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Deux idolâtries interdites : l'Égypte et Canaan

Pourquoi la Torah interdit à la fois l'idolâtrie de la science et celle de la nature, dans Aharé Mot.

6 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Le silence de Dieu et la vache rousse dans Bamidbar, 5 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. Dans notre paracha, Aharé Mot, qui se trouve en plein milieu du livre de Vayikra, nous lisons ce verset: « On te demande de ne pas faire ce que tu as vu faire en Égypte, l'endroit duquel tu viens. »

Et on te demande de ne pas faire non plus le jour où tu seras rentré en Erets Israël. Je rappelle qu'on est encore dans le désert, évidemment, dans la paracha d'Aharé Mot. Mais Dieu nous prévient: quand tu rentreras dans la terre de Kénaan, qui ne s'appelle pas encore Erets Israël mais Erets Kénaan, du nom du peuple, les Kénaanim qui y habitent, ne te laisse pas tenter par ce qui se passe à l'intérieur du pays. Il ne faut pas faire comme les Égyptiens, mais il ne faut pas non plus faire comme les Kénaanim. On a l'impression qu'il s'agit ici de deux formes d'idolâtrie. Nous savons que les deux étaient idolâtres, évidemment, à l'époque.

Il s'agit donc de deux formes d'idolâtrie différentes: l'idolâtrie de l'Égypte, à ne pas confondre avec l'idolâtrie de Kénaan. Et la question se pose: quelle est la différence entre les deux ? Juste après ce verset qui nous dit « Ne faites pas comme les gens de Kénaan », nous avons la liste des relations sexuelles interdites, notamment incestueuses. Ce n'est pas un hasard. Cela nous permet de mieux comprendre la différence entre l'idolâtrie égyptienne et l'idolâtrie de Kénaan.

L'Égypte, c'est une terre stable. Stable au niveau politique: les pharaons se succèdent pratiquement sans être remplacés par une autre dynastie. Pourquoi ? Parce que les pharaons savent apporter à leurs citoyens une stabilité économique. Évidemment, ils sont aidés: il y a le Nil, il y a le delta du Nil. Comme on le voit dans toute la Bible, chaque fois qu'il y a une famine au Moyen-Orient, et elle était courante, les gens allaient en Égypte, parce qu'en Égypte il y a toujours de quoi boire, surtout avec les crues du Nil, qui sont prévisibles.

Puisque la fonte des neiges est tellement loin là-bas, en Afrique du Nord, jusqu'à ce que cela arrive en Égypte, on peut prévoir tout cela. Quelqu'un qui sait un peu s'occuper de ces différences naturelles peut savoir exactement de combien de litres d'eau l'Égypte peut profiter cette année, et donc prévoir en conséquence comment donner suffisamment de quoi boire et de quoi manger au peuple tout entier. L'Égypte, c'est une terre stable.

On n'a pas peur, là-bas, de la nature. L'homme domine la nature, l'homme connaît la nature. À cause de cela, il y avait en Égypte, dans l'Antiquité, des universités très reconnues. Les plus grands scientifiques et philosophes grecs que nous connaissons ont fait leurs études dans les universités égyptiennes. On raconte que Thalès, le fameux Thalès du théorème qui fait les cauchemars de nos lycéens, aurait trouvé son théorème en se promenant à l'ombre des pyramides.

Et l'histoire raconte que, lorsqu'il s'est aperçu que l'ombre de sa canne était égale en longueur à sa canne elle-même, à ce moment précis, l'ombre de la pyramide égalait aussi la longueur de la pyramide, ce qui lui permettait de faire toutes sortes de calculs sur les pyramides sans être obligé de les soulever, de les peser ou de les mesurer. C'est ce qui a donné naissance à son fameux théorème de Thalès. Mais vous ne pouvez pas faire d'études scientifiques, mathématiques ou physiques dans un pays soumis à toutes sortes de crises naturelles: un volcan qui se met tout d'un coup à exploser, un tremblement de terre ou quelque chose comme ça. L'Égypte, c'est formidable pour cela.

L'idolâtrie qui s'est développée là-bas, c'est l'idolâtrie de l'homme qui connaît, de l'homme qui sait, celui qui se trouve en haut de la pyramide et qui, grâce à sa connaissance, gère toute la société. Un peu comme une pyramide, où chacun est à sa place: en bas, il y a évidemment les esclaves, les plus nombreux, et au fur et à mesure que l'on monte l'échelle de la société, on arrive jusqu'au sommet, où se trouve le pharaon qui trône et qui, évidemment, est considéré comme un dieu, comme une divinité par tous les Égyptiens.

Toute l'histoire de la sortie d'Égypte, finalement, c'est une histoire à la fois contre l'Égypte elle-même, mais surtout contre pharaon également, qui se prend pour un dieu, et qu'il faut essayer d'expliquer, de faire comprendre à lui et à son peuple qu'il n'est pas aussi divin qu'il le paraît.

Donc l'idolâtrie égyptienne, c'est l'idolâtrie de la connaissance, du savoir, de la science, de l'homme qui domine la nature.

Et puis on arrive en Kénaan. Là-bas, c'est tout à fait l'inverse. La nature est puissante, on est soumis aux caprices de la nature. Imaginez qu'il n'y a pas de pluie en Erets Israël, il n'y a pas de: on est obligé de prier le vrai Dieu. Ce qu'on appelait le Baal kénaanéen, c'était en fait la nature. C'est la raison pour laquelle il est interdit, là-bas, d'aller contre les pulsions naturelles. Si vous allez contre les pulsions naturelles, vous serez frustré toute votre vie et, surtout, vous risquez d'attiser la colère des dieux, qui sont les dieux de la nature.

Et alors le texte nous dit: écoute, il y a deux choses que je te demande. Ne fais pas l'idolâtrie de l'Égypte, ne considère pas la science comme étant illimitée et le scientifique comme étant le grand patron, voire la divinité. Mais de l'autre côté, ne tombe pas non plus dans l'excès opposé, et ne crois pas que la nature a tous les droits et que tu ne peux pas lutter contre tes propres instincts lorsque ceux-ci t'incitent à agir de manière indécente, de manière immorale. C'est pour cela que, juste après, suivent les lois concernant l'inceste: pour nous dire, attention, on est en Kénaan.

On révère la nature et on essaie de ne pas aller contre. Il y avait une divinité très bizarre là-bas, en Kénaan, qui consistait, excusez-moi, à faire ses besoins devant la statue. C'était le culte en question. Mais on comprend ce qu'il y a derrière: quand tu ressens quelque chose de naturel, il faut aller dans le sens de la nature et surtout pas se révolter contre elle.

Les deux formes d'idolâtrie que le verset nous interdit ici sont deux formes opposées. Celle qui voit l'homme qui domine la nature comme une divinité, celui qui sait tout, illimité, tout-puissant. Et de l'autre côté, au contraire, la société où c'est la nature qui domine l'homme, et c'est elle qui prend la place de la divinité. L'une est interdite, l'autre est interdite aussi.

Et le judaïsme refuse toute forme de divinité, si ce n'est la divinité de Dieu lui-même. C'est Lui, Dieu, qui est à la fois le maître de la connaissance et le maître aussi des forces naturelles. C'est ce que nous raconte ici la paracha d'Aharé Mot. Shalom à tous.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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