Pourquoi la femme qui accouche est-elle impure
L'impureté n'est pas une faute : elle traduit un sentiment de perte de vie, dit Rav Élie Kling.
Rav Élie Kling
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. Disons les choses franchement. La paracha de Tazria et de Metzora, ce n'est pas ce qu'il y a de plus attrayant. Il faut le dire clairement. On parle de quoi, là-bas ? De problèmes de pureté et d'impureté, de ce qu'il faut faire quand on est impur, du temps qu'il faut rester dans son impureté, et de toutes sortes de choses qui, aujourd'hui…
Même à l'époque, c'était déjà compliqué à comprendre. Mais aujourd'hui, comme c'est moins actuel et que plus personne ne fait attention à savoir si c'était pur ou pas pur, on se demande finalement pourquoi on est obligé de relire ces parachiot, et on a du mal à comprendre le sens caché de tout cela. C'est vrai que, pour comprendre quelque chose à la pureté et à l'impureté, il faut entrer dans le langage des symboles. On va essayer de rester le plus rationnel possible. Ce qui est clair, en tout
cas, c'est que ce qu'on appelle l'impureté n'est pas lié à la notion de faute, ni à la notion de problème de conscience, si vous voulez, quelque chose qui n'aurait pas marché comme il devrait. Le problème, quand on utilise le mot « impureté » en français, c'est que, comme toujours, l'usage d'une langue véhicule à travers le mot tout un tas d'associations d'idées qui ne sont pas obligatoirement celles que le mot hébraïque voulait véhiculer. Quand on parle de touma, d'impureté donc, ce n'est pas lié à la faute.
Il y a même parfois de vraies mitsvot, des commandements positifs et ô combien importants, qui rendent les gens tamés.
Par exemple, un homme qui s'occupe de laver les morts, de les préparer à l'enterrement, il est tamé au plus haut degré de touma possible, et pourtant il a accompli la plus grande mitsva possible. Il n'y a donc pas obligatoirement de lien entre la faute et l'impureté, contrairement à ce que le mot « impureté » pourrait nous faire croire quand on l'utilise en langue française.
Alors, ceci dit, c'est quoi, l'impureté ? Eh bien, justement, c'est ça: l'impureté, cela veut dire être en contact avec le mort. Il y a plusieurs degrés d'impureté. Il y a le mort lui-même, qui est considéré — en hébreu, on appelle cela avi avot ha-touma, le père des pères de l'impureté, c'est-à-dire le degré le plus élevé. Et ensuite, il y a tous ceux qui sont en contact avec le mort: soit tu l'as touché, soit tu étais dans une pièce où il y avait un mort, soit tu n'es pas directement en contact avec le mort, mais avec quelque chose qui symbolise la mort. Et alors, du coup, tu deviens impur. C'est-à-dire que…
La mort, finalement, c'est ce qui nous paralyse quand on y réfléchit trop longtemps. On se dit: à quoi bon se lever le matin et faire toutes sortes de choses qui nous semblent importantes, si la seule chose vraiment sûre dans ce bas monde, c'est qu'on va tous finir au cimetière ? Pierre Desproges disait: « Et c'est quoi, le cimetière ? C'est l'endroit où s'arrêtent les droits de l'homme et où commencent les droits de l'asticot. » Oui, c'est de l'humour noir à la Desproges, mais il fallait que je la place, celle-ci. En tout cas, le mort, en effet, nous rend …
…le Beit Hamikdash, qui est le symbole même de la vie et du sens que la Torah veut donner à notre existence, à notre vie ici-bas. Tu ne peux pas y entrer si, psychologiquement, tu es complètement déprimé parce que tu viens d'être en contact avec la mort, et que cela t'a rendu complètement hors de ce que quelqu'un devrait être en se levant le matin: un bon juif plein d'énergie, qui essaie de faire l'avodat Hachem.
Tu passes donc par un processus de purification. En général, c'est simplement de l'eau, de l'eau pure, qui permet — on comprend là le symbole, ce n'est pas très compliqué — de revivre, une sorte de résurrection. On rentre dans l'eau, on en ressort, comme on est sorti du ventre de notre mère. Et là, on reprend des forces, on reprend de l'énergie, représentée par l'eau vive, pour pouvoir sortir de cette mort qui, à un moment, nous avait un peu paralysés. Donc, en gros, c'est de cela qu'on parle. Et au début de la paracha de Tazria, il y a quelque chose de très curieux.
Parce que là, ce n'est pas lié à la mort, et pourtant on devient impur. Je vous explique de quoi il s'agit. Vous savez, par exemple, une femme qui est nida, une femme qui a ses règles, c'est une forme de mort. Ce n'est évidemment pas le degré le plus important de la touma, mais comme il y a un potentiel de vie qui n'a pas abouti, il y a quelque chose qui rappelle un peu la mort. C'est pour ça qu'elle est nida à ce moment-là. Ça, je le comprends. Par contre, la paracha commence par la femme qui accouche, et, bizarrement, la femme qui accouche est également.
Et je pense que ce que la Torah veut nous signifier, c'est qu'elle met l'accent sur ce qu'on appelle, vous savez, les déprimes post-accouchement. C'est-à-dire que c'est vrai qu'il y a une vie en plus, mais à l'intérieur d'elle-même, il y a une vie en moins.
À partir du moment où une femme, pendant neuf mois, a senti la vie en elle, ce n'est plus la même femme qu'avant qu'elle ne tombe enceinte. Tout d'un coup, elle sent que son existence a une signification beaucoup plus forte que ce qu'elle avait jusqu'alors, puisqu'elle porte en elle une vie qui, elle le sent, elle le voit bien, se développe de plus en plus à l'intérieur d'elle-même. Et cela la remplit, à tous les sens du terme; cela la remplit de cette signification.
Et puis un jour, elle accouche. Une fois qu'elle a accouché, c'est vrai que le bébé est vivant, mais ce n'est plus elle-même. Elle, au contraire, a perdu quelque chose qui rendait sa vie beaucoup plus signifiante. C'est cela, en fait, cette touma: ce sentiment qu'elle a, elle, d'avoir perdu une vie. Même si, dans la réalité, elle n'a rien perdu du tout, puisque la vie est face à elle. Oui, mais elle est face à elle, justement: elle n'est plus en elle. Et c'est ça qui crée la touma de la femme qui accouche.
Je pense, en tout cas, que c'est ce que la Torah va nous dire lorsqu'elle parle, au tout début de la paracha, d'une femme qui accouche et qui devient donc tamé, parce qu'elle a accouché, parce qu'elle éprouve ce sentiment de vide en elle. Et là-dessus, elle doit faire un effort pour reprendre goût à la vie, même si elle n'est plus enceinte. Shalom à tous.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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