Vezot Haberakha et la lettre propre de chacun
Moïse révèle à chaque tribu son identité et le tikkoun qui lui manque, avec l'exemple du Gaon de Vilna et de Yehouda.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Le mois d'Aviv et la sanctification du temps, 46 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente la paracha Vezot Haberakha, qui clôt la Torah, et les bénédictions que Moïse donne aux douze tribus avant sa mort. Il montre que chacune de ces bénédictions révèle à la fois l'identité propre de la tribu et la réparation (tikkoun) qui lui manque. Il s'attarde sur Dan et Yehouda, dont les bénédictions utilisent la même image du lionceau (gour arié), mais avec des nuances différentes selon le Targoum Onkelos et Rachi.
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Parachat Vezot Haberakha, nous voilà arrivés, avec une certaine émotion, à la dernière paracha du Chumash. Lorsque nous lirons cette paracha le jour de Simhat Torah, nous ne manquerons pas de terminer la lecture de la Torah et de la recommencer immédiatement, avec les premiers passages de la paracha de Béréchit.
Car nous savons que ce que l'on appelle en hébreu Maassé sofo bitehila, c'est-à-dire que la fin est inscrite dans le début. La lecture de la Torah n'est pas une lecture qui se termine. Elle évolue, elle s'approfondit d'année en année, c'est une lecture qui évolue d'une année sur l'autre.
Je me rappelle que lorsque le Rav Tsvi Yehouda Kook entendait une question du style, en hébreu, Ma katouv ba ketsat, et cela veut dire: qu'est-ce qui est écrit dans ce passage ? Le mot ketsat vient de liktor, qui veut dire couper. Alors il faisait mine de se mettre en colère, et ensuite il éclatait de rire en disant: « Et bien, vous savez bien qu'il n'y a pas de ketsat dans la Torah. La Torah n'a pas un début et une fin. La Torah, c'est comme la vie, qui est une source jaillissante. » Par conséquent, lorsqu'elle se termine, elle renaît immédiatement du dedans même de la perfection et de la plénitude de la fin.
Alors la paracha Vezot Haberakha, aussi petite en quantité qu'elle soit, est extrêmement dense, car elle comprend d'abord et avant tout les brachot. On a l'habitude de dire les bénédictions, mais disons deux mots tout de suite sur ce que cela signifie ici: les brachot données par Moïse avant sa mort à chacune des douze tribus. Quand on dit « les bénédictions données à Moïse », ce n'est pas tout à fait proche de la réalité.
Les brachot qui sont ici, de façon générale, lorsqu'on va chez un Rav et qu'on lui demande une bracha, ça vous est arrivé ? Il y a des gens qui vont… Il y a toutes sortes d'écoles là-dedans. Voilà, je vois que tu te prends pour le rêveur du coin et tu donnes une bracha à Nathanel. Mais je crois qu'il faut aller plus loin.
On raconte à propos du Gaon de Vilna que lorsque quelqu'un venait lui demander une bracha, il ne lui en donnait pas. Mais, par contre, il ouvrait le Tanakh, le Chumash, et il lui disait: « Voilà, c'est ça, ta lettre dans la Torah. » Vous savez qu'il y a 600 000 lettres dans la Torah ? Oui, je vois que tu secoues la tête, pourquoi ? Plus ou moins. En fait, c'est beaucoup moins que cela. Quand on a commencé à les compter, on n'a pas trouvé 600 000, on en a trouvé 300 et quelques mille.
Or il est écrit dans des livres anciens qu'il y a 600 000 lettres dans la Torah, exactement comme le nombre des Hébreux qui sont sortis d'Égypte, le nombre fondamental, constitutif du peuple juif. Il y a évidemment une grande question: pourquoi dit-on 600 000 alors qu'il n'y en a que 300 et quelques ? Ce n'est pas la question que nous traiterons maintenant. Il y a à cela énormément de réponses, mais ce n'est pas notre propos. Ce qui est sûr, c'est que le chiffre fondamental de 600 000, les 600 000 âmes constitutives du peuple d'Israël, trouve chacune sa source d'âme dans une des lettres de la Torah.
