Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Morale, attachement à Dieu et l'ordre des midot

Le Rambam distingue la morale utile à l'homme de la morale qui mène à s'attacher à Dieu, selon l'enseignement de Rabbi Pinchas Ben Yaïr.

55 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Maïmonide, Chemona Perakim : l'âme, une et ses actions, 50 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, alors, nous continuons l'introduction du Shemona Prakim. Qui se porte volontaire pour lire ? Oui ? Tu veux te porter volontaire ? La raison pour laquelle je demande si quelqu'un veut bien lire, c'est que je n'ai pas moi-même de texte. C'est ça, le problème. Si j'en avais un, j'aurais pris sur moi… Ah, mais peut-être qu'il y en a ici. Bon, ça va, on va prendre ça. Ah, voilà. Puisque j'ai un texte, je vais pouvoir lire moi-même.

Donc on avait vu les deux premiers paragraphes de l'introduction, qui nous expliquent que la finalité de la morale, c'est entre autres la prophétie. On avait vu deux finalités que l'on trouve en général dans le comportement moral. Il y a une finalité d'utilité humaine, il y a une finalité d'utilité divine, pourrait-on dire. À qui ça profite d'être moral ?

Eh bien, en général on dit que ça profite à l'homme. Un homme immoral n'est pas vraiment un homme. Comme on dit en yiddish, bin a mensch. Il faut être un homme. Ça veut dire que ce qu'on attend de l'homme, c'est un comportement conforme au bien et un éloignement, un refus du mal. C'est comme ça qu'un homme est homme. Mais il y a également une autre manière de considérer la morale, qui est l'adhésion à Dieu. C'est-à-dire que HaKadosh Baroukh Hou se comporte, si on peut dire ainsi, en fonction de critères moraux. Et donc, quand moi je me comporte de la même manière, je m'attache à lui, j'adhère à lui. En hébreu, dvekout, attachement.

Et il y a une différence entre les deux manières d'appréhender cela. Vous connaissez le livre Mesilat Yecharim ? Dans la page de garde, on avait commencé à en parler. La page de garde nous dit que c'est un livre qui comporte tout inyan moussar et yirat Hachem, toutes les considérations de morale et de crainte de Dieu. En vérité, la morale et la crainte de Dieu, c'est la même chose, c'est le même comportement. Mais la finalité est différente, et il y a à cela une conséquence.

Quand je me comporte en fonction de la morale, je dois faire ce qu'on appelle le Tikkoun Midot. Je dois réparer mon comportement, et peu importe dans quel ordre. On peut faire une liste d'une cinquantaine de midot: l'humilité, la joie, la générosité, tout ça sont des midot. Et si j'ai quelque chose à réparer, eh bien, je répare. C'est comme si j'avais une grille, et là où c'est manquant, je complète; là où ça va bien, je renforce; là où ça va mal, j'élimine. Dans n'importe quel ordre.

Mais si le but est d'arriver à s'attacher à Dieu, alors là, c'est tout à fait différent. Il y a un ordre. Cela s'appelle en hébreu un sentier: Messilat Yecharim, le sentier de la rectitude. Cela veut dire qu'il y a des choses qu'il faut faire en premier, puis en deuxième, puis en troisième, etc. Vous avez compris ce que je dis ? Bon. Il y a à ce propos une Baraïta, un enseignement tannaïtique attribué à Rabbi Pinhas ben Yaïr. Rabbi Pinhas ben Yaïr disait la chose suivante:

Torah mevia lidei zehirout. La Torah amène la prudence. Zehirout mevia lidei zerizout. La prudence amène le zèle. Zerizout mevia lidei nekiout. Le zèle amène la pureté, non, pas la pureté, la limpidité. Nekiout mevia lidei perichout. Cela amène la. Perichout mevia lidei hassidout. Ça amène la piété. Hassidout mevia lidei tahara. Ça engendre la pureté. Tahara mevia lidei anava. La pureté entraîne l'humilité. Anava mevia lidei yirat ha-het, ce qui amène la crainte du péché. Yirat ha-het mevia lidei kedousha, cela entraîne la sainteté.

Kedousha mevia lidei Roua'h HaKodesh, la sainteté amène l'Esprit Saint. Roua'h HaKodesh mevia lidei Eliyahou HaNavi, ce qui entraîne la révélation d'Eliyahou, le prophète. Eliyahou HaNavi mevia lidei Tehiyat HaMetim, et la révélation d'Eliyahou amène la résurrection des morts. Voilà. Tout cela est dit par Rabbi Pinhas ben Yaïr. Est-ce que vous avez remarqué, quel que soit le détail de ce qu'on a vu, qu'il y a une chaîne ? L'un entraîne l'autre. Il y a un chemin.

Et donc la différence entre la morale en tant que morale et la morale pour s'attacher à Dieu, c'est qu'il y a un ordre ou qu'il n'y a pas d'ordre. Et effectivement, on voit que tous les grands maîtres de la morale dans le peuple juif ont pratiquement tous cité cet enseignement de Rabbi Pinhas ben Yaïr. C'est la base du Mesilat Yecharim, que vous connaissez certainement. Vous connaissez le Mesilat Yecharim, n'est-ce pas ? Et c'est également la base du Shemona Prakim que nous sommes en train d'étudier. En effet, vous avez vu ici, je reprends le texte du Rambam dans le deuxième paragraphe.

