Messilat Yecharim : les trois sortes de personnes face à la Torah
Le Rambam compare la quête de la vigilance à un labyrinthe et distingue les hommes parfaits, les demi-savants et le peuple.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Acquérir la zehirout selon le Ramhal, 1 h 08
En bref
Le Rav poursuit l'étude de Messilat Yesharim du Ramhal, au chapitre 3-4 consacré à la zehirout (la vigilance). Il expose la métaphore du labyrinthe (mavoh) : pour en sortir il faut un fil, la Torah, et l'élévation par la raison, à l'image de Dédale et Icare. Il développe ensuite la distinction entre trois catégories de personnes face à la recherche de la perfection (shelémei hadaat, perhoutim, le peuple) et leur rapport à la récompense dans le monde à venir.
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Bokartov et Chavouot Sameach à tout le monde ! On revient dans notre étude de Messilat Yécharim. Si je ne m'abuse, nous n'avions pas encore terminé le chapitre 3. On est à la fin du chapitre 3 ? Si je ne me trompe pas, on est arrivé à Lema Zedomé.
On est toujours dans la Zehirout. Non, avance dans le guimel, avance dans le guimel. On est à la fin du guimel, avance encore un peu. Attends, attends, j'ai déjà pris dans le daleth... Reviens, reviens. Il a dit guimel, c'est bien guimel. Ok, ça avance, on l'a déjà fait. On est dans la Zehirout, ou dans la Zrizout ? Dans la Zehirout, les amis. En français, ça doit être: « Ceux qui sont dégagés de cette prison voient la pure vérité ». C'est ça. Lema Zedomé, Lema Zedomé. Ok, vous l'avez ? C'est bon ? Vous ne le voyez pas sur l'écran ? Voilà.
Donc, le Ramhal nous a enseigné jusqu'à maintenant qu'il fallait prendre du temps, évidemment. On nous avait expliqué que, pour avoir la Middat HaZehirout, la chose qu'il faut d'abord et avant tout comprendre, c'est qu'il faut donner du temps. Il faut prendre du temps pour se poser les questions: est-ce que ce que je fais est bien, ou est-ce que ce que je fais n'est pas bien ? Ça, c'est une chose évidente.
Maintenant, le problème, c'est que, on l'a dit également, lorsqu'on rentre là-dedans, il y a énormément de chemins différents qui pourraient nous amener à ne pas savoir quel est le bon chemin. Et donc, nous dit le Ramhal: ha-Mazé Domé. Donc ceux-là: Mazé, Mavoh. Ok, Mazé Mavoh. En français, Mavoh, c'est un... cul-de-sac ? Un labyrinthe. Voilà, c'est un labyrinthe. Ok. Et donc nous dit le Ramhal: Mazé, Mazé Domé, Mavoh.
Tu vois que le Ramhal vit vraiment à l'époque de la Renaissance en Italie, et qu'il est imprégné par les jardins à la française. Il nous a baladés dans les jardins de Versailles, dans les jardins de Fontainebleau, et ainsi de suite. Vous avez donc une grosse ambiance de jardins qui a influencé toute l'Europe de la Renaissance, où l'on va créer de grands jardins qui sont des espèces de labyrinthes. Et il nous dit: Chez Ashouyot Defanot, Defanot. C'est-à-dire qu'au milieu du labyrinthe, il y a l'endroit où le roi ou le noble est assis avec ses courtisanes et courtisans. Ça, c'est ce qui se passe dans les jardins.
Il dit: Olam haze zotot davar, ze mavoh, yesh maleh maleh. Il y a plein, plein de chemins pour arriver à la centralité, qui va être, nous avait dit le Ramhal, d'arriver à Olam HaBa, sagat Hachem, toutes ces choses-là. D'accord ? Maintenant, avant qu'on avance dans le texte, il faut comprendre que lorsqu'on parle de mavoh, de labyrinthe, on ne parle pas seulement des jardins à la française.
Le labyrinthe, dans la conscience humaine, a pris une tournure extrêmement profonde lorsqu'on remonte un tout petit peu à son origine. Les premiers qui nous parlent de labyrinthe, c'est le fameux labyrinthe de la mythologie grecque, celui qui va être construit par Icare et Dédale. D'ailleurs, on appellera un labyrinthe bien fait un « dédale ». Dédale, c'est le nom de l'architecte qui a construit le labyrinthe.
