La kedoucha hors nature : l'exil et le retour sur la terre
Le Rav Kook explique que la kedoucha survit en exil malgré la dénaturation, et que la vision d'Ézéchiel 37 annonce le retour d'Israël.
Rav Yehouda Benishai
Ensuite : Dieu est partout : pourquoi Erets Israël n'est pas un lieu comme les autres, 25 min
En bref
Le Rav Yehouda Benishai présente le livre Orot du Rav Kook, dont le cœur est la compréhension du processus de la Gueoula, et étudie un passage des Orot HaTriya (Lumières de la Renaissance) sur la sainteté d'Erets Israël. Il montre que la Chekhina a accompagné Israël en galout, mais que cette présence était contre-nature, alors que l'idéal est une sainteté en harmonie avec la nature. Il explique enfin que le retour en Erets Israël ne se réduit pas à un déplacement géographique : il engage un changement de phase, de la défense et de l'enfermement vers le shalom.
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J'ai prévenu pour aujourd'hui, Bezrat Hachem, nous allons faire un tour sur le livre d'Orot. Avez-vous déjà reçu une explication sur le livre d'Orot ? On va quand même dire quelques mots avant de rentrer dans le vif du sujet. Le livre d'Orot est un des livres dont les paragraphes ont été écrits par le Rav Kook. Mais en réalité, il est le cœur de ces ouvrages. C'est pour ça que, de façon générale, ces ouvrages portent le nom d'Orot, mais avec toujours un rajout. Par exemple, Orot HaTechouva, Orot HaTorah, Orot HaKodesh: les Lumières de la techouva, les Lumières de la Torah, les Lumières du Kodesh.
Mais il y a un livre qui s'appelle tout simplement Orot, c'est-à-dire la lumière, sans rajout. C'est donc la lumière qui se cache dans tout le reste. Et les paragraphes qui ont été écrits par le Rav Kook, depuis pratiquement une centaine d'années, ont été ordonnés par son fils, le Rav Tsvi Yehouda, qui a dit que tous les écrits de son père étaient Kodesh, et que le livre d'Orot est le Kodesh HaKadoshim. C'est rentrer dans le Saint des Saints, dans le cœur du sanctuaire.
Dans ce livre-là, on trouve tout ce qui est nécessaire à la compréhension du processus de la délivrance d'Israël. Tout ce qui est écrit dans le livre d'Orot est déjà dans la loi écrite et dans la loi orale, mais d'une façon qui ne nous était pas abordable, parce que les choses étaient profondément cachées. Aussi bien dans la loi écrite et les Prophètes que dans la loi orale, qui avait dit ces choses-là de façon très succincte, avec un niveau d'incompréhension pratiquement total pour nous.
Et voilà que le Rav Kook a été envoyé, on peut dire cela, pour nous donner la Torah qui nous permettra de comprendre le processus de la Gueoula, de la délivrance. En effet, il est impossible de vivre quelque chose sans en avoir aussi la compréhension. Une des choses les plus importantes qu'un homme doit faire, c'est de comprendre ce qu'il fait déjà. Par exemple, beaucoup de gens font leur Aliyah en Erets Israël, pour des tas de raisons. Ils se sentent mal là-bas, il y a de l'antisémitisme, ils ne voient pas là-bas leur avenir, ils ne veulent pas créer leur famille là-bas. Chacun a ses raisons, des fois même des raisons économiques. Et ils font leur alia. Ils arrivent en Erets Israël, et très souvent ils sont un peu déçus. Des fois même, très déçus. Et ils ne trouvent pas de justification à ce qu'ils ont fait.
La raison en est qu'ils n'approfondissent pas ce qu'ils ont fait de façon instinctive. Il est extrêmement important de toujours approfondir ce que l'on fait, parfois par instinct. Nous nous trouvons dans le courant des générations, et notre génération est la génération de la délivrance. Et le Rav Kook a reçu cette mission divine de venir nous expliquer ce que l'on vit. Il y a dans ce processus des choses extraordinaires, mais il y a aussi des choses extrêmement difficiles. Et très souvent, à cause des difficultés, les gens qui vivent ces événements ne voient pas la lumière qui se cache dans le processus. C'est pour ça que le Rav Kook est venu nous enseigner les Orot de la Gueoula, les lumières de la Gueoula.
