Claude Birman : les quatre éléments de l'identité
Parenté, éducation, vie sociale et civisme, lus à travers la distinction du lait et de la viande.
Ensuite : Penser la Bible au présent : l'école de Paris, 1 h 35
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Si on prend un peu de recul par rapport à toutes les choses passionnantes que nous avons entendues, le centre, c'est cette question d'identité. On disait identité humaine, identité juive. Alors, je propose très rapidement de viser cette question à partir d'une méthode. Quand on dit identité, on veut dire quoi ? La Bible nous l'apprend, mais je n'ai pas le temps de le développer. Je l'indique. On parle de quelque chose qui a une unité, mais qui couvre en même temps une pluralité de domaines, lesquels sont essentiellement réductibles à quatre, le chiffre 4 étant très important dans la tradition.
Comme quand on veut connaître l'identité de quelqu'un, la première question est celle de la parenté, de la famille: de quel milieu familial vient quelqu'un, et quel milieu familial il crée. Ensuite, le second problème, c'est celui de son éducation, de sa formation, de sa culture, qu'il reçoit ou pas, qu'il a reçu ou pas. Moi-même, j'ai été longtemps professeur. Même quand je rencontre un collègue ou quelqu'un, je demande de quel milieu familial tu viens, quelle a été ta formation. Voilà. Ça, ce sont deux problèmes très clairs.
Et ensuite, de là, s'en déduisent deux autres: celui de l'appartenance à la vie sociale, travail, position sociale, et enfin, bien sûr, la question de la position politique, soit, pour être plus simple et plus clair, la vie civique. Évidemment, au passage, c'est comme ça que procède le récit biblique lui-même. Il est d'abord l'histoire d'une famille, celle d'Abraham, puis la découverte d'une sagesse avec Joseph, qui est ensuite longuement développée dans le Lévitique, avec toute une série de préceptes à la fois scientifiques, culturels, éthiques; puis la construction d'un peuple, donc d'une vie sociale, et enfin, avec Moïse, une construction politique, avec les rois d'Israël et David.
Alors, pour montrer que tout cela suppose des exigences idéales, méta-halakhiques, comme j'ai dit tout à l'heure, merveilleusement, Yvonne, des exigences, et ensuite une expérience où l'on essaie de s'adapter à ces exigences, sans non plus idéaliser le réel pour ne pas le figer, j'ai eu tout simplement l'idée, pour montrer cela concrètement, de reprendre un rite traditionnel. Mais je veux montrer que, tout en étant traditionnel, il a des significations profondes, claires et modernes. Ce qui permet, là aussi, de surmonter la fameuse étanchéité entre religion et laïcité, à laquelle je ne crois pas une minute.
Le rite dont je voudrais parler très brièvement, c'est celui de la distinction entre le lait et la viande. Je ne vais pas reprendre maintenant l'étude du verset: « Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère. » Les trois énumérations de ce verset et la différence entre les trois, ce n'est pas le sujet. Pour l'étudier, il faudrait s'y mettre. Par contre, regardons très vite et très simplement ce que veut dire ce verset. J'ai regardé un peu les commentaires, on développe beaucoup de choses. Allons au centre. Le centre se trouve dans le Zohar. La distinction du lait et de la viande, c'est purement et simplement, d'abord, très clairement, l'interdit de l'inceste.
Très simplement, si les mots ont un sens, ils renvoient à une expérience. On parlait tout à l'heure du mauvais usage des mots; il y a un bon usage des mots. Quand je dis le lait, je pense au lait. Le lait, c'est l'allaitement, que les philosophes ont beaucoup soutenu, Jean-Jacques Rousseau, etc., qui aujourd'hui a l'allaitement de Schellig: c'est qu'un enfant, ça s'allaite. Et donc, le lait, c'est l'enfance. Les aristocrates russes, j'ai découvert, ne donnaient pas de viande aux enfants avant l'âge de 15 ans. Aujourd'hui, on a des végétariens et des... Il y a une différence entre la nourriture lactée et la nourriture carnée, qui signifie l'écart à respecter entre ce qui relève de l'enfance et ce qui relève de la maturité, de l'âge adulte. Cela a une signification dans les quatre domaines que j'ai indiqués.
D'abord, très clairement, donner priorité au lait par rapport à la viande, c'est rappeler la protection de l'enfance sous toutes ses formes. Non pas seulement l'interdiction de la violence, non pas seulement, négativement, l'interdiction de toutes les violences intrafamiliales, mais ça, c'est fondamental: c'est fondamentalement biblique, juif et universel, en principe. Tout dépend de l'art, parce qu'évidemment, si un enfant est maltraité, cela fera ensuite un adulte immature. Autrement dit, il s'agit de protéger l'enfant, de le développer, de l'élever, comme on dit. Et c'est tout le symbole du lait: c'est par le lait que l'enfant va se développer, juste au moment où, comme dit Isaïe, il va pouvoir lâcher le sein pour parler, et ensuite marcher. Les mots le disent, c'est très clair.
Donc, c'est la dimension de la bienveillance fondamentale, le chesed. Abraham, comme on disait. Et tant mieux s'il s'intéresse aux musulmans. La bienveillance d'abord. Mais la bienveillance ne suffit pas. Le lait a une seconde signification. Traditionnellement, dans tous les textes, le lait, c'est la Torah, c'est-à-dire ce qui nous nourrit, ce qui nous permet de nous éduquer. La Torah est tout ce qui va avec. Parce que la Raskala ne doit pas être... Elle doit être distinguée, certes, des textes traditionnels, mais elle en développe la profondeur. C'est pourquoi, si vous voulez, les véritistes rejoignent, les grandes philosophies modernes rejoignent les enseignements traditionnels dans leur fond. Et donc, il ne suffit pas qu'un enfant soit protégé et bien élevé; il faut aussi qu'il soit éduqué et cultivé, de manière à pouvoir se manifester comme un sage, et juste une fois arrivé à maturité, à la manière de Joseph.
Autrement dit, le rite a une signification en ce qui concerne la vie familiale et en ce qui concerne l'éducation. Mal éduquer un enfant, mélanger le lait et la viande, ce serait justement, par exemple, une éducation dogmatique: au lieu de développer, comme dit Jean-Jacques Rousseau, de suivre pas à pas l'enfant, d'éveiller son esprit, de le faire réfléchir, etc., par une éducation qu'il appelle négative, on lui impose des dogmes, des vérités toutes faites, auxquelles il ne comprend rien, et il devient un singe savant. Et finalement, on lui fausse l'esprit, comme disait Hidalgo: une tête bien faite plutôt que bien pleine. Il y a tout un problème ici, qui est celui même de l'éducation, et qui est complètement symbolisé par le lait, qui vise la formation.
Et tant qu'on est dans l'éducation, et même dans la culture, et même dans la science, on est dans la vie de l'esprit. C'est-à-dire qu'on n'est pas encore confronté aux responsabilités de la vie sociale, de la vie active. Comme disait Descartes, il avait fallu qu'il sorte de l'école, parce qu'à l'école, on peut effacer le tableau, et qu'il voit comment les gens vivent. Il en apprenait plus à voir comment les gens vivent dans la vie réelle, parce que quand ils font des choix, il y a des conséquences. Alors, bien sûr, on n'a plus affaire à des enfants irresponsables, mais à des adultes responsables. Et la responsabilité, si vous voulez, le symbole de la responsabilité, c'est la viande: une nourriture consistante qui va permettre d'exercer des …
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