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Vayikra ou Vayikar : appel ou hasard de l'histoire

Le petit Aleph de Vayikra enseigne à lire l'histoire d'Israël comme un appel plutôt que comme une suite de hasards.

5 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Pourquoi la femme qui accouche est-elle impure, 6 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous. Si un jour vous avez la curiosité d'ouvrir un Sefer Torah, de dérouler un rouleau de la Torah, et d'arriver à la paracha de cette semaine, la paracha de Vayikra, vous vous apercevez que le premier mot, celui qui a donné son nom à la paracha, Vayikra, est composé de cinq lettres: Vav, Yod, Kaf, Resh, Aleph. Sauf que le Aleph est écrit en tout petit. On appelle cela Aleph Zira, Aleph miniature. C'est très curieux, et cela demande évidemment une explication.

Le Baal HaTourim, l'un des grands commentateurs que connaissent bien ceux qui ont l'habitude d'étudier la Torah avec ces commentateurs, nous dit: le petit Aleph, c'est parce que Dieu a dit à Moshé, il lui a dicté le verset, d'écrire Vayikra El Moshé, c'est-à-dire: Dieu appela Moshé. Or Moshé était très modeste. Il n'a pas voulu écrire Vayikra, il a voulu écrire Vayikar, sans le Aleph. Vayikar signifie que Dieu lui est apparu, mais de manière presque hasardeuse. Comme cela a été le cas, par exemple, pour un autre prophète,

Bil'am, qui était le prophète des nations. Moshé ne voulait pas qu'on lui donne trop d'importance, il voulait donc écrire Vayikar sans Aleph. Mais Dieu a insisté: non, non, Vayikra, avec un Aleph. Alors il a écrit avec un Aleph, mais il l'a mis tout petit. Voilà ce que raconte le Baal HaTourim. Qu'est-ce qui se cache derrière cette histoire un peu bizarre d'Aleph tout petit ? En fait, quelle est la différence entre Vayikar et Vayikra ?

Vayikra, c'est un appel, kriya. Cela peut aussi vouloir dire une lecture: la kriya, c'est une lecture. Et Vayikar vient de mikré, qui veut dire le hasard, une rencontre qui s'est faite par hasard.

À la fin du livre de Vayikra (on commence la lecture maintenant), dans ce qu'on appelle les malédictions, ces passages un peu terrifiants où Dieu nous dit: si vous ne respectez pas mes lois, voilà ce qui risque de vous arriver. C'est d'autant plus terrifiant que tout ce qui est écrit dans cette fameuse paracha, Bechoukotaï, vers la fin du livre, est vraiment arrivé, et exactement comme c'est écrit. Cela fait donc un peu froid dans le dos quand on lit tout cela.

Au milieu de cette énumération de malheurs qui risquent de nous arriver, le verset dit: et si malgré tout cela vous continuez à prendre les choses comme s'il s'agissait du hasard, Veimbe ele, loti vastruli, si vous ne revenez pas vers moi, valartem imi kéri, et si vous vous comportez avec moi kéri, c'est-à-dire mikré, le hasard (c'est ainsi que certains veulent traduire), valartia fani imachem be kéri: moi aussi, je vous livrerai en proie au hasard de l'histoire. En fait, cela veut dire que je me retirerai.

De l'histoire d'Israël. Je ferai comme si je ne vous voyais plus. À ce moment-là, on verra bien comment vous vous débrouillez tout seuls. Ce n'est pas que Dieu donne lui-même le châtiment à Israël lorsqu'arrivent les persécutions et les punitions. Simplement, il retire sa hachgaha, sa manière de surveiller le peuple et de veiller à ce qu'il ne lui arrive rien. Puisque vous pensez que tout cela relève du hasard, et qu'en fait je ne m'occupe pas vraiment de vous, la punition est que je ne vais vraiment plus m'occuper de vous. Je m'en vais, et débrouillez-vous tout seuls. On verra bien ce qui va arriver.

Entre le début, le Vayikra, et la fin, le Keri, entre la lecture et le hasard, se cache en fait toute la différence entre celui qui essaie de lire les appels que représente l'histoire en général, et l'histoire d'Israël en particulier, et celui qui pense qu'il n'y a aucune lecture à faire, aucun appel à essayer de déceler, parce que tout cela est le fruit du hasard. La différence entre des événements qui seraient le fruit du hasard et des événements qui seraient au contraire une sorte d'appel, une sorte de signal, un appel à savoir bien lire ce qui nous arrive et à en tirer les conséquences.

Cette différence est presque inaudible et presque illisible. Elle est inaudible parce que le Aleph, le petit Aleph, est souvent une lettre muette qu'on n'entend pas. Il est très difficile d'entendre la différence entre un Vayikar et un Vayikra. Et comme il est tout petit, il est presque illisible également.

L'histoire en général, et l'histoire du peuple juif en particulier, peut très bien être perçue comme une succession de hasards: Israël a connu ce qui lui est arrivé, il était indépendant sur sa terre, puis il est parti en exil, il a subi des persécutions, et puis, par le concours de circonstances, il a fini par résister à tous les vents de l'histoire. Il est revenu, également par un concours de circonstances, parce que l'époque s'y prêtait, avec le nationalisme renaissant, et il est revenu sur sa terre et a recréé son État. Tout cela peut très bien être expliqué dans un livre d'histoire, comme une succession de faits dus au hasard de l'histoire.

Mais on peut aussi changer de lecture et essayer de comprendre que, si tu crois que c'est du hasard, cela sera vraiment du hasard. Mais si tu sais être attentif à ce qui est inaudible, et si tu sais regarder ce qui est presque illisible, alors, entre les lignes, derrière les mots et derrière les événements, tu peux arriver à la conclusion que rien n'a été laissé au hasard, et que tout est voulu.

Voulu pour te faire prendre conscience d'un certain nombre de messages, pour que tu te réveilles et que tu comprennes, toi, ô Israël, quel est le message pour lequel tu as été choisi et que tu dois transmettre à l'humanité tout entière. Chabbat Chalom.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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