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Le rire d'Ismaël et la Akedah d'Israël

Pourquoi Sarah voit dans le rire d'Ismaël une menace, et comment le récit de la Akedah se répond à travers Abraham, Ismaël et Yitzhak.

46 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : L'aube de Sdom et l'étincelle messianique, 51 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chapitre Kaf Aleph, au verset Teth. Chapitre Kaf Aleph, au verset Teth. Comment ? Ça marche. Va tère Sarah ben Agar hamitsrit asher yalda le-Avraham metsahek. Sarah vit le fils d'Agar, l'Égyptienne, qui avait enfanté pour Avraham, riant. Elle dit à Avraham:

Garech haamah hazot ve-et bena, renvoie cette servante et son fils. Ki lo yirash ben haamah im beni Yitzhak, car ce fils de servante n'héritera pas avec mon fils, avec Yitzhak. Qu'est-ce qui la dérange, dans le rire d'un enfant, ou plutôt d'un adolescent ? Il y a une première distinction, entre Yitzhak et Metsahek. Yitzhak est un futur, Metsahek est un présent.

Rire au présent, c'est moralement très grave. Cela veut dire que l'on est satisfait de l'état du monde. Or l'état du monde est catastrophique, comme chacun le sait. Il suffit d'ouvrir les journaux, d'écouter la radio, et l'on se rend compte de l'abondance de souffrance et de mal qu'il y a dans le monde. Dire que tout va bien, c'est se moquer du monde. C'est un rire de moquerie. C'est ce que veut dire Metsahek.

La différence entre Yitzhak, qui est également un kal, non seulement un futur, mais un kal (« il rira »), et Metsahek, c'est que ce dernier est un piel. Si c'est un piel, cela ne veut pas dire le rire, mais la moquerie: il se moque. Il se moque donc d'une sorte d'indifférence par rapport au monde, c'est-à-dire que le monde peut rester tel qu'il est. C'est ce que cela veut dire, Metsahek.

Non seulement il a ri au présent, mais en plus il en a fait un piel, c'est-à-dire que cela est devenu de l'indifférence, une sorte de cynisme par rapport au monde.

— Non, l'endroit où Yitzhak rit, c'est Metsahek aussi. Là-bas c'est bien, parce qu'il s'agit du rapport conjugal de Yitzhak, qui a, lui, un niveau d'être de Olam Aba. D'accord ? Il est très loin. Il est dans son présent, en Erets Israël, c'est un présent extrêmement éthéré.

Revenons à cette histoire de Metsahek. Il y a eu un cas de ce genre. Il y avait un dirigeant arabe musulman du nom de Gamal Abdel Nasser. Vous avez peut-être entendu parler de lui ? Gamal Abdel Nasser, en français Nasser.

Quand il a pris le pouvoir en Égypte, un des premiers événements de sa carrière politique a été la nationalisation du canal de Suez. C'était une insulte aux grandes puissances, en particulier à la France et à l'Angleterre, qui dominaient le canal. Et quand il l'a fait, le monde entier a entendu, à la radio, devant le micro, son rire grossier et prolongé de plusieurs minutes. Un rire extrêmement fort, tout content d'avoir fait ce qu'il avait fait. C'est le rire d'Ismaël: il est satisfait de l'état du monde.

Mais c'est insuffisant, parce qu'il s'agit ici du rire d'un enfant. Il faut bien savoir ce que Sarah a vu là-dedans.

Chez les hachamim, dans la Tossefta notamment, on trouve quatre opinions différentes sur le rire d'Ismaël. Les trois premières sont extrêmement négatives. L'un des hachamim dit que Metsahek signifie la débauche: il existe un rire particulier à ceux qui pratiquent la débauche, et c'est ce rire que Sarah a entendu. Elle s'est alors dit que cela allait mal se passer avec lui.

Une autre opinion dit que Metsahek est un rire d'idolâtrie. Dans le culte des idolâtres, il y avait ce qu'on appelait un rire sacré, qui faisait partie du culte idolâtrique. C'est ce rire païen que Sarah a entendu.

