Moshé et l'eau du rocher : la colère qui révèle l'humain
Le Rambam voit dans l'épisode de Mériba la preuve que même Moshé n'est pas un modèle sans défaut.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le juste milieu et les excès des tsadikim selon le Rambam, 48 min
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Nous sommes dans le quatrième chapitre. Dans les feuilles photocopiées, c'est à la page 16, mais dans l'édition que vous avez en main, c'est à la page Kouf Dalet. Vous vous rappelez que le Rambam a dit que, sur la base aussi bien des philosophes que des versets du Tanakh, il est très rare qu'il y ait quelqu'un qui soit entièrement équilibré du point de vue de ses middot, et que cela peut arriver même au plus grand de s'écarter des bonnes middot. Il amène pour cela l'exemple de Moshé.
On avait commencé, je crois, à étudier le texte. On n'a pas étudié ça jusqu'au bout. On avait étudié tout le texte, non ? Non, je crois pas.
— On a vu le texte dans la Torah ? Non, je crois pas. Oui ? Dans Bamidbar ?
— Ouais, c'est ça, on avait vu ça.
Bon. Le problème, c'est que dans le texte de la Torah, dans la paracha de Choukat, il n'est pas très clair ce qui se passe là-bas. Je vais donc être obligé de reprendre le texte dans le texte. Pour ce faire, je vais reprendre le livre de Bamidbar. Un Tanakh sera utile, effectivement. Merci beaucoup. Que Hachem te bénisse, mon fils. Que le bon Dieu te l'allonge.
C'est dans Bamidbar, verset 1. Pour mieux comprendre le verset, il vaut mieux commencer au début du chapitre.
Vayavou bné Yisraël kulah edah midbar Tsin bahodech. Les enfants d'Israël arrivèrent, toute l'assemblée, au désert de Tsin, lors du premier mois.
Vayechev haam bIKadech. Le peuple s'installa à Kadesh.
Vatamot sham Miryam vatikaver sham. Miryam mourut là-bas et fut enterrée là-bas.
Qui est Miryam ? La sœur de Moshé et ? D'Aharon.
Quelqu'un qui vient de perdre sa sœur, il est dans quel état ? En deuil. Qu'est-ce qu'on fait avec un endeuillé ? On vient le consoler. C'est une halakha. C'est même moral, c'est normal: on le réconforte, on lui dit que ce n'est pas grave, qu'elle était vieille, etc. D'accord ?
Bon. Velo hayah mayim la'edah. Il n'y avait pas d'eau pour l'assemblée. Vayikehlou al Moshé ve'al Aharon. Ils s'assemblèrent auprès de Moshé et d'Aharon. Moshé et Aharon, qui s'attendent à être consolés dans leur deuil, se voient au contraire en réclamation.
Vayarev haam im Moshé. Le peuple se disputa avec Moshé. Ils dirent: Lu nagavnu beguv ahenu lifnei Hachem. Si seulement nous avions pu mourir lorsque nos frères sont morts devant Hachem. Ulamah hevétem et kehal Hachem el hamidbar hazeh lamut sham anahnu uveiramenu ? Pourquoi avez-vous amené l'assemblée de Hachem dans ce désert, pour y mourir, nous et nos troupeaux ?
Ulamah heelitonu mimitzraïm levi'enu el hamakom hara hazeh ? Pourquoi nous avez-vous fait monter d'Égypte pour nous amener dans cet endroit mauvais ? Ce n'est pas un endroit où il y a de la semence, des figues, de la vigne et des grenades.
Imaginez qu'un dirigeant d'Israël, le sauveur d'Israël, se voie engueuler de cette manière alors qu'il est en deuil. Ça lui met, comme disent nos frères tunisiens, l'arabia. L'arabia. D'accord ?
Vayavo Moshé vAharon mipenei hakahal el petah ohel moed vayipolu al panehem. Moshé et Aharon entrèrent, à cause de l'assemblée, à l'ouverture de la tente d'assignation, et ils tombèrent sur leur face. Vayera kevod Hachem alehem. La gloire de Hachem leur apparut.
