Dieu est partout : pourquoi Erets Israël n'est pas un lieu comme les autres
Le Rav Yehouda Benishai montre comment une formule juste peut mener à l'erreur sans l'étude des secrets de la Torah.
Rav Yehouda Benishai
Ensuite : La galout devenue confortable : quand l'exil se justifie, 23 min
En bref
Le Rav Yehouda Benishai commente le deuxième paragraphe du livre Orot du Rav Kook : lorsque la connaissance profonde de la Torah s'affaiblit, la valeur propre d'Erets Israël devient floue, et les priorités s'inversent. Il montre que la kedoucha de la terre tient au choix divin, comme l'enseigne le Kouzari (il n'y a pas de prophétie hors d'Erets Israël), et que la question utile n'est pas où est Dieu mais dans quelles conditions l'homme peut l'entendre. Il rattache cette idée au parcours de Moshe Rabbeinu, dont la mission était de conduire le peuple vers Erets Israël pour y accomplir la Torah.
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Nous avons entrepris la semaine passée l'étude de la kedoucha qui se révèle dans la nature. C'était le sujet de notre étude: la dimension d'Erets Israël est particulière, parce qu'elle permet de révéler non pas une kedoucha qui passe par la lutte contre la nature, mais au contraire la révélation de la kedoucha dans le cadre de la nature.
C'est-à-dire qu'en Erets Israël, nous sommes dans le domaine de l'harmonie. On peut écrire harmonie en hébreu de plusieurs façons. Moi, je l'écris toujours avec un aleph au début, et cela nous donne Harmon-ya, c'est-à-dire le palais de Dieu. L'harmonie, c'est le palais de Dieu, où tout est à sa place, où les éléments, les valeurs ne se contredisent pas, mais se complètent l'un l'autre.
Aujourd'hui, nous allons étudier un paragraphe de plus du livre Orot que vous avez reçu. Vous avez devant vous le texte. Nous allons étudier tout de suite, au début du livre Orot, le deuxième paragraphe. La première partie du livre Orot s'appelle Erets Israël: ce chapitre parle de la valeur d'Erets Israël. Lisons ensemble et voyons ce que ce paragraphe nous enseigne.
Le fait que l'on s'éloigne de la connaissance des choses profondes de la Torah amène à une situation où la compréhension de ce qu'est la valeur d'Erets Israël devient quelque chose de très flou.
Le Rav nous enseigne ici quelque chose de très important: on peut avoir une connaissance réelle de la valeur d'Erets Israël, et on peut en avoir une connaissance floue. On peut par exemple parler d'Erets Israël comme d'une terre de tourisme.
Je parle d'Erets Israël, c'est-à-dire de cet espace, l'espace qui s'appelle Erets Israël. Le Rav Kook nous dit ici qu'il faut savoir reconnaître la valeur de cet espace de façon intrinsèque. Il faut s'habituer à l'idée que l'espace a une valeur en lui-même.
Évidemment, pendant deux mille ans, on a perdu cette notion, parce que nous n'avions pas d'espace à nous. On ne peut pas dire que les Juifs étaient attachés à un espace en particulier, puisqu'ils étaient le Juif errant. Ils ont même été définis ainsi: le Juif, c'est l'errant. En Europe, tous les cent ans, on a été expulsés d'un pays. Cela commençait par l'Angleterre, puis la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, etc. Il n'y avait donc pas d'espace, et on a perdu complètement l'idée que l'espace peut avoir une valeur en soi.
Le Rav nous dit ici quelque chose de très important: la kedoucha d'Erets Israël. Je parle donc de l'espace, de cet endroit qui s'appelle Erets Israël, dont les frontières sont définies par la Bible. On peut en avoir une connaissance vraie ou une connaissance floue. Une connaissance floue, cela veut dire qu'on ne comprend pas véritablement de quoi il s'agit, qu'on peut arriver à penser que nous sommes capables d'être nous-mêmes en dehors d'Erets Israël. Un Juif qui dit « mais on peut être juif partout dans le monde », c'est avoir une connaissance floue d'Erets Israël.
Vous connaissez certainement une phrase très célèbre: « Dieu est partout ». Rabbi Haïm de Volozhin, dans un livre très profond qui traite des secrets de la Torah, dit que cette phrase peut être la source de la plus grande émouna, et aussi la source de la plus grande hérésie. C'est un peu surprenant, d'accord ? Je vais essayer d'expliquer. Dire que Dieu est partout peut-il être la source de la plus grande hérésie ?
Et c'est bien ce qu'il dit. Nous allons comprendre pourquoi, et cela fait partie exactement de ce dont nous parlons. Met-on une mezouza à l'entrée d'une salle de bain ? « Dieu est partout », vous avez compris ? Met-on une mezouza à l'entrée des toilettes, que Dieu nous préserve ? « Dieu est partout », vous comprenez ? Peut-on offrir un sacrifice en dehors du Beit Hamikdash ?
« Dieu est partout » peut être la source de la plus grande émouna, si l'on comprend ce que cela veut dire. Cela peut être aussi la source de la plus grande hérésie. Je vais tout de suite expliquer la raison. En réalité, selon la Torah, on ne s'occupe pas de savoir où est Dieu, parce que Dieu est la source de tout. Selon la Torah, on s'occupe d'autre chose: où peut-on rencontrer la divinité ? C'est une tout autre question, une autre dimension.
L'homme ne doit pas se poser la question « où est Dieu ». C'est une question qui n'a aucun sens. Dieu est, Il laisse une place au monde; ce n'est pas le monde qui doit Lui laisser une place, ce n'est pas le monde qui doit faire une place à Dieu. C'est Dieu qui accepte de faire une place au monde. Donc « où est Dieu » ne veut rien dire pour l'homme.
Ce qui est très important pour l'homme, c'est dans quelles conditions il peut rencontrer la révélation de la divinité. Cela se rapporte à la kedoucha dont nous sommes en train de parler: la kedoucha de l'espace, la kedoucha de l'endroit. Erets Israël a en elle une kedoucha particulière. C'est marqué dans la Michna.
D'où vient cette kedoucha ? Du fait que Dieu l'a choisie pour se révéler. Comme le dit le Kouzari: il n'y a pas de prophétie en dehors d'Erets Israël. Cela veut dire qu'en dehors d'Erets Israël, on n'est pas dans les conditions voulues pour être en contact direct avec Dieu. Le contact direct avec Dieu s'appelle la prophétie: Dieu parle, et on l'entend. Si Dieu parle et que l'on ne l'entend pas, ce n'est pas de la prophétie.
Et qu'est-ce que cela veut dire pour l'homme, quand Dieu parle et que l'homme ne l'entend pas ? Rien du tout. Si je parle maintenant et que vous ne m'entendez pas, pour vous cela ne veut rien dire. Donc, pour l'homme, ce n'est pas important de savoir si Dieu parle; ce qui est important, c'est de savoir s'il peut L'entendre. Si je me trouve dans les conditions nécessaires, si je suis réceptif, je suis capable d'être le réceptacle de ce que HaKadosh Baroukh Hou veut transmettre. Pour cela, une des conditions est un espace, comme je l'ai expliqué tout à l'heure.
On est allé au Sinaï, non pas pour apprendre la Torah, mais pour rencontrer HaKadosh Baroukh Hou. La Torah nous a pris quarante ans à étudier dans le désert: pendant quarante ans, Moshé Rabbeinu nous a enseigné. On est allé au Sinaï pour rencontrer et entendre de vive voix Dieu, qui nous parle à travers ses dix paroles, les Aseret HaDibrot. L'essentiel de notre raison d'aller au mont Sinaï, c'est d'être capable d'entendre la parole.
Le Pharaon, en Égypte, affirme: Mais ici, on n'entend pas la parole de Dieu. Vous avez bien remarqué que Dieu ne nous a pas donné la Torah en Égypte. Cela aurait été quand même un peu plus facile. Pourquoi ? Où ça ? En dehors du Sinaï. Pardon, en dehors de l'Égypte. Où ça ? Dans le Sinaï. Pourquoi ?
Rabbi Yehouda HaLevi dit: parce que le Sinaï fait déjà partie d'Erets Israël. Et HaKadosh Baroukh Hou ne nous a pas donné la …
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