Esav, Yaakov et la haine des frères
Le projet d'Esav d'anéantir Yaakov, freiné par la fraternité, et la leçon sur la haine anti-juive.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, la vision et l'effacement du prophète, 12 min
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Shalom tout le monde. Nous continuons dans le livre de Béréchit, au chapitre Kav Zayin, au verset Memalef. Au chapitre Kav Zayin, au verset Memalef: Vaistom Essav et Yaakov. Essav détesta Yaakov al haberakha asher berakho aviv, à cause de la bénédiction dont l'avait béni son père. C'est-à-dire à cause de la bénédiction de Essav.
Essav est mécontent de sa bénédiction. Vayomer Essav el libo, Essav se dit en son cœur: Yikrevou yemei evel avi, ils vont se rapprocher, les jours du deuil de mon père, veharagti et Yaakov achi, alors je tuerai Yaakov, mon frère. Cela veut donc dire qu'Essav a pour projet l'anéantissement de Yaakov, étant donné que Yaakov représente à lui tout seul, dans ce temps-là, le peuple d'Israël. C'est donc un projet de solution finale. Essav veut détruire Yaakov. C'est la Shoah. Pour savoir ce que dit un texte, il faut lire le texte. Nous n'avons comme seule indication de ce qui se passe que le texte lui-même.
Dans ce projet de solution finale, il y a cependant deux barrières internes que construit Essav lui-même. La première: il faut attendre le deuil d'Yitzhak, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que tant que Yitzhak est vivant, je ne peux pas tuer Yaakov. Et la seconde: « Je tuerai Yaakov, mon frère ! » Il se rappelle à lui-même qu'il est le frère. On ne peut pas tuer son frère. Il y a donc ici un projet qui est frustré: Essav voudrait bien tuer Yaakov, mais il sait qu'il ne peut pas. Pourquoi ? Parce qu'ils ont un même père.
Il y a une accumulation de haine antijuive dans le christianisme qui, en toute logique, aurait dû aboutir à la Shoah. Or on est très surpris de voir que, malgré l'accumulation énorme de haine antijuive pendant tout le temps où le christianisme était la religion dominante en Occident, la Shoah n'a pas été envisagée. Il y avait des pogroms, il y avait des massacres, mais jamais il n'y a eu une entreprise de destruction massive d'Israël. Cela est arrivé seulement quand l'Europe est devenue laïque. C'est très bizarre quand même.
Cela ne voudrait pas dire pour autant que la haine qui a suscité la Shoah était l'héritière de la haine chrétienne. Cela a été prouvé scientifiquement par un historien du nom de Jules Isaac, qui a analysé les origines de l'antisémitisme et la responsabilité du christianisme dans tout cela. Mais si on veut, on peut dire qu'Essav, en tant que frère de Yaakov, sait qu'il ne peut pas détruire Yaakov.
D'ailleurs, il est intéressant de voir que le christianisme lui-même a inventé une théologie spéciale pour s'empêcher de détruire les juifs. Cela s'appelle la théologie de l'humiliation: les juifs, par leur humiliation permanente, sont la preuve de la véracité du christianisme. On a besoin des juifs comme témoins. Si les juifs sont détruits, il n'y aura plus de témoins. Donc il faut qu'ils restent en vie. Maintenant, ce barrage théologique a disparu lorsque le christianisme dogmatique a été abandonné, mais la haine est restée.
Elle n'avait plus de frontières, plus de barrières, donc elle a pu devenir la Shoah. Si l'on fait une analyse de l'inconscient collectif des nations, on pourrait presque dire qu'elles se sont laïcisées pour pouvoir faire la Shoah. D'ailleurs, la première fois que se profile l'idée de Shoah, c'est chez le fondateur de l'Europe laïque: Voltaire, évidemment ! Quand Voltaire dit que les seuls Européens à qui il ne faut pas donner l'égalité sont les juifs, parce qu'ils sont irrécupérables.
De même, plus tard, le fondateur du nationalisme allemand moderne, Johann Fichte, a dit que, pour ce qui est des juifs, il faut soit les renvoyer dans le désert d'où ils sont venus, soit leur couper à tous la tête pour la remplacer par une autre tête qui serait vide de toute idée juive. Ce sont donc ici le fondateur de l'Europe laïque, puis celui du nationalisme allemand, qui envisagent la Shoah. Ils ne l'ont pas dit de cette manière, mais cela ne pouvait aboutir qu'à cela.
Il faut donc que ce ne soit pas Essav lui-même qui le fasse, mais un descendant d'Essav. Le Midrach nous dit que, lorsque Yaakov a pris la fuite, Essav a envoyé son fils pour tuer Yaakov. Son fils était Élifaz. Élifaz arrive jusqu'à Yaakov, mais il ne peut pas le tuer. La Guemara dit pourquoi: il ne pouvait pas le tuer parce qu'il avait appris la Torah chez Yaakov. Il y a donc une dette par rapport au judaïsme dans le monde occidental: on a appris chez eux la Torah, on ne peut pas les tuer.
Mais ce qu'a fait Élifaz, il a pris tous les biens de Yaakov. Il l'a rendu pauvre, et un pauvre est comme un mort. Il a donc accompli quand même le devoir de son père. C'est exactement le mythe de la théologie chrétienne, celui de l'humiliation: la misère des juifs serait la preuve de la véracité du christianisme. Élifaz va prouver que c'est Essav qui a raison, puisqu'il prend les biens de Yaakov.
Élifaz a un fils, qui s'appelle Amalek. C'est donc le petit-fils d'Essav, assez éloigné des liens parentaux avec Yaakov, mais qui hérite de la haine d'Essav, et qui va pouvoir essayer la solution finale.
Qu'est-ce que tu voulais ? Ah, c'est très bien. D'où l'avantage, parfois, de laisser terminer les phrases, ce qui évite la nécessité des questions. Donc on voit ici l'origine de cette barrière théologique assez absurde, qui est de s'empêcher de tuer des juifs: elle se trouve ici. C'est Essav lui-même qui dit: « Je tuerai Yaakov, mon frère. » Ah, mon frère, donc je ne vais pas le tuer. Yaakov s'en va. Il va aller dans Haran pour fonder le peuple d'Israël.
Au chapitre Kaf Reish, au verset Youd: Vayetsé Yaakov mi-Béer-Chéva vayelekh Haranah. Yaakov sortit de Béer-Chéva pour se rendre à Haran. Il revient à la source de la famille, il se rend à Haran pour épouser une des filles de Laban. Il a en rêve une échelle. Regardez au verset Youd-Bet: Vayahalom*, il rêva.
À partir du moment où Israël part en galout, il entre dans la nuit, et son monde, c'est le monde du rêve. La réalité n'a rien à voir avec l'idéal, et donc il faut rêver. Les Hébreux deviennent les rêveurs du monde. Il apprend à rêver; ensuite, c'est son fils qui va apprendre à rêver, Yossef. Yossef, en prison, va amener ses voisins de cellule à rêver eux aussi. Un des deux va sortir de la cellule pour rentrer dans le palais de Pharaon, et deux ans plus tard, Pharaon rêve aussi. C'est inoculé. C'est quelque chose de contagieux, le rêve des Hébreux.
Quand on rêve, cela veut dire qu'on est ouvert à un monde qui n'est pas le réel, on est ouvert à autre chose. Parce que si on ne rêvait pas, le monde tel qu'il est serait insupportable. Donc on a l'espérance d'un avenir. C'est ça, le rêve. Et qu'est-ce qu'il voit dans son rêve ? Regardez au verset Youd-Bet: Vayahalom, il rêva, vehinné soulam, et voici une échelle. …
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