Ce monde et le monde futur dans Messilat Yecharim
Pourquoi le Ramchal place l'idéal de l'homme dans le monde futur, et comment l'ici-bas y conduit.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Zehirout : la vigilance face à la routine et au confort, 59 min
En bref
Le Ramchal, dans le premier chapitre de Mesilat Yesharim, affirme que le but de l'homme se situe dans le monde à venir (Olam Abba) et non dans ce monde-ci, tout en expliquant que ce monde-ci en est la voie indispensable. Le cours examine les raisons de cette position : la tradition talmudique, l'universalité de la souffrance humaine, et la nature de la neshama, qui ne peut se satisfaire de ce monde. Il montre enfin que seules les mitsvot, accomplies avec attention, permettent d'atteindre ce but.
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Vous l'avez ? On est dans… Tu peux remonter un tout petit peu, David. Non, descendre. Voilà, c'est la page d'après le 6. C'est la quatrième ligne… un, deux, trois, quatre, cinq, sixième ligne. Sixième ligne: Klalo shel davar. Ok ? Yofim. Alors, bokassou, chavouot, lekoulam, on revient dans notre étude extraordinaire de Messilat Yécharim, et on est en plein milieu du premier chapitre, qui est, on va dire, une autre akdama. C'est une autre introduction.
De quoi nous parle le Ramchal ici ? Il nous a expliqué, au début de son premier chapitre, que l'idéal de l'homme ne se joue pas Ba'olam HaZeh, mais Ba'olam HaBa.
Alors on a essayé de comprendre ce que voulait dire Olam HaBa par rapport à Olam HaZeh. Le monde présent était le couloir menant au grand salon, mais cela veut dire que les deux étaient intimement reliés. Cependant, et là c'est la première phrase de ce matin: Klalo shel davar, adam lo nivra bishvil matzavo ba'olam hazeh, ela bishvil matzavo ba'olam haba. Ah, donc là, les choses ont l'air assez claires. Le but de l'homme, ce n'est pas Olam HaZeh, c'est Olam HaBa.
Et bon, d'accord, je veux bien, j'entends bien, mais cela contredit pas mal ce qu'on lit partout dans le Tanakh. Dans le Tanakh, on ne nous parle même pas officiellement de l'Olam HaBa. On nous parle de l'Olam HaZeh, de l'Olam HaZeh et de l'Olam HaZeh. Pourquoi le Ramchal nous dit-il ici que l'idéal, c'est l'Olam HaBa ?
Certes, depuis l'exil, depuis la Michna, on a mis une importance capitale sur l'Olam HaBa. La Michna nous dira dans le traité de Sanhédrin que l'Israël a sa place dans l'Olam HaBa. Et dans les téfilot, on va rajouter énormément de prières sur l'idéal de l'Olam HaBa et tout ça. Mais pourquoi cela n'était-il pas marqué dans le Tanakh ?
Nous avions dit la semaine dernière la différence entre le Rambam, qui dit qu'on ne peut pas le comprendre, et c'est pour cela qu'on ne nous en a pas parlé, et Rabbi Yehouda HaLevi, qui nous dit que ce n'est pas important, que ce qui est important, c'est l'Olam HaZeh. À tel point que Dieu nous dit: « Im bechoukotai teleikhou ve-mitsvotai tichmerou », si vous suivez mes lois et gardez mes mitsvot, alors que les Sages disent: bon, alors tu auras l'Olam HaBa. La Torah, elle, dit: tu auras beaucoup de pluie, c'est-à-dire l'Olam HaZeh comme il faut.
Il semblerait donc que le Ramchal prenne ici fait et cause pour la vision rabbinique selon laquelle l'idéal, c'est l'Olam HaBa. Et là, chez Matzavo… bah, l'Olam HaZeh, ou plutôt Matzavo, bah, l'Olam HaBa. Chez Matzavo… à Tahlit. Ah ! En fait, ce n'est pas aussi clair. Ce n'est pas que l'Olam HaZeh ne soit pas important. Nous dit le Ramchal: l'Olam HaZeh, c'est ce qui te permet d'arriver à l'Olam HaBa. Mais alors, cela veut dire quoi ?
