Le veau d'or et la vache rousse : deux portes de la Torah
Pourquoi la paracha Para précède Pessah, et comment la purification de la mort prépare le retour d'Israël.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Moshé monte, les anges s'étonnent : la Torah au Sinaï, 46 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente la haftarah de Parachat Para, extraite du chapitre 36 d'Ezekiel, qui décrit comme une seule trajectoire l'exil d'Israël, la profanation du nom de Dieu qui en résulte, puis le retour sur la terre et la purification finale. Il montre que la paracha de la vache rousse, qui purifie de l'impureté de la mort avant le Pessa'h, trouve son écho collectif dans les eaux pures que Dieu versera sur son peuple revenu en Erets Israël. Il s'appuie sur Abraham Livni pour expliquer que le sort d'Israël engage la connaissance de Dieu par toutes les nations, et conclut par la Megillat Esther, où le nom divin n'apparaît pas mais se laisse lire en filigrane.
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Bonjour tout le monde. J'ai choisi aujourd'hui, non sans hésitation, de ne pas vous parler de la paracha, en tout cas pas de la première que nous allons lire, puisque nous sortons, Chabbat, deux Sifrei Torah et nous allons lire deux parachiot.
La première, celle qui suit le cours habituel, c'est la paracha de Ki Tissa. C'est une paracha, bien entendu, extrêmement importante et extrêmement riche. Cela dit, je voulais saisir l'occasion de la paracha qu'on appelle Para, et que l'on va lire dans le deuxième Sefer Torah. Vous savez que pendant la période entre Pourim et Pessa'h, les Sages ont institué la lecture d'un deuxième passage de la Torah, pendant quatre Chabbatot, pas consécutifs exactement, mais sur une période d'un mois et demi environ.
Rappelons très rapidement de quoi il s'agit. Le premier Chabbat particulier, ce qu'on appelle les Arba Parashiot, les Quatre Parachiot, c'est le Chabbat Chekalim, qui précède Roch Hodech Adar. On lit alors le passage concernant le don que chaque personne d'Israël doit donner, un demi-chekel d'argent, Mahatzit HaChekel, pour l'entretien du Temple, pour l'entretien du Tabernacle auparavant, et en particulier pour l'achat des korbanot, des sacrifices.
Le Chabbat qui précède Pourim, on lit la paracha de Zachor: Zekhor et asher assa lekha Amalek, souviens-toi de ce qu'Amalek t'a fait lorsque tu es sorti d'Égypte. Car Pourim, c'est Haman, de la descendance d'Amalek. Ensuite, on saute le troisième, qui est justement le nôtre, et on arrive au quatrième et dernier.
C'est un Chabbat particulier, une paracha particulière, qu'on appelle la paracha HaHodesh, dans laquelle on lit le chapitre 12 de Chemot, de l'Exode: HaHodesh hazeh lakhem rosh chodachim, ce mois-ci sera pour vous le premier des mois. Ce Chabbat-là est soit le Chabbat de Roch Hodech Nissan, au cas où Roch Hodech Nissan tombe un Chabbat, soit le Chabbat qui précède immédiatement Roch Hodech Nissan. Mais le Chabbat qui précède la paracha HaHodesh, on lit la Parachat Para.
Qu'est-ce que cette paracha qui concerne la vache ? Ce n'est pas une vache qui rit, c'est la vache rousse. Dans la paracha de Houkat, on commence l'épisode de la vache rousse, un épisode très mystérieux, Houka, un épisode qui demande une étude extrêmement approfondie, et qui concerne la purification du peuple d'Israël de ce qu'on appelle Tum'at Met, l'impureté de la mort.
La mort est considérée comme une dimension de rupture, la rupture par excellence. Le mot tamé, que l'on traduit par « impur », implique dans sa consonance, dans sa signification hébraïque profonde, une dimension de rupture. Par exemple, tamé s'écrit tet, mem, aleph. Si on rejoint le tet et le aleph en valeurs numériques, 9 et 1, cela fait 10, cela fait youd, et on trouve le mot mi. Mi veut dire qui, quelqu'un, une personne. Lorsque cette personne est en rupture avec elle-même, en rupture avec la vie, cela s'appelle tamé.
