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Le renouveau de la pensée juive après la Libération

Comment la pensée juive française, après la Shoah, a renoué le dialogue avec la culture occidentale et Sion.

12 min

Ensuite : Sémantique idéologique et récits nationaux, 12 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à toutes et à tous. Je n'ai pas souvent l'occasion de dire ce mot, shalom, cette salutation, parce que j'habite en France et que j'enseigne en France. Alors je le redis: Shalom lekoulam. Je ne devrais pas être trop longue, et permettez-moi, avant toute chose, d'exprimer ma gratitude aux organisateurs de ce colloque, à l'association Chibolette et à son président, Michel Gadvolkovitch, pour l'invitation et la constance à faire dialoguer pensée juive, psychanalyse et culture contemporaine, cette clinique du contemporain. Je remercie également le centre Ben Gurion qui nous accueille ici à Jérusalem. Ah, Begin !

Alors, les psychanalystes nous diront ce soir d'où vient ce lapsus. Donc, le centre Begin, Menahem Begin, ici à Jérusalem. Et parler dans cette ville, c'est éprouver à la fois l'humilité et la joie d'y dire quelque chose d'essentiel, car ici, la parole ne se perd pas, elle se prolonge, elle s'inscrit dans une mémoire, dans un espace qui garde trace de ceux qui ont su faire de la pensée un acte de fidélité.

L'invitation de Micham est parvenue un jour de juillet, il y a quelques mois. Sa proposition était directe, presque pressante: « Quel serait ton thème ? » J'ai répondu, avec la même urgence intérieure: « Que ta parole soit une lumière sur mon chemin. Le renouveau de la pensée juive depuis la Libération. » Cette phrase du psaume 119 évoque l'idée d'une parole qui éclaire la marche, d'une transmission qui conduit l'homme sur le chemin du sens. C'est, me semble-t-il, ce que fut

le renouveau de la pensée juive à la Libération: une parole qui se remet à marcher, une lumière qui, au cœur des ténèbres, trace une voie de clarté. Un colloque n'est jamais seulement un exercice d'érudition. Il peut et doit être un acte de culture au sens fort, une résistance au chaos, un espace où s'élabore du sens partagé.

Le thème général, sous le signe de Sion, Makom, identité humaine, identité juive, nous invite à penser le lien entre lieu, parole et identité. Penser Sion, c'est penser la permanence d'Israël dans ses trois dimensions, ses textes, son peuple et la terre, mais à travers leur métamorphose. Penser Sion aujourd'hui, c'est interroger ce qui demeure quand tout vacille: l'héritage, la fidélité, la responsabilité.

Et c'est redécouvrir que l'acte de culture dans la tradition juive n'est pas une célébration du passé, mais une promesse d'avenir. C'est dans cette perspective que s'inscrit la session qui clôture la journée, le travail de culture de Canaan au nom d'Israël. La référence à Freud est limpide: « Là où était le ça, le moi doit advenir. » Mais la transposition:

« Là où était Canaan, Israël doit advenir », dit autre chose. Là où régnait la confusion, doit s'élever la conscience. Là où était le mythe, doit naître la responsabilité. C'est ce passage du chaos à la parole, du silence à la création, que je voudrais suivre avec vous en évoquant cette renaissance intellectuelle et spirituelle qui, après la Shoah, a redonné souffle à la pensée juive en France. Je vais me contenter d'en résumer les grandes lignes, et si vous voulez découvrir plus précisément les articulations de ma pensée, j'espère que le texte long pourra paraître dans les actes.

Alors, premier point. Le renouveau de la pensée juive après 1945 fut d'abord un acte de survie, mais très vite, il est devenu un acte de création. Dans les ruines de la guerre, alors que le monde intellectuel français redécouvrait le tragique de l'histoire, des penseurs juifs, survivants ou revenants, ont pris la parole. Non pour se refermer sur leur douleur, mais pour rouvrir le dialogue entre la civilisation juive et la culture occidentale. Ce fut leur credo, un credo du dialogue: la conviction que la pensée juive, Jérusalem, n'est pas étrangère à l'universel, et qu'elle en est, au contraire, l'une de ses sources, avec Athènes et Rome.

Edmond Fleg, dans Le Champ nouveau en 1945, posait une question fondatrice: quelles sont, dans les ruines du présent, les pierres que peuvent fournir la tradition et l'espérance d'Israël pour reconstruire le monde ? Lévinas, quelques années plus tard, affirmait: « Si le Talmud n'est pas la philosophie, ces traités sont une source imminente de ces expériences dont se nourrissent les philosophies. » Et Amado Lévi-Valenci poursuivait: « Croyant ou non, on doit savoir que le mythe, si mythe il y a, est toujours en prise sur la réalité. » Ces trois voix, Fleg, Lévinas, Lévi-Valenci, parmi d'autres, expriment le fondement du renouveau: qu'il n'y a pas de vraie pensée juive sans ouverture, ni d'universel authentique sans singularité juive.

L'école française de pensée juive est née de ce dialogue. Elle s'est articulée autour de deux expériences cardinales, le Centre Gilbert-Bloch d'Orsay et le colloque des intellectuels juifs de langue française, dont tant de noms qui y ont participé forcent l'admiration. Elle a réuni des personnalités comme Gordin, Fleg, Lévinas, Amado Lévi-Valenci, Neher, Ashkenazi, Jankélévitch, Memmi, et plus tard Wiesel. Et tous ont partagé une même intuition: la civilisation juive est l'une des matrices constitutives de la modernité occidentale. La réintégrer, c'est restaurer la continuité entre Athènes, Jérusalem et Rome, ces trois piliers d'un Occident dont la racine hébraïque avait été scotomisée.

Et j'en viens au deuxième point, le rapport à Sion, ou la question d'Israël, qui fut centrale dans cette expérience. Pour les penseurs de cette école, Jérusalem n'était pas seulement un lieu géographique, mais un symbole du devenir. « Là où était Canaan, Israël doit advenir. » Autrement dit, là où était la dispersion, doit naître la fidélité. Là où était la perte, doit se lever la promesse.

Dès la Libération, le lien entre le judaïsme français et le Yichouv renaissant est réaffirmé. Mais leur sionisme n'est pas militant, il est spirituel. Il s'agit d'abord d'un accompagnement, d'une solidarité intellectuelle, d'une responsabilité commune dans la reconstruction du peuple juif. Dans les années 50, André Neher formule trois questions fondamentales au colloque des intellectuels juifs de langue française. La première: la fondation de l'État d'Israël est-elle une consécration du sacré ou sa désacralisation ? La deuxième: l'incarnation du peuple dans un État est-elle accomplissement ou tentation ? Et la troisième: l'existence d'un État renforce-t-elle ou affaiblit-elle le destin du peuple juif ?

Il ne tranche pas dans les réponses à apporter à ces questions, il les laisse ouvertes, comme une tension à penser. Par ailleurs, dans Israël et la conscience juive, Neher écrit: « L'État d'Israël ne peut pas se contenter d'être choisi par la conscience juive, c'est lui qui choisit cette conscience, qui la transfigure de fond en comble. » Entre Israël et la diaspora, la structure de toute la pensée juive contemporaine: l'un ne se comprend plus sans l'autre. Lévinas, dans le même esprit, distingue, pour mieux les associer, trois Israël: le peuple, les textes et sa terre, incluant l'État d'Israël et la diaspora.

Je le cite: « Les sages du Talmud ont opposé l'entrée en possession de la terre d'Israël à l'idée d'héritage. Celui-ci transmet le patrimoine des pères aux enfants, celle-là ramène le bien des fils …

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