Le silence de Dieu et la vache rousse dans Bamidbar
Pourquoi Bamidbar passe de la deuxième à la quarantième année, et comment la vache rousse porte l'espoir de la Gueoula.
Rav Élie Kling
Ensuite : Pourquoi les Hébreux refusent-ils la manne ?, 7 min
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Shalom à tous. On entame aujourd'hui le quatrième livre de la Torah, le livre de Bamidbar, qui, comme son nom ne l'indique pas, ne nous raconte pas l'histoire des quarante années de pérégrination de nos ancêtres dans le désert. Bamidbar, ça veut dire « le désert ». Mais en fait, on ne parle que de la deuxième année et de la quarantième. La première année, c'est le livre de Chemot qui décrit les péripéties. La deuxième année occupe toute la première partie du livre de Bamidbar, depuis le chapitre 1 jusqu'au chapitre 18. Et ensuite, à partir du chapitre 20, on nous raconte ce qui s'est passé la quarantième année.
Ça commence par la mort de Myriam, et jusqu'à la fin de ce qui se passe lorsque les Hébreux se retrouvent à la porte d'Erets Israël. Alors, qu'est-ce qui s'est passé pendant les 38 années intermédiaires ? Eh bien, rien. Il n'y a rien à raconter. C'est tout ce que vous savez sur nos ancêtres, tout ce que vous avez en tête comme anecdotes, comme péripéties, comme ce qui s'est passé: les révoltes, les choses sympathiques et les choses moins sympathiques. Ou bien ça s'est passé pendant la première et la deuxième année, ou bien ça s'est passé pendant la quarantième année. Mais entre les deux, il ne s'est rien passé.
Il n'y a même pas eu de mitsvot. C'est-à-dire que Dieu ne parle pas à Moshé pour lui dire: dis-leur de faire ci ou dis-leur de faire ça. Rien. Comme si Dieu se taisait. Et pourquoi se tait-il ? Parce qu'il est fâché, tout simplement. Il est fâché, évidemment, à cause de cette histoire des explorateurs qui a complètement changé l'ordre des choses. Normalement, il s'agissait de sortir d'Égypte pour entrer quelques mois plus tard en Israël, mais à cause de la faute des explorateurs, tout a été modifié, et voilà qu'ils sont condamnés à errer dans le désert pendant quarante ans. Dieu ne le supporte pas, et il décide de ne plus leur adresser la parole, comme quelqu'un qui est fâché.
Bon, il y a encore l'histoire de Korach, qui suit directement l'histoire des explorateurs, où Dieu est obligé de réagir, évidemment. Mais après, voilà, c'est fini: « Je ne te parle plus. » C'est ce qu'on appelle Shtika Tadibour. On se tait. S'il n'y avait pas la manne qui tombe régulièrement là où ils sont, un jour là, un jour là, un jour là, s'il n'y avait pas la manne qui les suit, ils pourraient croire qu'ils sont complètement abandonnés dans ce fameux désert, puisque Dieu ne leur parle plus.
Alors, ce que je vous ai dit, c'est qu'il y a deux parties: la deuxième année, du chapitre 1 au chapitre 18, et puis la quarantième année, du chapitre 20 à la fin du livre. Et le chapitre 19, là, qui est au milieu, de quoi parle-t-il ? Il ne parle pas d'un récit, il parle d'une halakha, para adouma, la vache rousse. On ne va pas rentrer dans le détail de la vache rousse, mais sachez que c'est un rituel lié à des problèmes de pureté et d'impureté.
Ce qui fait que la vache rousse n'a rien à faire ici, en fait, parce que les problèmes de pureté et d'impureté sont traités dans le livre précédent, le livre de Vayikra, dans les parachiot Tazria et Metzora, et c'est là que la vache rousse aurait dû être traitée. Et voici que notre vache, finalement, a quitté l'enclos de Vayikra, a traversé toute la fin du livre de Vayikra, est entrée dans le livre de Bamidbar, a continué à marcher, à marcher, à marcher, jusqu'au chapitre 19, et là, elle s'est installée. La question est de savoir pourquoi on raconte l'histoire de la vache rousse, comment se purifier si l'on était impur parce qu'on a touché un mort, par exemple, comment se purifier de tout ça.
Qu'est-ce que ça a à voir en plein milieu du livre de Bamidbar, entre le récit de la deuxième année et le récit de la quarantième ? C'est parce que, figurez-vous, la vache rousse est considérée par nos sages comme un symbole d'espoir. Même lorsque tu es tombé au plus bas des degrés d'impureté, parce que tu es en contact avec le mort ou avec quelqu'un qui était en contact avec le mort, c'est-à-dire que tu déprimes.
Pourquoi est-ce que, quand on est en contact avec le mort, on est impur ? Parce qu'on déprime. On se dit: à quoi ça sert de faire tant de choses, d'essayer d'apporter notre énergie pour changer le monde, puisque de toute façon on va tous se retrouver au cimetière ? Ce pessimisme-là, si tu penses à la mort, c'est quelque chose qui t'empêche de continuer à vivre selon les normes que la Torah a demandées. C'est pour ça que tu es obligé de te purifier. Mais je trouve que c'est cette idée-là: que même de cette déprime de la mort, on peut également se sortir.
D'ailleurs, lorsque dans le courant du calendrier juif on arrive à ce qu'on appelle la paracha de Para, c'est-à-dire un petit peu avant Roch Hodech Nissan, on sort un deuxième Sefer Torah et on lit uniquement le chapitre 19, c'est-à-dire le chapitre de la vache rousse. Et là, on fait la Haftara, c'est-à-dire un chapitre des prophètes qui est lié à la vache rousse. Quel chapitre choisit-on ? Un chapitre d'Ézéchiel, le chapitre 36, dont le terme central est l'exil. Même si celui-ci est très long, un jour ou l'autre, on s'en sortira. Pas parce que vous êtes des grands tsadikim, dit le texte d'Ézéchiel, mais parce que Dieu décide qu'il ne peut plus supporter que son nom soit profané par l'exil.
L'exil, c'est une profanation du nom de Dieu, parce que les gens disent: si le peuple est opprimé, exilé, persécuté, etc., c'est que son Dieu n'est pas suffisamment fort, et en tout cas, il a changé d'avis. Donc, c'est une profanation du judaïsme et de Dieu lui-même que de se trouver en exil. Ce qui fait qu'au bout d'un moment, Dieu décide: je ne peux plus supporter l'exil, je ramène mes enfants.
Sur la terre d'Israël, pas parce qu'ils sont plus tsadikim que les générations qui les ont précédées, mais parce que moi, je ne supporte plus d'être bafoué, que mon nom soit profané à cause de la diaspora, à cause de l'exil. C'est le texte d'Ézéchiel, chapitre 36, que je vous conseille de lire en français, et qui est lié à la paracha de Para. Vous comprenez ce que nos sages ont voulu dire en choisissant ce texte-là: qu'en fait, Para adouma, l'histoire de la vache rousse, c'est l'histoire du grand espoir.
Que la mort n'est jamais définitive, finalement, contrairement à ce qu'on peut croire, et qu'on peut se sortir de cette déprime, parce qu'un jour ou l'autre cette histoire s'arrêtera, l'exil s'arrêtera, la Gueoula arrivera, et on pourra se purifier à nouveau, et vivre réellement la vie idéale qui avait été prévue pour nous, dans l'accomplissement des mitsvot, et en attendant le Machiah lui-même.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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