La morale d'Israël dans la guerre selon le Rav Kook
Abraham, Yehochoua et David gardent leurs exigences morales en guerre, parce que ces combats se mènent au nom de Hachem.
Rav Yehouda Benishai
Ensuite : La kedoucha hors nature : l'exil et le retour sur la terre, 25 min
En bref
Le Rav Yehouda Benishai commente le passage du Rav Kook sur la guerre menée par le peuple d'Israël, qui doit rester fidèle à la morale même dans les combats. Il s'appuie sur des figures bibliques, Avraham, Yehoshoua et David, qui ont combattu sans perdre leurs exigences morales, ayant conscience de mener leurs combats au nom de Hachem. Il montre que la guerre juste du peuple d'Israël est un moyen de faire avancer le monde vers l'idéal prophétique de paix, et que la force doit rester à la fois physique, morale et spirituelle.
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Dans le chapitre consacré à la guerre, le Rav Kook explique que le peuple d'Israël a la qualité particulière de mener, d'une part, des guerres contre le mal et contre les méchants, juste et droit.
En général, la guerre amène les hommes à des conduites et des attitudes qui ne tiennent plus compte des aspirations spirituelles élevées, des idéaux. D'ailleurs, l'expression le dit: à la guerre comme à la guerre, c'est-à-dire que les lois tombent.
Or, dans le deuxième paragraphe consacré à la guerre, le Rav explique que la Bible, en rapportant les combats que nos ancêtres ont menés, parle de ces hommes-là comme d'hommes d'une stature extraordinaire du point de vue moral et spirituel, des hommes d'émouna, des hommes de confiance.
Et en fait, nous sommes en profonde admiration devant ces personnages-là qui, bien qu'ils se livrent à des combats durs et qu'ils soient en fait des héros, n'ont jamais été amenés à manquer à leurs devoirs moraux ni à se conduire sans répondre aux idéaux les plus élevés.
Avraham HaIvri, par exemple, a mené une guerre destinée à délivrer son neveu Lot, qui avait été fait prisonnier par les quatre rois qui voulaient dominer le monde. Et ensuite, il a été atteint de remords. Dieu a dû le réconforter parce qu'il pensait qu'il avait peut-être porté atteinte à la vie. Deux personnes… de façon superflue, il avait tué des gens qu'il ne fallait pas tuer. Il avait cette crainte morale d'avoir peut-être atteint des innocents.
On trouve que Yehoshoua, un homme qui va se trouver à la tête des armées d'Israël pour la conquête du pays d'Israël, ce même Yehoshoua a interdit le butin de la ville de Jéricho. Il a décrété un anathème sur quiconque oserait se servir du butin, en profiter. On voit bien donc que, bien qu'a priori cela appartienne aux combattants, il a voulu les habituer à quelque chose d'idéal, et Yehoshoua a empêché les soldats d'Israël de profiter de cela.
Ensuite, évidemment, le roi David, qui est connu comme ayant mené de nombreuses guerres, est aussi celui qui continue d'être l'homme sensible des Tehillim, qui va laisser à toutes les générations futures un livre de prière exprimant les sentiments les plus profonds de l'âme.
Il est donc clair que ces personnages-là étaient des personnages très particuliers. Bien qu'ils soient occupés à mener des combats qui, en général, abaissent l'homme, eux, au contraire, découvraient des valeurs idéales extraordinaires, et jamais ces guerres ni ces combats n'ont occasionné chez eux un abaissement d'ordre moral. Au contraire.
## Combattre au nom de Dieu
La raison de cela, dit le Rav, c'est qu'ils avaient conscience que les combats qu'ils menaient étaient menés au nom de Dieu. Et d'ailleurs, dans la paracha de Matot, quand les deux tribus de Gad et Reouven avaient voulu rester à l'est du Jourdain, Moshé avait réclamé de passer à la tête du peuple en unité de reconnaissance, d'être les haloutsim lifné Hachem, ceux qui allaient passer à la tête d'Israël
pour mener les combats de la conquête d'Erets Israël au nom de celui qui avait donné cette terre au peuple d'Israël. Ils devaient donc avoir confiance en Dieu et reconnaître la raison idéale de ces combats.
## La force morale du peuple d'Israël aujourd'hui
Nous retrouvons des conditions semblables. Le peuple d'Israël, depuis son retour sur sa terre, a dû mener et doit à nouveau mener de nombreux combats, de nombreuses guerres. Et on remarque, dans ces combats et ces guerres, la constante morale, la constance de quelque chose d'idéal.
En nombre largement inférieur à ses ennemis, le peuple d'Israël, précisément par sa force morale, par le sentiment profond qui l'anime, est occupé non seulement à sa propre délivrance, mais aussi à faire avancer le monde vers quelque chose de meilleur, en luttant contre le mal qui veut empêcher l'apparition de cet idéal, déjà marqué chez les prophètes: qu'un temps viendra où les épées seront transformées en socs de charrues. En attendant, nous n'avons pas d'autre choix que de nous battre, et ces combats nombreux ne nous ont pas occasionné de chute morale. Au contraire.
Le peuple d'Israël a prouvé, pendant tous ces combats et toutes ces guerres, qu'il avait en lui de grandes âmes, capables de construire et capables d'être en même temps des guerriers, sans pour autant perdre les qualités et les vertus que l'on sait,
comme étant les qualités et les vertus de ce peuple-là: Bayshanim, rahamanim, gomlei hassadim. Et nous savons, dit le Rav, que de nos jours, la force d'âme de ces grands personnages de la Bible réapparaît en nous, à travers nous, ce qui nous fait mener des guerres justes avec une vaillance et un courage extraordinaires.
En même temps apparaissent dans le monde, de façon extraordinaire et parfois surprenante, des qualités d'ordre moral que l'on n'avait sûrement pas trouvées chez les autres peuples pendant les guerres qu'ils ont menées.
On voit donc là que le peuple de la Bible, avec la morale des prophètes, recommence à redevenir lui-même. La morale biblique redevient une condition très particulière, où être fort veut dire être fort à tous les niveaux, aussi bien physiquement que moralement et spirituellement, sans que l'un vienne se substituer à l'autre. Shalom.
Cours d'Orot veKelim
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