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Le devoir de l'homme dans ce monde : kiffer ou obéir

Le Ramhal oppose hédonistes et stoïciens, puis montre que faire la volonté d'Hachem est le vrai devoir de l'homme.

1 h 02

Rav Eytan Fiszon

Ensuite : Ce monde et le monde futur dans Messilat Yecharim, 1 h 01

En bref

Le Ramhal ouvre son livre en se demandant quel est le devoir de l'homme dans ce monde, et ce que signifie atteindre l'idéal, le Olam Abba, sans opposer ce monde et l'au-delà. Le Rav explique que ce monde-ci est le chemin vers le monde à venir, et que c'est dans l'accomplissement concret des mitsvot, puis dans le dévoilement de la volonté divine, que l'homme s'élève. Il rappelle aussi que les actions les plus ordinaires peuvent se rattacher à l'éternité lorsqu'elles sont faites pour Hachem.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chavoua tov. Donc on revient dans notre étude de Messilat Yecharim. Après avoir terminé l'introduction, nous pouvons maintenant nous diriger, sans plus attendre, vers le Perek Aleph, le premier chapitre de Messilat Yecharim. C'est parti. Attention, ce matin, ça va être du très, très lourd. Allons-y. S'il vous plaît, est-ce qu'il est possible d'agrandir le texte ? Voilà. Merci. Bien comme ça ? Très bien, merci. Metsuyan.

Alors, allons-y: Perek Aleph, Biour Klal Chovat Adam Be Olamo. De quoi va-t-on parler ce matin ? D'un sujet qui n'est finalement pas très central, un sujet vite fait, vite et bien fait, emballé, c'est pesé: qu'est-ce que je dois faire dans ce monde ? Voilà le débat.

On a expliqué dans Messilat Yecharim qu'on veut nous enseigner comment être quelqu'un qui remplit son rôle. Dans le Perek Aleph, le Ramkhal pose tout simplement la question: quel est le rôle de l'homme dans ce monde ? Ma hi chovat ha-adam ? Et le Ramkhal dit: qu'est-ce que je dois faire dans ce monde ? Quel est mon rôle à jouer dans ce monde ?

Mah chovato ba'olam ? Ou'ma she'oronu chachamenu zichronam livracha ? Ou'ma she'adam lo nivra ela, surprise, lehitaneg la-Hachem ule'enod miziv Chekhinato. She'zehu atta anuga amiti va'idun hagadol mikol ha'idunim she'cholim liyot.

Attendez, il va falloir qu'on s'arrête deux secondes, parce qu'on ne l'a pas vu passer. C'était comme une lettre à la poste. Je vais vous donner deux informations qui semblent complètement opposées l'une à l'autre.

Quel est mon rôle dans ce monde ? À l'époque, dans l'Antiquité, il y avait deux écoles de pensée sur l'idéal de l'homme, sur ce que l'homme doit accomplir dans ce monde.

La première était une école philosophique, celle des hédonistes, qui considéraient que l'idéal de l'homme, c'était de kiffer. Hédoniste vient du grec, mais si on devait le traduire en juif, on dirait les kiffizim, les kiffeurs. Donc, première école: l'homme doit kiffer dans ce monde.

Il y avait plusieurs façons de réaliser cette kiffitude. Certains se consacraient au kif matériel, tous ceux qui étaient dans le Taanoug Achouchim, c'est-à-dire ces gens qui se donnaient à tous les plaisirs corporels et charnels. Mais il y avait aussi un autre style de personnes, comme les épicuriens, qui viennent d'Épicure.

Épicure, c'est un nom qui nous parle peut-être, puisqu'en hébreu on appelle ça Apikoros, un terme qui revient souvent. Qu'était Épicure ? Un homme qui avait pour idéal de vie qu'il fallait leitaneg, qu'il fallait kiffer. Mais pour lui, le kif n'était pas celui des plaisirs corporels, c'était le kif de l'esprit. Il fallait travailler son esprit, et c'est ça qui devait faire kiffer.

Dans tous les cas, les hédonistes mettent en avant l'idéal du kif. Face à eux, il y a une autre école, celle des stoïciens, qui disent au contraire: l'idéal n'est pas le kif, l'idéal, c'est de faire son devoir. Ils ont inventé le concept qu'on appelle en hébreu matspoun, ou en français « cas de conscience ». Il faut faire ce que j'ai à faire, et lorsque je ne fais pas mon devoir, j'ai le devoir de me sentir mal. Ok ?