Or, Orot, les lumières. Le passage que nous allons étudier aujourd'hui, ou du moins que nous allons commencer, fait partie du livre d'Orot. Il est séparé en plusieurs parties. La première partie du livre d'Orot, par exemple, s'appelle Erets Israël. C'est-à-dire: qu'est-ce qu'Erets Israël ? Quelle est l'essence de cette valeur qui s'appelle Erets Israël ?
La partie dont ce paragraphe a été tiré s'appelle Orot HaTehiya, les Lumières de la Renaissance. Tehiya, cela veut dire reprendre vie. Cela nous fait déjà comprendre quelque chose d'important si ça s'appelle comme ça. Parce que si on a besoin de reprendre vie, cela signifie que pendant 2000 ans, on ne vivait pas tellement. Le Gaon de Vilna va jusqu'au bout en disant que pendant 2000 ans, le peuple juif en exil était dans un cimetière. C'est la définition qu'il donne. On peut expliquer que le peuple d'Israël, pendant 2000 ans, était dans un cimetière, et que dans ce cimetière il s'est décomposé comme un cadavre. Il décrit même la décomposition. Et donc la sortie de l'exil est la sortie du cimetière, et on reprend vie.
Et en fait, ce que le Gaon de Vilna a enseigné est dit en toutes lettres par le prophète Ézéchiel, chapitre 37, la vision des ossements desséchés. Le prophète Ézéchiel lui-même dit: sachez une chose, cette vision des ossements desséchés, qui est une haftara d'ailleurs, que l'on lit Chabbat et à Pessa'h, cette vision-là est en réalité la parabole du retour d'Israël sur sa terre. C'est vrai que cela fait aussi allusion à la résurrection des morts à la fin des temps, mais le sens simple de la vision des ossements desséchés, c'est le retour d'Israël sur sa terre. Chapitre 37 d'Ézéchiel: vous pouvez lire, c'est marqué en toutes lettres. Il faut étudier cela, d'ailleurs.
Donc le Rav nous parle ici d'Orot HaTehiya, les lumières de la renaissance, de la résurrection. Et nous allons étudier aujourd'hui un petit passage de cela, qui nous dit quelque chose d'extrêmement important, qui nous concerne tous. Dès que nous mettons les pieds en Erets Israël, nous sommes concernés par cela.
Il s'agit du paragraphe Kafret, Kohach, Kohach, 28. Je lis la première phrase: Ou, Aki Charon, le Hamid Kdoucha, Benigoud, la Teva. Je traduis. Le mot Kdoucha, je n'ai pas besoin de le traduire, tout le monde sait ce que c'est. La kedoucha, qui est au sein de la nature. Kedoucha, Chabbat, Teva: au sein de la nature.
Yikdouchat Erets Israël, voilà ce qu'est la kedoucha d'Erets Israël: la kedoucha telle qu'on peut la connaître en Erets Israël. C'est la kedoucha qui est au sein de la nature elle-même et qui est capable de se révéler à travers la nature.
Par contre, ce que l'on a l'habitude de dire généralement, c'est que quand Israël est parti en galout, la Chekhina les a accompagnés. Vous avez sûrement déjà entendu cet enseignement: bien qu'Israël soit parti en galout, la Chekhina, la présence divine, les a accompagnés, d'accord ? Dit le Rav: la Chekhina qui a accompagné Israël en galout, la Chekhina qu'Israël a accompagné, c'est quoi ? C'est la capacité, ou Aki Charon, les Hamid, deux, faire apparaître la kedoucha, benigoud la teva, contre-nature.
Nous avons ici une définition extrêmement importante, qui nous touche tous directement. Commençons par expliquer notre situation en galout, c'est-à-dire la deuxième partie de la phrase, où le Rav dit quelque chose d'extrêmement grave: en galout, il nous est arrivé un miracle. Bien que nous vivions hors nature, de façon dénaturée, nous avons quand même réussi à rester rattachés à la kedoucha. C'est ce qui est marqué ici. Ce n'est pas facile, c'est quelque chose de très difficile: continuer de rester attachés à la kedoucha tout en étant hors nature.
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