« Ha- mandéba élé mévé chassidah likayem milédeh avot »: celui qui veut devenir vertueux doit accomplir ce qui est écrit dans le traité d'Avot. « Ve-en lanou ma'ala min ha-hassidout ela ha-nevoua »: or, il n'y a pas chez nous de degré supérieur à la hassidout, à la vertu, si ce n'est la prophétie. « Ve-hi ha-mevia elea »: et c'est celle-ci qui entraîne celle-là. « Kemo she-amerou », comme ils ont dit. Qui ? Les rabbins. La vertu entraîne l'Esprit Saint. D'où cela est-il tiré ? De Rabbi Pinhas ben Yaïr, selon la version du Rambam. Il ressort donc de leurs paroles, mais aussi de ce que l'on voit, que l'accomplissement des enseignements de ce traité amène la prophétie, car il comprend une grande partie des vertus. Ve-ani atidim levaer amitat davar zé: nous allons t'exposer la véracité de cette chose.

Voilà, c'est ce qu'on avait vu la dernière fois. Vous avez des questions jusqu'à présent ? Non ? Moi, c'est très bien. Donc nous allons continuer, ça veut dire que tout est clair. Maintenant la question est de savoir: le Rambam va nous dire beaucoup de choses. Quand quelqu'un dit beaucoup de choses, on se pose toujours la question: mais où va-t-il chercher tout ça ? Quelles sont les sources de ce que dit le Rambam ? Eh bien, le Rambam va nous dire qu'il a trois sources différentes. C'est-à-dire que les enseignements que nous allons lire ne viennent pas d'une seule source, ils viennent de plusieurs sources.

Et j'ai jugé nécessaire, avant de commencer le commentaire de chaque paragraphe, de donner en introduction des chapitres utiles. Combien ? Huit. « Yousgou la-adam, me'emet akdamot », qui fourniront à l'homme des introductions. « Ve-youlou gam ken maftéa'h lema she-anéi atid lefarèsh », et qui serviront également de clé pour ce que je vais t'expliquer dans la suite. « Ve-da, ki ad-evarim aher omar otam be-ilou afaraqim ouvema she-avoumina perouch ». Que les choses que je vais te dire dans ces chapitres et dans le commentaire qui viendra après, « énam inyanim shéchid ashtim ani me'atzimi », ce ne sont pas des choses que j'ai inventées moi-même, « velo pirouchim shebelitim », ni des commentaires que j'ai fabriqués. Tout cela ne vient pas de moi. « Ela hem inyanim melukatim », ce sont des choses réunies, disons, récoltées.

Cours de Machon Meir

Dans la même série

97 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Maïmonide, Rambam, Les huit chapitres, Libre arbitre.

  1. 7
    Maïmonide et l'introduction à Pirké Avot : la morale comme jugement de soi
    Le Rambam explique pourquoi Pirké Avot ouvre la partie Nezikin : sans juges moraux, l'édifice social s'effondre.
    43 min
  2. 8
    L'âme et ses cinq parties selon le Rambam
    Pourquoi seules deux parties de l'âme portent les mitsvot : le Zan et le Médamé n'ont pas de liberté.
    57 min
  3. 9
    Le libre arbitre et la partie intellectuelle selon Maïmonide
    Pourquoi l'intelligence n'est pas absolue, et ce qui relève de la morale dans la partie sikhlit de l'âme.
    51 min
  4. 10
    Les cinq parties de l'âme selon Maïmonide
    Le Rambam distingue l'âme humaine de celle des animaux et énumère ses facultés : nutritive, sensitive, imaginative, émotive et intellectuelle.
    48 min
  5. 11
    Morale, attachement à Dieu et l'ordre des midot
    Le Rambam distingue la morale utile à l'homme de la morale qui mène à s'attacher à Dieu, selon l'enseignement de Rabbi Pinchas Ben Yaïr.
    En cours de lecture
  6. 12
    Maïmonide, Chemona Perakim : l'âme, une et ses actions
    Maïmonide cite Farabi sans le nommer, puis explique que l'âme humaine est une seule, dont les fonctions sont dites « âmes ».
    50 min
  7. 13
    Santé et maladie de l'âme selon le Rambam
    Le Rambam compare la morale à la médecine : une âme saine aime le bien, une âme malade prend le mal pour le bien.
    55 min
  8. 14
    Moshé et l'eau du rocher : la colère qui révèle l'humain
    Le Rambam voit dans l'épisode de Mériba la preuve que même Moshé n'est pas un modèle sans défaut.
    52 min
  9. 15
    Le juste milieu et les excès des tsadikim selon le Rambam
    Le Rambam explique que certains tsadikim ont pratiqué des excès pour corriger un penchant opposé, et le Rav Kook en tire une lecture plus large.
    48 min
  10. 16
    Les cinq parties du Nefesh selon le Rambam
    Le Rambam range les facultés de l'âme (nutritive, sensitive, imaginative) et distingue l'intelligence pratique et théorique, la forme et la matière.
    50 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav