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Monde idéal et monde réel selon le Rav Kook

Le judaïsme refuse le choix entre idéal et réel : la Torah Chébéal Péh fait descendre le monde parfait dans notre monde.

17 min

Rav Yehouda Benishai

Ensuite : Élection d'Israël : judaïsme contre christianisme, 12 min

En bref

Le Rav Yehouda Benishai commente un paragraphe du Rav Kook sur la relation entre le monde idéal (Olam HaBa) et le monde réel (Olam HaZeh). Il montre que le judaïsme refuse à la fois le rejet de tout idéal, défendu par les Sadducéens, et le mépris du monde réel, et qu'il propose une troisième voie. Il explique que l'imperfection du monde vient de ce que la pensée divine n'est pas encore entièrement réalisée, et que le peuple d'Israël, associé à Dieu, doit la faire aboutir grâce à la Torah Shebe'al Pé.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous allons aujourd'hui étudier un paragraphe important qui se trouve dans la partie appelée Israël ou Triatho, Israël et sa renaissance, le paragraphe 11, Yod Aleph. Le sujet du paragraphe est d'expliquer qu'entre deux positions possibles, [00:39] au sujet de la relation qui existe entre un monde idéal et un monde réel, le judaïsme choisit une troisième option. Les deux positions possibles sont de penser que l'on peut vivre ce monde, le monde réel, sans un monde idéal.

Au cours des générations, cela s'est révélé historiquement. Par exemple, c'était l'idée des Sadducéens. Il y avait un élève d'Antignos, qui était à la fin de l'époque des Anshei Knesset HaGdola, des hommes de la Grande Assemblée, [01:52] qui est arrivé à la conclusion qu'il n'y a pas de Olam HaBa. Que veut dire qu'il n'y a pas de Olam HaBa ? Cela veut dire qu'il y a seulement un monde réel, celui que nous connaissons par l'essence, mais qu'il n'y a pas de monde idéal. Qu'il n'y a pas un monde où tout est parfait. Un tel monde n'existe pas. Et nos sages ont lutté longtemps [02:27] contre cette idée, jusqu'à pouvoir la surmonter. Ça n'a pas été chose facile, et les conséquences ont été graves.

La deuxième position que l'on peut envisager est que le monde dans lequel nous nous trouvons est un monde imparfait, qui est manquant, et qui ne trouvera [03:01] – et à dénigrer un monde qui est à dénigrer – et qui ne trouvera jamais, en fait, la possibilité de se parfumer. Nous sommes juste de passage dans un monde où le mal existe, et l'idée essentielle est de pouvoir un jour rejoindre le monde idéal, qui est le Olam HaBa. Ce Olam HaZeh est un monde que l'on vit parce qu'on y est obligé. [03:33] Si l'on pouvait y renoncer, cela aurait été préférable.

Rav Kook explique que l'apparition de la nation d'Israël dans le monde est en fait une intrusion du Olam HaBa dans ce Olam HaZeh. Et tout ce qui se rattache à la construction de cette nation, y compris au niveau [04:15] matériel, physique, concret, est en réalité une apparition du monde parfait tel que le Créateur l'a envisagé, l'a fait monter en pensée. En effet, il faut savoir que le monde que nous connaissons est un monde qui est venu après une pensée.

Bemachshava tchila. Il y a eu d'abord une pensée, la pensée divine, qui a conçu ce monde. Cette pensée a conçu un monde idéal. Pourquoi ? Parce qu'il est évident que d'un Dieu parfait, on peut attendre une idée qui soit parfaite. L'imperfection de notre monde ne vient pas de l'imperfection de l'idée qu'il a conçue. [05:21] Que Dieu nous préserve d'une telle pensée, c'est de l'hérésie: penser qu'un Dieu parfait a une idée imparfaite est tout à fait insupportable. L'imperfection de ce monde vient au contraire du fait que toute l'idée que Dieu a pensée de son monde n'est pas encore apparue, que l'idée complète a demandé du temps,

— Oui. Exactement.

