Moshé monte, les anges s'étonnent : la Torah au Sinaï
Pourquoi Moshé craint les anges, et comment la montée vers le Sinaï révèle la Torah à l'homme.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Il n'y a pas de techouva chez les nations ?, 29 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun étudie la paracha Mishpatim à partir des passages qui préparent le don de la Torah au Sinaï, notamment les multiples montées et descentes de Moshé et de Hachem. Il montre que la Torah n'est pas une théologie abstraite mais la révélation du sens de l'histoire d'Israël, de la sortie d'Égypte jusqu'à la Gueoula. Il s'appuie sur le récit talmudique de Shabbat 88b, où Moshé répond aux anges qui s'opposent au don de la Torah en citant les commandements et en montrant que la Torah sert à élever le temps quotidien vers l'éternité.
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Tov, shalom. Ce n'est pas tous les Chabbat que nous arrivons à une paracha qui contient les dix commandements, Aseret HaDibrot. Il y en a deux dans la Torah: une dans notre livre de Chemot, dans la paracha de Yitro, et une autre, bien qu'avec pas mal de différences, dans la paracha de Vaét'hanan, du livre de Devarim.
Ces parachiot sont tellement centrales, tellement denses, qu'elles ont donné lieu à quelques minhagim, quelques coutumes particulières, même si ces minhagim sont parfois remis en question. C'est le cas, par exemple, de celui qui a cours essentiellement dans les communautés ashkénazes, de se lever au moment de la lecture des dix commandements.
Cela pose un certain problème halakhique, dans la mesure où cela signifierait que telle phrase ou tel mot de la Torah est plus important que tel autre. Or, c'est à la fois vrai et pas vrai, car toute la Torah, on en parlait la semaine dernière, est appelée Shira, un cantique de louange pour Dieu. Nous n'avons donc pas l'habitude de nous lever pendant la lecture des dix commandements. Mais nous avons par contre l'habitude de les lire avec des taamim particuliers, avec des signes de cantillation, qui sont d'ailleurs très beaux à part ça, mais surtout qui élèvent l'âme et qui élèvent la compréhension de ce que nous lisons.
Ce dont je voudrais vous entretenir aujourd'hui, c'est plutôt ce qu'est la Torah pour Israël, au centre de laquelle se trouvent les dix commandements. Au centre des dix commandements se trouve le premier mot du premier commandement, qui, quelque part, contient les dix commandements, ceux-ci étant une espèce de substrat de toute la Torah. Le premier commandement est comme un substrat de l'ensemble des dix, et le premier mot est comme un substrat de ce commandement tout entier: Anokhi.
Anokhi, dont les sages ont dit que c'est un notarikon. Le notarikon, c'est ce qu'on appelle en français un acrostiche. La Guémara demande d'où l'on apprend qu'on a le droit d'utiliser la méthode de l'acrostiche dans la Torah. Elle répond: d'ici, de Anokhi, qui est l'acrostiche de l'expression araméenne Ana Nafshi Ktavit Yehavit: « C'est moi, dit Dieu », Ana, Ani, Nafshi, mon essence même, Ktavit Yehavit, je l'ai écrite et je l'ai donnée.
Nous allons donc essayer de voir comment la Torah est précisément le mode de relation de Dieu à l'homme, plus particulièrement à son peuple, et à travers lui à l'homme en général. Comment est-ce qu'il s'agit d'une révélation de ce qui fait que Dieu n'est pas seulement un créateur, comme on va le voir, mais qu'il est un Dieu qui est présent dans l'histoire elle-même. Ce sera le thème central de notre étude.
Avant cela, je voudrais attirer votre attention: notre étude va commencer non pas au début de la paracha mais au chapitre 19. Au début du chapitre 19, on va trouver une série, une vingtaine de versets qui sont, si vous voulez, les préparatifs au don de la Torah.
