La mer Rouge et la nature révélant la volonté divine
Le Rav enseigne que la nature n'est pas aveugle : la connaître en profondeur, c'est y voir la volonté de Dieu.
Rav Yehouda Benishai
Ensuite : La morale d'Israël dans la guerre selon le Rav Kook, 12 min
En bref
Le Rav Yehouda Benishai commente un passage du Israël Priyatot (chapitre 13) sur le lien entre Torah et nature : la connaissance des secrets de la création, accessible à ceux qui craignent Hachem, doit conduire à un respect du monde. Il explique que l'exil a séparé le peuple juif de sa terre et de la nature, et a entraîné la croyance erronée que sainteté et nature sont étrangères l'une à l'autre. Il illustre son propos par le passage de la mer Rouge, où la mer révèle sa vocation morale en s'ouvrant pour Israël.
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Shalom. Aujourd'hui on va parler du lien qui existe entre la Torah et la nature. Le sujet abordé se trouve dans le chapitre Yud Gimel d'Israël Priyatot, chapitre 13. Le Rav enseigne la chose suivante.
Traduisons. La connaissance des secrets qu'ont les gens qui ont la crainte de Dieu amène à avoir une relation de respect.
Alors, de quoi s'agit-il ? En fait, pendant notre long exil, nous avons malheureusement dû ignorer la nature. Nos sages nous enseignent qu'avec la destruction du Temple et notre départ en exil,
Dieu n'avait plus dans ce monde que quatre coudées de halakha, de loi. Et alors le seul refuge possible que nous avions pour trouver un peu de kedoucha, un peu de sainteté, était de nous réfugier soit au Beit HaKnesset, soit au Beit Hamikdash.
Là-bas seulement, nous avions la possibilité de rencontrer un peu de principes de sainteté. Mais il est évident que cette situation est anormale, parce que le monde tout entier est un monde qui a été créé par Dieu. Et pour pouvoir découvrir la présence divine qui réside dans ce monde, il faut que le peuple d'Israël soit en harmonie
avec sa terre et en harmonie avec lui-même. Sans ce principe d'harmonie, il n'a pas d'approche possible de la nature, étant lui-même à côté de sa propre nature. En exil, le peuple d'Israël est à côté de sa propre nature. Il se réfugie dans quelque chose de céleste. Il n'a pas tellement de place pour une vie terrestre.
## Le double préjudice de l'exil
Alors, nous avions donc une grande difficulté pendant le temps de l'exil à avoir une approche vraie de la nature et de ce qui s'y cache. Ça a provoqué un double préjudice. Le premier préjudice a été de croire que
la kedoucha, la sainteté, et la nature n'ont rien à voir l'une avec l'autre. C'est le premier… le premier nezek, la première chose grave qui nous est arrivée. Et la deuxième chose qui est arrivée, c'est que la nature a été comme abandonnée à des lois aveugles, qui sont des lois que la science s'applique à décrire.
Or, il est évident que cette considération de la nature est contre-nature, parce qu'elle empêche la nature d'être la véritable associée à la réalisation du projet divin. En effet, il est évident que la nature a une part active à la réalisation du projet d'un monde idéal. Donnons un exemple.
Lorsque le peuple d'Israël est sorti d'Égypte et qu'il s'est trouvé face à la mer Rouge, dans ça, je raconte dans le midrash, s'est développé un dialogue entre Moshe Rabbeinu, qui était à la tête du peuple d'Israël, et la mer Rouge. La mer prétendait en effet que son rôle était de continuer à couler,
et qu'elle n'avait pas de raison d'ouvrir ses flots pour laisser le peuple d'Israël passer. Or, il est évident que c'était une attitude immorale que de laisser périr le peuple d'Israël, qui avait été choisi par Dieu pour révéler sa présence sur terre.
Ce qui nous paraît être une obligation coercitive n'a en réalité été qu'une révélation de la nature profonde de la mer. La mer contient en elle la capacité d'être morale, c'est-à-dire la possibilité d'ouvrir ses flots à celui qui le mérite. Nos sages l'enseignent en nous disant que dès le départ,
au moment même de la création, Dieu avait posé cette condition avec la mer: viendrait un temps où elle devrait s'ouvrir dans l'histoire des hommes pour laisser le passager s'aider, et qu'elle reviendrait ensuite elle-même. Donc, profondément, sincèrement, dans la nature, il y a une capacité de règles morales qui peut se dévoiler.
Et considérer que la nature n'est qu'une suite de lois aveugles est en réalité une connaissance très superficielle, très extérieure de ce que Dieu a créé. Et en réalité, nous avons le devoir de connaître la nature dans ses profonds secrets.
C'est pour ça que le Rav enseigne ici que seuls des hommes qui ont une profonde crainte de Dieu, et donc qui comprennent que tout ne fait que révéler la volonté du Créateur, sont capables de porter un grand respect au monde créé, parce que ce monde créé peut, doit, révéler la volonté de Dieu
dans sa totalité. ## La nature et la liberté divine
Il y a un moment pour les lois de la nature d'être les lois habituelles, et il y a un moment pour que, à travers ces lois-là, se révèle quelque chose de plus élevé, une espèce de liberté de ces lois-là, pour révéler quelque chose de moral. Et quand l'homme a cette approche de la nature, en fait, il amène la nature à se conduire à un autre niveau que le cadre habituel de ses lois, puisqu'il amène la nature à œuvrer en faveur de la volonté divine. La nature se doit de laisser passer à travers
son enveloppe, qui paraît impersonnelle, quelque chose de plus vrai. C'est ce qui est arrivé au moment du passage de la mer Rouge, quand Moshé Rabbeinu a amené la mer à jouer son véritable rôle, celui d'être ce qui va aider les enfants d'Israël à continuer leur chemin, le chemin que Dieu leur avait tracé,
et d'empêcher les Égyptiens de poursuivre les enfants d'Israël de façon aveugle et immorale. Et toute approche qui voit à travers la nature quelque chose qui est associé à la réalisation du Maassé Béréchit
oblige en fait la nature elle-même à œuvrer dans ce sens-là, ce qui, petit à petit, amène à un monde qui soit évidemment plus parfait. Ce qui nous effraie très souvent, c'est de croire que la nature est aveugle, que la nature n'a pas de liberté, qu'elle n'est pas sensible au bien et au mal, alors qu'une connaissance profonde de la Torah
nous fait découvrir que la liberté divine s'insère dans tout ce qui a été créé, aussi bien chez l'homme que dans les lois de ce monde, et qu'ensemble ils peuvent collaborer pour participer à la réalisation du but idéal de la création. Shalom.
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