Alors, à la base, le labyrinthe a été construit pourquoi ? Pour y enfermer le Minotaure. Eh oui, le Minotaure, cette créature terrible, à corps d'homme et à tête de taureau, qui dévorait des jeunes filles et des jeunes garçons. Ceux qu'on lui donnait en tribut, il les dévorait. Il en prenait sept, par... je ne m'en rappelle plus, c'est par mois ou par an. Il fallait lui donner un tribut. Et c'est le roi d'Argos qui avait demandé à créer un labyrinthe pour que son Minotaure ne soit plus là. Effectivement, il y avait un fil, mais ça, c'est lorsque finalement Ariane...
On ne va pas passer trois heures sur la mythologie grecque, ce n'est pas très grave. Si quelqu'un veut googler le fil d'Ariane, on aura la réponse tout de suite, mais ce n'est pas très important. Ce qui est plus important, c'est que nous avons deux choses à apprendre de cette mythologie du labyrinthe.
La première chose, c'est qu'on a besoin d'un fil. On a besoin d'un fil conducteur pour être capable de garder la bonne direction. Dans le langage du Ramhal, ça devient très limpide, puisqu'il nous dit: « C'est quoi, ce fil ? » Ah, c'était Thésée ! Ah bon, j'avais dit que ce n'était pas Thésée, mais en fait c'est Thésée. Non, Dédale, c'est le type qui a créé le labyrinthe. Donc on a besoin d'un fil. Ce fil, d'après le Ramhal, c'est pas compliqué.
C'est la Torah ! Rappelez-vous que tout le livre est construit sur la Baraita de Rabbi Pinhas ben Yaïr, qui commence en disant « Torah ». Mais la Torah, c'est notre fil conducteur qui nous permet d'avancer dans ce labyrinthe de manière sûre. Maintenant, nous avons également besoin d'autre chose. Dans le mythe du labyrinthe de Dédale, comment finalement ils s'en sortent, les deux ? Ils ont construit le labyrinthe, mais le problème, c'est qu'Icare et Dédale l'ont tellement bien construit, le père et le fils, qu'ils se retrouvent piégés à l'intérieur. Ils ne trouvent plus la sortie, ils ne savent pas quoi faire, ils ne savent pas comment s'en sortir.
Jusqu'à ce que Dédale lève les yeux vers le ciel et se dise: « Ah, il n'y a pas de toit à notre labyrinthe. On n'a qu'à s'envoler. On n'a qu'à se créer des ailes. » Et en se créant des ailes, on arrivera à s'envoler au-dessus du labyrinthe et de là, on pourra retrouver notre chemin. Aussitôt dit, aussitôt fait: ils vont trouver des plumes qui traînent un peu partout, ils vont se les coller sur les bras avec de la cire, et c'est parti, ils deviennent des hommes volants et ils réussissent à s'élever dans les cieux.
Le seul problème, c'est qu'à un moment donné, Icare est jeune, et il kiffe sa nouvelle situation, il commence à s'envoler très haut. Dédale lui dit: « Fais attention, ne va pas trop près d'Hélios, le dieu du soleil, parce qu'il risque d'être énervé. » Et effectivement, Hélios ne lui pardonne pas de s'être approché trop près de lui: il fait fondre la cire, les plumes tombent, et Icare tombe dans l'eau et meurt. Tragédie grecque.
Sauf que, tragédie grecque ou pas, moi je connais une chanson qui dit: Ben Adam, alélé mal'alé... Et qu'est-ce que nous dit le Rav Kook ? Yigbera kanferouach. Ah, donc il a piqué à Icare et à Dédale. Oui, et c'est quoi, les « ailes » du Rav Kook ? Ze ha-sékhel. C'est-à-dire qu'on a un fil conducteur, qui n'est pas le fil d'Ariane, mais le fil de la Torah. Et il y a également la capacité que nous avons de nous élever au-delà du labyrinthe de ce monde. Grâce à notre sékhel, on peut comprendre l'enseignement de la Torah, qui nous permet de voir les choses de plus …
Cours d'Orot veKelim
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