Cela veut dire que la création n'est pas terminée. Et l'on a plusieurs allusions dans le texte de la création qui nous prouvent que la création n'est pas terminée. Comme nous le savons tous, le récit de la création se termine par la paracha de Vayekoulou HaChamayim veHaarets. Or, à la fin, le dernier verset du récit de la création est: Hachem, Bara Elohim La'asot. [07:01] C'est-à-dire que le premier verset est Béréchit Bara Elohim et le dernier verset Asher Bara Elohim La'asot. Il y a encore quelque chose à faire. La création, au niveau de la Bria, est déjà apparue. Mais au niveau de la Assia, de ce qui doit encore se faire concrètement jusque dans le Maassé, cela n'est pas terminé.

La deuxième allusion est un enseignement que nous avons reçu de notre maître, le Rav Yehouda Léon HaCohen Ashkenazi, appelé Manitou, qui nous avait fait cette remarque extraordinaire: à propos de chaque jour de la création, il est écrit Vayehi erev vayehi boker, yom echad; vayehi erev vayehi boker, yom chéni. Et voilà qu'arrive le dernier jour de la création, celui qui précisément va clôturer toute la création. [08:06] On aurait dû, une fois de plus, entendre Vayehi erev vayehi boker, yom chevi'i. Or, lorsque le Chabbat apparaît, aucun verset

de Vayehi erev vayehi boker, yom chevi'i ne le clôture. Cela veut dire qu'il y a ici le Chabbat de Dieu, mais qu'il n'y a pas encore le Chabbat de l'homme. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans le monde [08:37] où l'homme doit faire, doit agir. Il a été pris par Dieu comme associé, non pas pour penser le monde, car le monde a déjà été entièrement pensé par Dieu, mais pour réaliser la pensée de Dieu.

Évidemment, pour réaliser la pensée de Dieu, il fallait connaître la pensée de Dieu, et c'est pour cela que nous sommes allés au mont Sinaï. [09:09] La nation, le peuple d'Israël, pris comme associé par Dieu, a été amené au mont Sinaï pour que Dieu lui fasse la révélation de sa pensée idéale, de la conception idéale du monde. Et une fois que nous avons été les récepteurs de cette idée, nous ne pouvons plus nous dégager de la responsabilité de faire aboutir l'idée de la création. C'est quelque chose d'essentiel.

Dans ce paragraphe, le Rav rappelle une partie de la Torah qui est très particulière à Israël et qui s'appelle la loi orale, Torah Shebe'al Pé. Il explique ce qu'est la Torah Shebe'al Pé: c'est la Torah, la loi orale, qui va guider l'homme dans chacun de ses actes, [10:14] qui va lui indiquer, à propos de chaque démarche, quelle doit être la démarche que Dieu attend de l'homme. Non pas ce que l'homme arrive à concevoir de lui-même, mais ce que Dieu lui révèle qu'il attend de lui. Dieu

attend de l'homme telle démarche. [10:46] Et le but, évidemment, de cette Torah est de faire apparaître dans le monde de la réalité, dans le monde concret, l'idéal du Olam HaBa. Le Olam HaBa, c'est déjà le monde qui est réalisé. Et voilà qu'un rayon part, un rayon de lumière part du Olam HaBa, se révèle dans notre monde et guide nos pas. C'est ce que l'on appelle la Torah Shebe'al Pé.

Or, le peuple d'Israël est l'unique destinataire de la Torah Shebe'al Pé, de la loi orale. La loi écrite a été écrite, elle a été répandue, elle appartient en fait au monde entier. Tout le monde peut lire la Bible, tout le monde peut rencontrer l'idéal divin dans la Bible. [11:50] Mais il n'y a qu'une nation qui est capable de réaliser cet idéal de façon concrète. C'est pour cela que l'on trouve chez les nations ceux qui vont parler d'idéaux, mais qui n'ont pas trouvé le moyen d'indiquer à l'homme comment les réaliser. On trouve au contraire ceux qui ont désespéré de quelque idéal que ce soit. Toutes les idéologies ont échoué. Et alors, qu'est-ce qui reste ? Il ne reste qu'à vivre [12:22] ce monde dans lequel nous nous trouvons, une réalité parfois décevante, mais c'est ce qu'il y a.

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