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Élection d'Israël : judaïsme contre christianisme

Pourquoi le Rav Kook oppose l'élection irrévocable d'Israël à la thèse chrétienne d'un changement d'élection.

12 min

Rav Yehouda Benishai

Ensuite : La guerre, la force messianique et la Gueoula, 12 min

En bref

Le Rav Yehouda Benishai commente les paragraphes du Rav Kook consacrés à l'élection d'Israël, en opposant la conception juive du monde à la thèse chrétienne du remplacement d'Israël. Il montre que cette thèse suppose un changement dans le choix divin et une présence originelle du mal dans la création. Il explique enfin que l'élection d'Israël est un point de vérité et de pureté indestructible, qui se renforce avec le retour sur la terre d'Israël.

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## Le contexte du passage

Aujourd'hui, nous allons expliquer de façon générale pourquoi, dans tous ces paragraphes, le Rav Kook montre la différence qui existe entre la compréhension du judaïsme et la compréhension qui va servir de base à la civilisation occidentale. C'est une compréhension tout à fait différente du monde, et elle est le fruit de la thèse chrétienne. Les paragraphes qui s'appellent Israël sont consacrés à la démonstration que la chrétienté a essayé d'effacer le caractère particulier d'Israël, pour faire disparaître ce que Israël représente dans sa façon d'appréhender le monde et le rôle que l'homme a joué dans le monde.

Longtemps, on peut dire jusqu'à maintenant, le christianisme a voulu prouver que, bien qu'Israël ait été choisi en tant que peuple par Dieu, il y avait eu un changement de choix qui s'était produit. Or, cette thèse qui vient affirmer que Dieu a pu changer son choix d'élection est, du point de vue théologique, extrêmement grave. En effet, elle suppose que la volonté de Dieu puisse changer, et plus grave encore, qu'elle dépend en fait de l'attitude des hommes et de leurs conflits. Or il est évident que les choix divins sont des choix absolus.

Ils sont non seulement absolus, mais ils sont créatifs. Ce qui sous-tend cette thèse erronée, c'est qu'en fait le mal est inhérent à la création, et qu'on ne peut pas imaginer un monde où le mal ne serait pas présent. Donc, en fait, la perfection du monde est une perfection qui, d'une certaine façon, est une illusion. Quoi que l'on fasse, il y a une faute initiale, peu importe dans quel domaine elle se situe; il y a toujours une faute initiale qui précède la réalité du bien. Et quand le bien va vouloir faire progresser le monde et l'humanité vers quelque chose de meilleur, la faute initiale, qui est première, finira toujours par dominer et par mettre en état mineur l'idée du bien.

Il est évident que cette façon de concevoir le monde est une étrange façon de comprendre la Torah. En effet, à partir du moment où l'on reconnaît que le monde et l'homme ont été créés par Dieu, il est évident qu'un créateur parfait ne pouvait créer que quelque chose de parfait. Alors comment se fait-il que l'on trouve dans le monde le mal et l'imparfait ? La réponse est qu'il y a un temps qui doit se dérouler pour permettre à l'idéal de se révéler. Donc, en fait, nous dirons que le mal est le bien qui ne s'est pas encore entièrement révélé. Il n'y a pas de mal en tant qu'essence. L'essence de la création est essentiellement bonne, puisqu'elle est divine. Il n'y a pas d'essence du mal. Il y a le non-bien, le manque de bien, l'absence de lumière. Et la lumière…

## Israël, l'élection et la thèse qui veut l'effacer

Et, pour faire triompher sa thèse, elle a essayé, par tous les moyens, de faire disparaître l'idée d'un Israël absolu, c'est-à-dire qui a été élu, et dont cette élection est irréversible, définitive. Elle est ce qui est irréductible dans le monde, le bien qui est irréductible dans le monde. Comment prouver cette thèse ? Évidemment, en essayant d'effacer l'idée d'Israël lui-même.

Si Israël, en tant que peuple, disparaissait, on prouverait qu'il n'y a pas d'irréductibilité du bien, qu'il n'y a pas d'irréductibilité de l'élection divine. Malheureusement, nous, Israël, avons payé un lourd prix de cette idée fausse et grave. Nous avons dû, pendant de nombreuses générations, survivre dans des conditions extrêmement difficiles. Comme l'enseigne Maïmonide, les attaques lancées contre nous étaient des attaques physiques ou des attaques spirituelles, qui avaient en fait le même but: faire disparaître Israël de la scène mondiale.

Avec le retour d'Israël sur sa terre, apparaît à nouveau l'idée complète de la présence du bien, qui persiste, qu'on ne peut faire disparaître, qui est présent et qui, au contraire, va se renforcer. Le combat contre cette idée fausse de la possibilité de la disparition d'Israël n'est pas terminé. C'est un combat qui ne se terminera qu'avec le triomphe de la vérité, que ce qui est divin ne peut pas disparaître, que le côté divin de la création est irréductible, ineffaçable.

Cette élection d'Israël est en réalité le point de vérité qui se cache dans le monde et qui, quoi qu'il arrive, ne disparaîtra jamais. Cela est illustré, par exemple, à l'époque de Hanouka, par la petite fiole d'huile qui ne s'est jamais trouvée souillée. Il y a dans le monde toujours un point de vérité, un point de pureté qui est intouchable, et Israël représente cela au niveau des nations. Avec notre retour sur notre terre, nous avons donc ce rôle de renforcer l'apparition de cette idée, par l'intermédiaire de l'apparition de notre identité, qui concentre en elle le principe du bien dans le monde et le principe de la lumière dans le monde.

Malgré toutes les zones d'obscurité, petit à petit la lumière se fait. Et le roi David, dans le livre de Téhilim, nous annonce déjà, dans le paragraphe 85, que, petit à petit, finalement, la vérité finira par surgir de la terre. Il s'agit évidemment de la terre d'Israël. Shalom.

Cours d'Orot veKelim

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