Nous avons donc deux écoles philosophiques: l'une dit que l'idéal, c'est le kif, l'autre que l'idéal, c'est de remplir son devoir. Qui a raison ? Quand on regarde le Ramkhal, il nous dit les deux.

Dans le chapitre 1 de Messilat Yecharim, l'homme doit savoir quel est son devoir. Donc on doit remplir notre devoir, c'est ça l'idéal. Oui, mais quand on se pose la question, ava'l ma hi chovato, « mais quel est son devoir ? », eh bien, c'est de kiffer. Oui, kiffer est un devoir.

Juste avant de reprendre le texte, il y a une dimension que vous connaissez très certainement. Même s'il ne s'agit pas d'une halakha, d'une obligation, il est bon que l'homme fasse cent brachot par jour. Vous comprenez bien que le code de brachot qu'on est obligé de réciter dans la journée n'arrive pas à cent. Je fais dix-neuf brachot par jour dans la tefila, trois fois par jour, donc on peut dire que je suis déjà à presque soixante brachot. J'ai encore les brachot du Chema, j'ai encore les brachot de la matsa, mais je n'arrive pas à cent.

Pour arriver à cent, la Torah m'engage à faire ce qu'on appelle birkot hanehenin, c'est-à-dire profiter de plein de choses dans la journée, ce qui me fait réciter encore plus de brachot. En d'autres termes, il y a ici un appel au kif, mais n'oublie pas qu'il s'agit de ton devoir.

Le Ramkhal nous explique: tachlit ha-olam, tachlit chovat ha-adam be'olamo, leitaneg ha-asher... Donc, nous sommes à la fin de la quatrième ligne: ou-makom ha-idoun hazeh, l'endroit de ce kif total, be-emet ou-ha-olam ha-ba, ki-houn nivra be-achana ha-deroucha la-davar hazeh.

En d'autres termes, ce kif ultime de l'leitaneg à Hachem ne peut être atteint que dans le Olam Haba. Je présume que le Ramkhal dénonce ici la conception chrétienne de l'ascétisme, etc. Oui et non. Avec la phrase qu'on vient de lire, on pourrait dire que non. Car, sache que ce idoun, ce kif, tu ne peux l'atteindre que dans le monde à venir.

Une phrase comme celle-là peut servir de tremplin à la théologie chrétienne: voilà, le monde d'ici-bas est un lieu de souffrance, et seul le monde des âmes, le monde à venir, est intéressant. Ici, ça n'a rien à voir avec le divin. Cela sera poussé à l'extrême dans le bouddhisme, où on dira officiellement que tant que l'âme est prisonnière du corps, elle ne peut pas atteindre les cieux supérieurs. La question est donc de savoir: quand le Ramkhal nous dit que l'endroit où l'on peut réaliser ce idoun est le Olam Haba, est-ce que cela veut dire qu'au fond, Olam Hazé, c'est zéro ? C'est pour cela qu'il y a la suite: ach, ad-derekh, kedela agia el hamekhoh', revtsa, eno, zé Olam Hazé.

Je ne sais pas pourquoi la citation de la Michna a été tronquée, mais dans la Michna, ce monde-ci ressemble à un prozdor, un couloir, devant le Olam Haba, qui est le salon. Et là, c'est important.

C'est important parce qu'on va se rendre compte qu'Olam Hazé et Olam Haba, présentés dans la Michna comme le couloir et le salon, sont deux parties d'une seule et même maison. Pourquoi est-ce si important ? Parce que, dans certaines idéologies, on sépare complètement Olam Hazé et Olam Haba. C'est le cas dans la théologie chrétienne, dans le bouddhisme et ailleurs: Olam Hazé est une espèce de prison, et Olam Haba est le kif total. À ce moment-là, plus vite on quitte Olam Hazé, mieux c'est.

Or ce n'est absolument pas la vision du Ramkhal. Le Ramkhal ne nous dit nulle part qu'il faut se débarrasser d'Olam Hazé pour arriver à Olam Haba. Au contraire, il nous dit: Olam Hazé est le chemin pour y arriver. Qu'est-ce que cela veut dire ? Que s'il n'y a pas Olam Hazé, ou s'il n'y a pas eu d'utilisation d'Olam Hazé comme il se doit, il n'y a pas non plus d'*Olam …

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