C'est cela, apparemment, que faisait le Gaon de Vilna: au lieu que la personne cherche pendant toute sa vie, et peut-être pour certains pendant plusieurs vies, quelle est la source de son âme, c'est-à-dire son équation personnelle profonde, sa définition d'identité, qu'on peut dire de toutes sortes de façons différentes, il lui révélait sa lettre dans la Torah, celle pour laquelle, pour ainsi dire, il est né à l'intérieur du peuple d'Israël, pour se réaliser et la réaliser en même temps.
C'est tout à fait ce que fait ici Moïse, mon cher Abeinu, avant sa mort, par rapport aux douze tribus. Il va révéler à chacune des douze tribus quelle est sa dimension personnelle, sa coloration propre à l'intérieur de la communauté d'Israël. Et en faisant cela, comme on va le voir tout de suite à propos de Dan, il ne fait pas que révéler son identité propre, mais en même temps il lui révèle quel est le tikkoun qu'il doit faire, qu'est-ce qu'il doit réaliser qui lui manque.
Car dire à quelqu'un ce qu'il est, c'est très bien, mais dire à quelqu'un ce qu'il n'est pas encore, mais qu'il devrait être, qu'il pourrait être, c'est encore beaucoup mieux, car cela s'appelle donner un sens à son existence. D'accord ?
Chapitre Lamed Gimel 33, verset Kaf Bet 22. La bénédiction donnée par Moïse à la dernière des tribus. Ici, elle n'est pas la dernière: il y en a d'autres après. Mais le plus souvent, lorsqu'on nomme l'ensemble des douze tribus, Dan se trouve en dernier. Il se trouve en dernier dans la traversée du désert, il se trouve en dernier dans la liste des Nessiim, des princes de tribus qui ont apporté les offrandes. Dans beaucoup d'endroits, Dan est appelé Hame'assef lekol hamahanot.
Celui qui va fermer la marche, l'arrière, comment on appelle ça ? L'arrière-garde. Et dans tous les sens du mot, au propre comme au figuré. Dan, comme on va le voir tout de suite, sont des personnages qui sont, si on peut mettre ça au goût du jour, de vaillants soldats. Celui qui est à l'arrière-garde, vous savez comment c'est à l'armée: c'est aussi celui qui va ramener les traînards, ceux qui sont fatigués. Et sans aucun doute, c'est le rôle de Dan.
Mais en même temps, c'est un rôle dangereux, parce qu'être à l'extrémité, être en arrière, être en dernier, c'est aussi être vulnérable. Lorsque Amalek va s'attaquer au peuple d'Israël, dans la paracha de Béchalah, immédiatement après la traversée de la mer Rouge, c'est d'abord et avant tout HaNeheshalim Acharekha, ceux qui sont à la traîne, dont la tribu de Dan, qu'il va attaquer, car ils sont plus vulnérables.
Voyons la bénédiction, la définition que Moïse donne à Dan, et qui lui donne aussi en même temps, comme on l'a dit, une capacité, une volonté de tikkoun, de réparation de la dimension qui lui manque. Il est écrit: Oule Dan amar, et à Dan il a dit: Dan gour Arié. Qu'est-ce que c'est, Gour Arié ? Arié, vous savez, cela veut dire un lion. Et gour, cela veut dire un petit. Gour Arié, c'est un lionceau. En hébreu moderne, un gour hatoulim, cela veut dire un chaton. Gour, c'est un petit. Il lui a donc dit: Dan, tu es un lionceau. Yezanek mina Bashan, qui va prendre son élan depuis Bashan. Bashan, c'est la région du Golan, la région de l'autre côté du Jourdain.
Sans rentrer encore vraiment dans la compréhension détaillée et les questions que cela pose, Dan va prendre possession, d'après les commentateurs, de la région qu'on appelle aujourd'hui, sur la carte d'Israël, Tel Dan. Vous savez, cette région tout à fait au nord d'Israël, qui vient d'être largement bombardée par nos ennemis …
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