Une troisième opinion dit que c'est un rire d'assassin. Dans différents endroits de la Torah, dans le Tanakh, on voit que Metsahek concerne également l'homicide. Il existe une manière de rire propre aux assassins, et c'est ce rire-là que Sarah a entendu. Jusque-là, vous suivez ? Bon. Les trois fautes capitales. Bien sûr, elles sont reliées l'une à l'autre.

Le problème, c'est que ces trois opinions sont difficiles à admettre, et c'est ce que dit Rabbi Chimon bar Yochaï lorsqu'il s'oppose à ses maîtres. Comment cela se fait-il ? Abraham est celui qui a enseigné au monde entier à ne pratiquer ni l'idolâtrie, ni la débauche, ni le meurtre. Et dans sa propre maison, son fils fait des choses pareilles ? C'est la raison pour laquelle Rav Eytan Fiszon n'accepte pas ces trois opinions. Il en donne une quatrième: le rire d'Ismaël consistait à se moquer d'Yitzhak. Il disait: « Je suis le premier-né, et j'aurai donc une double part », selon la halakha qui veut que l'aîné prenne une double part.

Rabbi Chimon bar Yochaï apporte une preuve à cette opinion: Sarah dit « Il n'héritera pas avec mon fils ». Cela veut dire que c'était ce que signifiait son rire: il allait hériter plus que son frère. Or quel est l'héritage d'Abraham ? Bien sûr, c'est la terre d'Israël. C'est ce que Dieu lui a donné.

Le conflit avec Ismaël est donc un conflit territorial. Il prendrait les deux tiers d'Erets Israël et laisserait un tiers à Yitzhak. Imaginez qu'il prenne toute la partie orientale du Jourdain, puis encore une partie de la rive occidentale: cela lui fait deux tiers, et il reste un tiers pour Yitzhak. Pour l'instant, il n'y en a que deux. D'accord ?

Ismaël estime donc avoir un droit territorial sur l'héritage d'Abraham. Et pourquoi aurait-il ce droit ? Parce qu'il est le premier-né. Le problème, c'est qu'il n'est pas vraiment le premier-né. Qu'est-il ? Le fils de la servante. Or, d'après une loi de l'Antiquité, dont on a retrouvé trace dans les fouilles archéologiques, dans les lois d'Hammourabi et les lois de Nuzi, une femme qui n'a pas d'enfant peut donner à son mari l'autorisation de prendre une servante. L'enfant qui naît dépendra alors de ce qui se passe ensuite. S'il n'y a pas d'autres enfants chez la femme légitime, c'est lui qui hérite. En revanche, si entre-temps la femme légitime a un enfant, le fils de la servante redevient fils de servante. C'était la loi, et c'est cela que cela voulait dire.

Quand Ismaël dit « Je suis le fils, et j'hérite », c'est comme s'il disait qu'Israël n'existe pas. Il y a d'ailleurs un midrash qui dit qu'ils lançaient des pierres et des flèches en direction d'Israël, en disant: « Je n'ai pas fait attention, je ne voyais pas. » On retrouve cela dans le discours des descendants d'Ismaël jusqu'à ce jour, lorsqu'ils nient l'existence d'Israël. Quand ils veulent un État, ils le veulent à condition qu'il leur soit donné par la communauté internationale, mais surtout pas par les descendants d'Yitzhak. Dire qu'Yitzhak a donné quelque chose, c'est déjà reconnaître son existence. Ipso facto, Ismaël redevient fils de servante, et c'est cela qu'il ne peut pas supporter. Il y a donc, dans l'essence même des choses, un refus du dialogue. D'accord ?

Je rappelle qu'il y avait un président d'Algérie du nom d'Ahmed Ben Bella. Vous avez entendu parler de lui ? Oui, j'ai entendu parler de lui. Il était le premier président de l'Algérie indépendante, lors du départ des Français. Il a été très rapidement destitué par son rival Houari Boumediène, qui l'a jeté en prison. …

Cours de Machon Meir

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