Il n'y a pas de techouva chez les nations ?
Pourquoi la sagesse naturelle ne suffit pas, et ce que le livre de Yonah dit de la techouva des nations.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Israël et la Torah : qui est plus grand ?, 33 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun explique, à partir de la parasha Shemot et du passage sur la sagesse naturelle (Chokhmah), pourquoi la techouva ne se conçoit pas sans la Torah : c'est Hakadosh Baroukh Hou lui-même qui révèle la possibilité du repentir, et non la raison humaine. Il examine le livre de Yonah, où les habitants de Ninive font une techouva spectaculaire mais superficielle, puis oppose cette repentance extérieure à la techouva profonde d'Israël, enracinée dans l'âme. Il conclut en lisant le Maharal de Prague, pour qui la nuque raide d'Israël est aussi la force qui permet une techouva plus profonde, celle de l'intelligence (sechel) et non seulement du sentiment.
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Pour relier un peu les choses avec ce que vient de dire le Rav Simsovic: quand on a demandé à la Chokhma, Chotem Ono, celui qui a fauté, quelle est sa punition, on a répondu Chataïm tirdof ra'a.
C'est-à-dire que celui qui a fauté contre la sagesse naturelle en supportera les conséquences. Je ne sais pas, moi, il a mangé de la harissa toute sa vie. C'est bon, c'est très bon. Et à l'âge de quarante ans, il commence à avoir non pas seulement de l'obésité, mais un ulcère.
Et c'est bien fait pour lui, dit la sagesse naturelle, la Chokhma. On n'était pas content de cette réponse, on cherchait autre chose. Finalement, comme il a été dit, on est allé demander à la Torah. Il y a deux versions, d'ailleurs. Dans une version, on est allé demander à HaKadosh Baroukh Hou lui-même; là, on saute directement à HaKadosh Baroukh Hou. En tout cas, l'un des grands d'Israël dit…
Eh bien, c'est de là qu'on apprend, et c'est le sujet que je vais développer dans la demi-heure que j'ai devant moi: c'est de là qu'on apprend qu'il n'y a pas de techouva chez les goyim. Car la Chokhma n'a pas présenté cette possibilité de faire techouva de la faute qui a été commise, sous aucune forme.
Il a fallu atteindre la Torah, mais surtout HaKadosh Baroukh Hou, bi-revodo ou be-atsmo, par lui-même, pour arriver à entendre la possibilité – impossible, comme il a été dit – de techouva. Donc, de là, une des sources, parmi beaucoup d'autres dans lesquelles on trouvera que… sauf – on peut le formuler de différentes façons – j'ai…
Un petit recueil ici d'au moins une quinzaine de sources différentes, de toutes les époques, qui chacune à sa manière diront que la techouva n'existe pas chez les nations. Alors vous me direz: mais qu'est-ce qu'ils font tous les dimanches à l'église ? C'est-à-dire, à part donner un chèque au curé, je veux dire. Un pater, trois ave, hein ? Ils mangent le corps, etc. C'est-à-dire…
Non, il y a – on va voir dans certains commentateurs, nous verrons par exemple le texte classique sur ce sujet: y a-t-il une techouva possible chez les nations ? Je vous dis tout de suite que mon propos n'est pas tellement de nous intéresser aux nations, bien que nous sachions – je peux avoir peut-être le livre noir là-bas, c'est un livre secret – que ça s'appelle le livre de Yonah. Ceux qui me connaissent savent que c'est un de nos livres favoris,
surtout à la veille de Kippour. Rabbi Yehuda m'a rappelé que, il n'y a pas longtemps, il a réécouté un cours que nous avions donné il y a de nombreuses années. Et dans le livre de Yonah, aussi étonnant que cela paraisse, Dieu s'intéresse aussi aux goïm. Puisqu'il envoie Yonah prophétiser vers la ville de Ninive, la capitale de l'Empire du Nord, de l'Empire d'Assyrie, Achour. Nous verrons que, par l'intermédiaire…
…c'est bien à Israël, et à Israël de toutes les générations, que Dieu veut parler. N'empêche que, en attendant, on a gagné quelque chose contre cette espèce de tirouts, comment dit-on, cette espèce de raison invoquée par les goyim et les chrétiens en particulier, de toutes les générations.
