Para Adouma et l'idée d'une vie sans mort selon Orot
Pourquoi la vache rousse purifie-t-elle de la mort ? Le Rav Kook y voit une expiation de la faute originelle.
Rav Yehouda Benishai
Ensuite : Monde idéal et monde réel selon le Rav Kook, 17 min
En bref
Le cours étudie un texte du Rav Kook (Orot, chapitre Israël Khiato) sur la raison de la mitsva de la vache rousse (Para Adouma), lue cette semaine avec la paracha de Choukat. Le Rav Yehouda Benishai montre que la vache rousse ne purifie pas seulement de l'impureté liée au contact d'un mort, mais expie la faute qui a introduit la mort dans le monde. Il oppose la vision pessimiste d'une faute originelle sans issue à la conception de la Torah, qui donne à l'homme les moyens de remonter à la source de la faute et de l'éviter.
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Ta'ab Shalah. Étant donné que nous sommes dans la semaine de la paracha de Choukat, qui parle du secret de la vache rousse, la Para Adouma, on va donc étudier un texte du Rav Kook dans le livre Orot, qui parle précisément du secret de la vache rousse. Dans le chapitre qui s'appelle Israël Khiato.
Le chapitre 10 concerne la raison de cette mitsva, ce qu'elle est censée faire apparaître dans le monde. Ce que le Rav explique, c'est qu'on peut considérer les défauts de ce monde comme des défauts qui sont inévitables au monde et insurmontables.
En fait, la création est apparue avec ses défauts, et ses défauts entraînent de la part de l'homme des forces qui font partie de son existence, qui font partie de son histoire. Et c'est pour ça d'ailleurs que, selon cette compréhension, les chrétiens expliquent
que toute l'histoire de l'homme a commencé par une faute, la faute originelle. C'est-à-dire qu'on ne peut pas concevoir l'histoire de l'homme sans faute. Et puisque cette faute apparaît en même temps que l'homme, il est clair qu'il ne peut pas y avoir d'homme sans faute, et que donc le monde n'a pas de véritable solution. Il n'a pas de solution à l'équation qui lui permette un aboutissement heureux.
Puisque depuis toujours, depuis que l'homme existe, la faute l'accompagne. Cette vision pessimiste de l'histoire de l'homme amène évidemment à une fin apocalyptique du monde. Puisque le monde n'arrive pas à se défaire de ses fautes, de ses erreurs, il est clair qu'un jour ce monde finira
par un échec, et que c'est seulement avec sa disparition que la faute disparaîtra aussi. Ce qui explique, entre autres, pourquoi le Messie a pu arriver dans un monde qui, en réalité, restait manquant, plein de défauts, et est arrivé dans un monde où l'espoir de l'homme n'est pas encore réalisé.
Parce que, en réalité, ça n'existe pas. C'est impossible. Les Havdis, par contre, le Rav explique que, selon la compréhension profonde de la Torah, l'homme a été créé avec la possibilité de la réussite. C'est vrai qu'a été pris en compte la possibilité de l'échappement. Mais la Torah a été donnée à l'homme pour remonter à la source de la force et pour
trouver le moyen d'éviter. C'est-à-dire que la Torah va donner à l'homme un instrument qui lui permet de remédier à la faute. Et elle va plus que ça: l'enseignement qui a été donné au Monsignor va plus que ça. Il va, en fait, donner à l'homme le moyen d'arriver jusqu'à l'origine de la faute et d'empêcher qu'elle ne se produise ou qu'elle ne se répète.
Et le secret de la vache rousse, qui d'ailleurs est appelé un sacrifice expiatoire aussi, alors que, a priori, la vache rousse intervient pour purifier l'homme de son impureté, due à un contact avec la mort.
En étudiant bien les données de la vache rousse, on s'aperçoit qu'il y a une dimension supplémentaire. L'eau que l'on prépare avec les cendres de la vache rousse s'appelait mé'hatat. Chatat, c'est un korban de kapara. Et nos sages nous disent que
la vache rousse permet l'expiation. De quelle faute s'agit-il ? Quand quelqu'un s'est rendu impur par un contact avec un mort, il s'agit en fait d'expier la faute qui a amené à la mort elle-même. L'impureté de la mort est le résultat d'un échec: c'est un échec que l'homme soit mort.