Chapitre 19, verset 1: c'est-à-dire le troisième mois de la sortie des enfants d'Israël du pays d'Égypte. En ce jour-là, vous voyez qu'on ne dit pas d'ailleurs quel jour, précisément. En ce jour-là, ils sont venus au désert du Sinaï. Le troisième mois, là…
La Guémara dit dans le traité de Menahot que tout va par trois à propos de la Torah. C'est un ensemble de trois livres, Torah, Nevi'im, Ketouvim, qui ont été donnés au troisième mois, à un peuple qui est triple: Kohanim, Lévi'im, Israël, etc. Et bien sûr, la dimension trois est une dimension extrêmement centrale. Ça va être aussi notre sujet. Car un, c'est l'être absolu, total, qui contient tout. Deux, c'est lorsque l'être total, dans sa grande générosité, a voulu avoir un alter ego: le Créateur va créer la créature. Trois, voilà qu'il va y avoir un dialogue, une solution, un troisième terme si on peut dire, qu'ils vont créer ensemble et qui leur permettra d'avoir une relation fructueuse. Donc, tout va par trois.
Au niveau de la Torah, retenons cela. À partir de ce verset 1 du chapitre 19, on va avoir toute une série de versets qui, vous allez le voir tout de suite, vont utiliser deux verbes antithétiques l'un de l'autre: Olé et Yored. Pendant une vingtaine de versets, on va parler d'une série de montées et de descentes, à la fois de Moshé et, kivayakhol, comme on dit en hébreu, pour ainsi dire, de Dieu lui-même. Nous allons devoir nous demander pourquoi tant de montées et de descentes, et ce que cela signifie pour nous.
Je ne lis pas tous les versets, ce serait trop long, mais nous faisons juste des incursions dans ces versets particuliers. Verset 3: Oumoshe ala el Ha-Elohim. Premièrement, Moïse va s'élever, monter, vers Ha-Elohim. Ensuite: Vayikra elav Hachem min Hahar, Dieu l'appela depuis la montagne, pour lui dire un certain nombre de choses. Je saute un petit peu, et j'en arrive au verset 12. Après ces choses que Dieu lui a dites et que Moshe rapporte aux enfants d'Israël, au verset 12, voilà que Moshe, parlant maintenant au peuple, leur dit: Hichamrou lakhem alot bahar ve-al tig'ou bik'tzehou: faites très attention de ne pas monter sur la montagne et de ne pas en toucher l'extrémité. Moi, je dois monter, mais vous, pour l'instant, faites très attention de ne pas y monter.
Par contre, au verset suivant, à la fin du verset 13: Bimchokh hayovel hemah yaalou bahar, seulement lorsqu'on sonnera de la corne, alors ils pourront monter sur la montagne. Il y a donc une importance extrême, et une vigilance extrême, à ne pas monter quand on n'est pas préparé, et à monter quand on est digne de monter, quand c'est le temps, quand c'est la personne adéquate.
Verset 14: Vayéred Moshé min Hahar el Haam. Moshé était monté lui-même, et il est descendu de la montagne vers le peuple, pour ne pas prendre trop de temps, mais pour expliquer ce qui viendra ensuite. Nous saurons plus tard, lorsque Moshé va monter recevoir la Torah, et lorsque la paracha de Ki Tissa nous racontera la faute du Veau d'or, dont nous parlerons le moment venu.
Là-bas, il est écrit que Moshé étant monté, Dieu lui dit: « Lekh rèd, va, descends, ki shihet amkha, car ton peuple a fauté. » Dans la descente de Moshé vers le peuple, Rachi nous indique, de façon très précise et très brutale: Red, descends, ki shihet amkha, car ton peuple a fauté. Rachi dit: Red mi-gedoulatkha, pas seulement descends de la montagne, mais descends de ta grandeur. Ki lo natati lekha gedoula ela bishvilam, car je ne t'ai donné de grandeur, dit Dieu à Moshé, que pour eux. Et si ce n'est pas pour eux, alors ta grandeur m'est inutile, pour ainsi dire.
Il y a déjà une prémonition de cela dans le verset que nous venons de lire, le verset 14. Vayéred Moshé min Hahar el Haam: Moshé est donc bien entendu conscient de cette importance, comment dire, de la présence du juste, du sage, de la présence de l'homme, Moshé, *Kazé Moshé …
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