texte.
Cours de Machon Meir
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