En réalité, l'homme n'était pas destiné à cela. L'homme, c'est le lien parfait entre l'âme et son corps. L'âme est éternelle, et l'âme aurait pu donner au corps cette qualité de l'éternité. C'est pour ça d'ailleurs qu'est prévue la résurrection des morts, parce que la mort ne peut pas être définitive en aucun cas, puisque la vie de l'homme contient en substance le principe de l'éternité, l'éternité de l'homme.
Donc il y a forcément une résurrection qui est à prévoir. Mais, en fait, on peut envisager une autre histoire, une histoire dans laquelle l'homme n'a pas besoin de renoncer, de passer par le passage de l'amour. La Para Adouma a donc un double sens. Elle a comme premier sens de purifier l'homme de la mort. C'est un fait pour le moment.
C'est un fait qui accompagne l'existence de l'homme. C'est une condition d'existence qu'à un moment donné il y ait un arrêt d'existence. Et ça, c'est un traumatisme grave. Ça a un effet néfaste que l'homme se trouve en présence ou au contact de la disparition de la vie, parce que cela laisserait croire que la vie peut s'arrêter, qu'il n'y a pas d'éternité. Il y a quelque chose d'extrêmement grave qui se passe
au niveau de la conscience de l'homme, de penser qu'en réalité l'âme n'est pas éternelle. Et il faut donc d'abord surmonter cette crise. La Para Adouma vient donc purifier l'homme de ce premier. Mais elle a un but plus profond: amener l'homme à la conscience d'une
possibilité de vie qui soit sans mort. En effet, on peut purifier quelque chose qui un jour était pur; on ne peut pas purifier quelque chose qui n'a jamais été pur. C'est-à-dire que purifier l'homme qui s'est rendu impur au contact de la mort, ça veut dire lui rendre son caractère premier, celui qui n'a pas connu la mort. Adam HaRichon, le premier homme, avant d'avoir fauté, n'a pas fauté. Avant de vivre une vie marquée par la mort, il a connu une vie où la mort n'existait pas.
La Para Adouma nous amène à ce niveau, à un niveau de vie qui soit total, où l'impureté de la mort n'existe pas. Pourquoi ? Parce que la faute qui amène à la mort a été surmontée.
Et c'est le but de la Torah. La Torah réclame de l'homme un effort immense au niveau moral, au niveau spirituel, mais en réalité elle lui assure l'essentiel: si l'homme arrive à ne pas tomber dans le piège de la faute, il a en fait la possibilité d'adhérer à quelque chose qui est total et éternel.
Il y a évidemment la techouva pour ceux qui ont échoué. Et il y a surtout l'idée, l'aspiration, l'idéal, de la possibilité d'une vie qui soit sans fin. Ça, c'est quelque chose de particulier à Israël. Zot Choukat HaTorah, c'est comme ça que commence la paracha de Choukat, qui est en fait la Choukat de toute la Torah. La Torah s'appelle Ets Haïm, c'est-à-dire l'arbre de vie. C'est-à-dire que, quand tu t'y attaches, tu reviens à l'idée initiale d'une vie qui est sans fin.
D'une vie qui n'a pas besoin de s'arrêter. D'une vie qui n'est pas entachée. D'une vie où le chet, la faute, n'existe pas. Et donc l'éternité est présente, et l'échec n'est que momentané. Il ne concerne qu'un segment de l'histoire de l'homme.
Et avec le long travail de la Torah pendant des milliers d'années, on finira par récupérer tous ces échecs-là et par revenir à l'idée de la possibilité d'une vie qui soit totale. Voilà ce que le Rav nous enseigne à propos de la Para Adouma dans ses Braquines d'Israël, Khyentor, Vayikra.
Cours d'Orot veKelim
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