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Sémantique idéologique et récits nationaux

Comment les mots et les récits nationaux façonnent la lecture des conflits, et pourquoi il faut prendre au sérieux ce que pense l'autre.

12 min

Ensuite : Claude Birman : les quatre éléments de l'identité, 14 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

J'ai préparé un dossier, un fichier, mais je ne vais pas le lire. Je préfère ne pas tout dire et développer calmement. Alors, mon sujet, parce qu'il n'est peut-être pas sur le programme ancien: sémantique, idéologique et récits nationaux. Qui suis-je aujourd'hui dans le regard de l'autre ?

En tant que professeure de traduction, d'interprétation surtout, j'ai eu beaucoup à m'interroger sur ce qu'on appelle le vocabulaire idéologique. Vous savez très bien que si quelqu'un vous parle de la Cisjordanie, ce n'est pas la même chose que de la Judée-Samarie. Si vous parlez de l'esplanade des Mosquées, ce n'est pas la même chose que le mont du Temple. Alcote ne représente pas...

C'est-à-dire que chaque mot est envahi de connotations culturelles et religieuses, linguistiques aussi, parce qu'il y a des évolutions des mots au fil du temps. Et donc, j'avais l'habitude, avec mes étudiants, de beaucoup travailler sur le vocabulaire idéologique, puisque l'interprète, au moment où il traduit, doit faire passer la personnalité de l'orateur.

Et si l'orateur emploie tel mot, il faut que l'auditeur entende ce qu'il a dit et non pas une transposition par un doublon acceptable qui serait plus acceptable pour l'interprète. L'interprète est transparent, et donc il faut faire entendre la parole de l'autre. Alors tout cela a commencé à évoluer dans ma tête avec le 7 octobre.

Parce que ce que nous appelons la guerre du 7 octobre, je ne veux même pas envisager l'adoption d'un autre terme, le Hamas l'a appelé le Déluge d'Al-Aqsa. Ça ne peut pas être innocent. Le nom qu'il a donné à cette invasion du sud d'Israël, avec l'intention d'avancer, d'avancer, [02:19] c'était d'aller à la défense d'Al-Aqsa.

On peut se dire que ça ressemble aux croisés qui sont partis au Moyen Âge de leur pays en massacrant en route les communautés juives, et qui allaient délivrer le tombeau du Christ. On est tellement habitués à cette idée quand on est francophone, enfin, les croisés, les croisades, délivrer le tombeau du Christ, que quand les Arabes nous disent: nous, on va délivrer Al-Aqsa, on ne fait pas le lien. Enfin, je ne sais pas, vous.

Mais pour moi, quand il disait « allons délivrer El Aqsa », que les grandes affiches qu'on voit toujours derrière un orateur du Hezbollah, c'est d'abord la mosquée El Aqsa, que vous avez des brigades El Aqsa et que vous avez eu une intifada El Aqsa, on a l'impression que c'est du baratin, de la propagande.

Je ne sais pas vous, mais moi, je ne le prenais pas très au sérieux. Pour moi, ça faisait partie de ces déclarations d'intention, mais je n'essayais pas de regarder ce qui était dans la tête de l'autre. C'est pourquoi j'ai intitulé mon exposé « Qui suis-je dans le regard de l'autre ? ». Jusqu'à présent, je me posais la question, en cherchant les mots justes, de ce que je dois trouver comme terme qui est compatible sur le plan de la civilisation ou de la religion, etc.

Mais maintenant, je me dis que ça va quand même plus loin. Et je me rends compte que depuis le 7 octobre, on parle énormément de narrative. Quel est le narratif arabe ? Quel est le narratif israélien ? C'est un terme qu'on emploie en anglais et en hébreu, narrative.

Et en français, eh bien, je me suis mise à chercher. Je n'ai pas trouvé tout de suite. Et puis, je suis tombée sur « récit national » et aussi sur « roman national ». Au début, je croyais que c'était la même chose. En fait, le récit national a été presque imposé au XIXe siècle, et déjà pensé au XVIIIe après la Révolution, comme une façon de... une pédagogie, d'abord.

D'abord destinée aux petits-enfants des écoles, ce que fait exactement le Hamas. On commence à l'école à enseigner les valeurs de la patrie. La patrie pour le Hamas, c'est la Palestine. Alors la Palestine est à la fois un territoire, une province, et aujourd'hui la revendication d'une identité qui appartiendrait à un peuple et à un territoire.

Si on veut que l'enfant aime son pays, puisqu'il s'agit de développer l'amour des valeurs, mais aussi du pays, de ses paysages, de ses écrivains, de ses héros dans le passé, il faut enseigner aux enfants une histoire qui est finalement... je ne dirais pas imaginaire, mais disons, au sens psychanalytique, l'imaginaire et le réel.

Et quand vous dites l'imaginaire, vous le prenez au sérieux. C'est l'imaginaire qui est dans la tête de l'autre. Et je me suis posé la question: quels sont les narratifs, donc les récits nationaux ? Je ne rentre pas dans le débat avec « roman national », puisque roman, c'est quelque chose de complètement inventé. Et récit national, c'est quelque chose qui peut être absolument historique ou un petit peu fictionnel. Il y a de l'imaginaire dans le récit national.

Mais j'ai essayé de réfléchir, comme je ne pourrais certainement pas tout aborder. Je me dis, moi qui viens de France, je sais qu'en France, il y a le récit de la collaboration de Vichy, qui fait que la Shoah est inacceptable, et que donc, dans les premières années, il y a eu beaucoup d'affection pour les rescapés, et puis l'interdiction d'utiliser des termes antisémites. Mais j'appartiens aussi à un pays qui a, et ça a été développé beaucoup plus tard, développé l'esclavage dans ses colonies. Un pays esclavagiste. Et c'est un pays aussi impérialiste, avec des colonies.

Donc, dans l'esprit français, dès qu'on parle de colon, de colonie, qui sont les termes employés, dès qu'on parle de territoire occupé, et quand on parle d'opprimer des minorités à cause de leur couleur de peau, de leur émouna, de leur genre, les Français sautent en l'air. Parce que leur récit national a créé des culpabilités et aussi des volontés de s'en sortir. Et qu'aujourd'hui, quand ils parlent d'Israël, ils disent: nous, on a bien fait le pas, on est bien devenus amis avec les Allemands, vous n'avez qu'à faire la même chose. Et on assiste donc...

C'est seulement le récit national français. Je voudrais bien arriver au récit national arabe. On a fait la constatation, avec la guerre du 7 octobre, que du côté arabe, il y a une inversion des phénomènes. Ce sont eux les victimes, ce sont eux les opprimés, ce sont eux les victimes de génocide. Et le bourreau, c'est justement le peuple le plus fort de la région, qui a des intentions, qui est impérialiste, qui exploite, qui est raciste vis-à-vis des Arabes et des musulmans.

Bon, je ne peux pas rentrer dans le détail, mais vous comprenez quel est ce récit. Et j'ai essayé de prendre au sérieux le récit national arabe. Combien de temps ? Je n'ai pas regardé.

Et je me suis rendu compte que si je le prenais au sérieux, il fallait que je comprenne ce qu'on leur enseignait tout petit. Et une des choses qu'on leur enseigne, c'est justement qu'Abraham est leur ancêtre. Il était l'aîné. Le jeune, le cadet, a usurpé son héritage. D'ailleurs, le thème d'Esaü et Jacob est souvent évoqué pour montrer l'usurpation d'identité par les Juifs.

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