Cela veut dire tout simplement que s'il n'y a pas d'Olam HaZeh, il n'y a pas non plus d'Olam HaBa. C'est-à-dire que si tu n'as pas développé ton Olam HaZeh comme il faut, tu n'auras pas cet Olam HaBa qui est l'idéal. Donc, finalement, cela fait de l'Olam HaZeh un idéal. Comprenez-moi bien: ce qu'on est en train de mettre en place ici, c'est l'une des plus grandes markoulet entre le Talmud de Babylone et le Talmud de Jérusalem. C'est une markoulet fondamentale. Je tiens à vous le dire: pour le moment, le Talmud de Babylone a gagné. Pour le moment, la galout a gagné.
De quoi je parle ? Il y a une mitsva à Souccot, par exemple, de s'asseoir dans la soukka. Quand on s'assoit dans la soukka, on fait une bénédiction: Baroukh ata Hachem, Elokeinou melekh ha-olam, asher kidichanou be-mitsvotav ve-tsivanou leichev ba-soukka. Seulement, je ne sais pas si cette année vous avez construit des soukhot. Non, tu n'as pas construit, David ? Pourquoi ? Tu étais sous la pluie ? Makara !
Alors il fallait me dire, tu serais venu dans ma soukka. L'année prochaine. Amen, ken yehi ratson. Bref, quand tu feras ta soukka l'année prochaine, tu ne feras a priori pas la bénédiction en posant le premier clou. Baroukh ata Hachem Elokeinou melekh ha-olam asher kidechanou be-mitsvotav ve-tsivanou al binyan soukka. Pourquoi ne fait-on pas cette bénédiction-là ? Parce que la mitsva n'est pas de construire la soukka, la mitsva est de s'asseoir dans la soukka. C'est pour cela que je peux accomplir la mitsva en allant dans la soukka de mon voisin.
Mais la question est de savoir si l'ercher mitsva, c'est-à-dire ce qui me permet d'accomplir la mitsva, fait partie de la mitsva ou non. D'après le Talmud de Babylone, non. D'après le Talmud de Jérusalem, oui. C'est pour cela que, d'après les Rishonim, il faut faire la bénédiction al binyan soukka. Mais comme pendant deux mille ans on a suivi le Bavli, on ne fait pas cette bénédiction. Eh bien, la markoulet, on la retrouve ici dans notre Ramchal.
Si tu comprends selon une Torah de galout, alors l'Olam HaZeh, c'est: bon, il faut passer par là pour arriver à l'Olam HaBa, mais ce n'est pas important. Alors que si tu comprends la Torah du Talmud de Jérusalem, tu comprends qu'en fait, l'Olam HaZeh, c'est ercher mitsva. C'est ce qui te permet d'avoir un Olam HaBa comme il se doit. Et donc cela fait partie, si tu veux, de l'idéal que représente l'Olam HaBa. Revenons à notre texte.
Donc, l'homme n'est pas créé pour sa situation dans ce monde, mais pour sa situation dans le monde à venir. Oui, vous trouverez de nombreux discours de nos Sages, tous dans un même style, qui dénoncent ce monde comme le lieu et le temps de la préparation, et le monde à venir comme le lieu de la satisfaction et de la nourriture déjà préparée.
Le Rambam nous dit: c'est pour cela que tu vas trouver plein de textes de nos Sages qui présentent ce monde-ci comme le monde de la préparation, et le monde d'après, l'Olam HaBa, comme celui où l'on mange et où l'on est content. Remarquez que le Rambam ne présente pas l'Olam HaBa comme un monde métaphysique. Il le présente comme la suite logique de ce qu'on connaît très bien dans le traité de Chabbat: Mi-chetarach be'erev Chabbat, yochal be-Chabbat. Celui qui a préparé sa pkeila avant Chabbat pourra la manger Chabbat. S'il n'a pas préparé sa pkeila, il ne mangera pas Chabbat, et son Chabbat ne ressemblera pas à ce qu'il a l'habitude.
En d'autres termes, l'Olam HaBa, bien qu'il soit un idéal dans notre relation à Dieu, l'Olam HaZeh n'est pas du tout un ersatz. L'Olam HaBa, c'est tout simplement le premier palier pour y arriver. Que les choses soient bien claires: les décorations qui sont au-dessus du Beit HaMikdach, qu'on voit de loin, qui permettent de voir le Beit HaMikdach au loin, sont extrêmement importantes dans notre rapport à Dieu. Mais s'il n'y a pas de bonne fondation au Beit HaMikdach, il s'écroule.
Cours d'Orot veKelim
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