Ça veut dire quoi, ça ? Pourquoi est-ce que, à cause de l'assemblée, ils vont à l'ouverture de la tente ?
— Ils prennent la fuite. Ils sont effrayés par le peuple et ils s'en vont dans l'attente de l'assimilation.
D'après certains commentateurs, c'est là le péché: ils ne se sont pas tenus devant le peuple, ils ont pris la fuite. C'est une interprétation possible, c'est une des treize interprétations.
Vayedaber Hachem el Moshé lemor. Dieu s'adressa à Moshé en ces termes:
Il lui dit de prendre le bâton. Veha'hi et hamatéh, velaktah et hamatéh... Puis: Vedibartem el hasela le'einehem veyiten mayo. Vous parlerez au rocher devant leurs yeux pour qu'il donne son eau.
Comment est-ce qu'on parle à un rocher ? Qu'est-ce qu'on fait alors ?
— On le frappe, oui.
Pour parler à un rocher, il faut parler. Mais quand on parle à un rocher, il vaut mieux, disons, le frapper que de lui parler, parce que dans ce cas-là on se fait interner. D'accord ?
Maintenant, si vous vous rappelez la paracha de Beshalah, on avait vu que quand Dieu a dit à Moshé de faire sortir de l'eau du rocher, il avait dit: tu frapperas le rocher. Là, il dit: tu parleras. Or Rachi, qui sait quand même lire un texte de la Torah, nous dit: non, il n'aurait pas dû frapper, il aurait dû parler. Ah bon.
Revoyons à nouveau le verset: Dabru el hasela le'einehem veyiten mayo. Vous parlerez aux rochers devant leurs yeux pour qu'ils donnent son eau. C'est un impératif, n'est-ce pas ? Dabru, vous parlerez. Un impératif au singulier ou au pluriel ?
— Au pluriel.
Dabru, vous parlerez. Vous est un pluriel. Je continue le verset: Vehotzeta lahem mayim min hasela. Tu leur feras sortir de l'eau du rocher. C'est un impératif. Singulier ou pluriel ?
— Singulier.
Singulier, n'est-ce pas ? Donc pourquoi, au milieu de la phrase, le Saint béni soit-Il passe-t-il du pluriel au singulier ? Sans parler du fait qu'il se répète. Il lui a dit: vous parlerez au rocher pour qu'il donne son eau, et tu leur feras sortir de l'eau du rocher. Il a déjà dit. Hein ?
Vehishkita et haedah ve'et behemtam. Et tu abreuveras l'assemblée et leurs troupeaux. Alors, j'ai rien compris. Pourquoi il dit deux fois ? Surtout que si c'était interdit de parler, si c'était interdit de frapper le rocher, alors pourquoi est-ce que le rocher a donné son eau ? La question est claire ? Vous avez une réponse ?
— C'est pour le gêner. S'il a déjà frappé alors qu'il y a un rocher et qu'il y a de l'eau. C'est ça le truc.
Dites-moi, vous vous imaginez que le Saint béni soit-Il dit à Moshé: tu vas faire quelque chose, et Moshé désobéit ? Ça ne tient pas la route. S'il n'a pas compris, alors dans ce cas-là il n'a pas péché, puisqu'il n'a pas compris. Or il a très bien compris, et pourtant il n'a pas péché.
En fait, l'épreuve de Moshé, c'est de savoir quelle est la nature de la génération à laquelle il s'adresse. Est-ce que cette génération est une génération de sages ou d'imbéciles ? Avec un sage, comment est-ce qu'on lui parle ? En lui parlant, poliment. Et si ce sont des imbéciles, qu'est-ce qu'on fait ? On les frappe.
Il faut donc que tu choisisses quel miracle tu vas faire. Tu as deux possibilités dans ta cartouche. La première: toi et Aharon, vous parlez au rocher. Donc, avec politesse, vous parlez au rocher pour qu'il donne son eau, et le rocher, disons par politesse, va donner son eau. Dabru, vous parlerez au rocher pour qu'il donne son eau.
Cours de Machon Meir
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