C'est pour cela que le prototype de l'impureté, ce qu'on appelle av avot hatouma, le père des pères de l'impureté, c'est la mort, parce que c'est le prototype de la rupture entre le corps et l'esprit, entre l'âme et son véhicule qui est le corps. Il y a à cela une réparation possible: lorsque le Temple existe, lorsque le Tabernacle existe, l'homme, Israël, peut se purifier de cette impureté de la mort qui l'empêche de participer à la vie du Temple.
C'est pour cela qu'on lit la paracha de Para avant la paracha de HaHodesh, qui précède Pessa'h, qui précède le Korban Pessa'h, le sacrifice de l'agneau pascal. Pour pouvoir consommer le Korban Pessa'h, il faut d'abord se purifier de l'impureté de la mort, car le Korban Pessa'h est constitutif de l'identité nationale d'Israël. Celui qui est tamé met, impur, celui qui est en état de rupture, est considéré comme ne pouvant pas participer à ce festin national, familial en tout cas, du sacrifice de l'agneau pascal. Voilà, en gros, le schéma des quatre parachiot, et voilà pourquoi…
Ce Chabbat, nous allons lire, en plus de la paracha de Ki Tissa, la paracha de Para, donc au début de la paracha de Houkat du livre de Bamidbar. C'est là que nous étudierons les moyens qui nous sont réservés, lorsque le Temple sera reconstruit bientôt, si D.ieu le veut, pour nous libérer de cette espèce de handicap qui s'appelle l'impureté de la mort, grâce à l'aspersion de l'eau et des cendres de la vache rousse.
Mais aujourd'hui, je voudrais me consacrer à la haftara de Para. Vous savez très bien qu'après chaque paracha on lit un passage des Prophètes, qu'on appelle haftara, du mot niftar, patour, qui veut dire prendre congé de la paracha. Ce passage est toujours un chapitre des Prophètes, qui a trait à la paracha, et pas seulement, comme on a parfois tendance à le dire, un petit verset ou un petit mot qui sonne un peu comme la paracha. En général, il faut s'efforcer de découvrir, à travers l'ensemble de la haftara, en quoi elle est reliée à la paracha. Ici, les choses sont relativement aisées, puisque nous avons dit que la paracha s'occupe…
…des retrouvailles de chaque membre du peuple d'Israël avec une dimension de pureté, c'est-à-dire de réconciliation par rapport à la rupture de la mort, de réconciliation entre les différents niveaux de la personnalité. Cela s'appelle tahara, purification. Mais cela, c'est au niveau individuel de chacun des membres d'Israël. Dans la haftara, nous allons lire un chapitre, le chapitre 36, ou en tout cas une partie du chapitre 36 d'Ézéchiel.
Le prophète Ézéchiel, dans ces chapitres 36, 37, 38, est en train de nous dévoiler, d'une façon quasi explicite, alors qu'en général ces choses-là sont ésotériques, cachées. Il va nous dévoiler les étapes de l'ère messianique, les étapes de la fin des temps. Et c'est cela le lien entre la haftara et la paracha: comment le peuple d'Israël, exilé de sa terre, va se rendre impur, et comment, en revenant d'ailleurs impur en Erets Israël, il va être pris en main, si l'on peut dire, par D.ieu lui-même, qui va s'occuper de purifier son peuple revenu sur sa terre.
Exceptionnellement aujourd'hui, nous allons lire, et traduire, une bonne partie de ce texte du chapitre 36. Comme je le disais, Ézéchiel nous fait ici une faveur: pratiquement, il n'y a pas besoin d'ajouter ni de commenter quoi que ce soit. Il suffit de comprendre les versets tels qu'ils sont écrits. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poser. Cela commence un peu au milieu du chapitre 36. Si on a le temps tout à l'heure, on verra ce qu'il y avait avant, pour arriver à notre haftara.
La haftara commence par les mots suivants: Vayehi davar Hachem elay lemor, la parole de D.ieu s'adressa à moi, dit le prophète Ézéchiel, pour dire aux générations. Vous vous rappelez ce que veut dire lemor ? Ce n'est pas « il a dit pour dire », comme on traduit d'habitude, mais « pour enseigner aux générations ». Ce n'est pas seulement…
Ben Adam, fils de l'homme. Ben Adam est une expression qui revient souvent chez les prophètes, pour dire: tu es, quelque part, le prototype de l'homme qui est en …
Cours d'Orot veKelim
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