En invectivant les juifs, qui sont un peu, vous savez, casaniers et qui ne s'intéressent pas aux autres, le Dieu d'Israël – pas seulement celui de la Bonne Nouvelle, mais le Dieu d'Israël – s'intéresse semble-t-il aussi à toutes les créatures. Mais à des degrés différents, comme on va le voir. Et vous me direz: mais enfin, comment peut-on dire qu'il n'y a pas de techouva chez les goyim ?
Tout le texte et tout le thème du livre de Yonah, c'est justement que Dieu envoie Yonah à Ninive, et que finalement ils vont faire une techouva qui semble véritablement exemplaire. Puisque le temps est court, et que mon petit papier est resté là-bas – non, pas celui-là, mais l'autre. Merci. Voilà.
Je prends quand même le temps de prendre un certain nombre d'éléments. C'est bien celui-là ? Quoi ? Bon. Ce n'est pas ça ? On va le retrouver certainement tout de suite. Les gars, le voilà, le voilà, le voilà. Où se trouve-t-on donc ? D'un côté, nous affirmons qu'avec des formulations diverses, l'ensemble des grands d'Israël ont déjà diagnostiqué qu'il n'y a pas de techouva chez les goyim.
Nous affirmons aussi que cela ne nous intéresse que dans une mesure relative, puisque notre propos, c'est la techouva d'Israël; mais il y a bien sûr une interaction entre Israël et les nations, et c'est en comparaison, en antinomie, entre l'un et l'autre, que l'on va essayer de comprendre ce qu'est la techouva en Israël.
Vous savez qu'il y a un des élèves de Rachi, qui s'appelait… le Mahzor Vitry; vraisemblablement il vivait là-bas, au sud de Paris: Rabbi Simcha de Vitry. Eh bien, le Mahzor Vitry écrit, dans les lois de Yom Hakippourim, qu'on lira le Maftir Yonah à Kippour. Pourquoi ? À cause de la techouva des gens de Ninive.
Et on peut se demander: après le happy end du troisième chapitre de Yonah, là où l'on voit que la ville de Ninive a fait une techouva apparemment exemplaire, pourquoi y a-t-il encore un quatrième chapitre ? Et dans ce quatrième chapitre on ne parle plus du tout de Ninive, mais de Yonah lui-même et de sa réaction, extrêmement désabusée, par rapport à la techouva des gens de Ninive.
Laissons maintenant ces introductions et passons au vif du texte lui-même. Je prendrai quelques exemples, simplement, sur la base d'une connaissance bien entendu: tout un chacun ici connaît par cœur le livre de Yonah. Je prendrai quelques exemples pour expliquer comment on peut lire le texte non pas différemment, mais, au contraire, comme il est écrit.
Dans le chapitre 3, nous apprenons que Yonah, malgré lui, est allé, finalement la deuxième fois, à Ninive, et qu'il a commencé à porter la bonne parole. On a appris que la ville fait trois jours de marche; lui n'est rentré qu'un jour de marche. Et voilà que les habitants de Ninive, malgré la mauvaise grâce de Yonah, vont immédiatement être bouleversés par ce qu'il dit.
Parenthèse: il y a même un des commentateurs qui va jusqu'à dire – je dis « même » parce que Yonah lui-même n'y mettait certainement pas beaucoup de bonne volonté, lui qui, je vais tout de suite au fait, ne croit pas à la techouva des goyim, et peut-être – mais ça c'est un peu moins notre propos aujourd'hui – peut-être ne croit-il pas du tout à la techouva. Lui qui représente et incarne plus que tout autre prophète la vertu de rigueur, la midat ha-din divine, celle qui dit à Dieu: mais enfin, tu pardonnes toujours. Tu es un Dieu, comme on disait en ancien français, pardonneux – E-U-X, c'est ce mot. Tu pardonnes toujours.
Et donc, heureusement que je suis là, dit Yonah. Heureusement que je suis là pour défendre ta vertu de rigueur et de justice. Parce que sinon, tout le monde va …
Cours d'Orot veKelim
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