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Pourquoi les Hébreux refusent-ils la manne ?

Rachi lit la révolte de la manne comme un refus du regard divin sur la vie intime.

7 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Les noun renversés de Behaalotekha et le sens du texte, 1 h 05

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous. Ça fait déjà plus d'un an que les Béni Israël ont quitté l'Égypte, et on campe au pied du Sinaï. Il s'est passé beaucoup de choses. D'abord, ils ont reçu les dix paroles, Mahamar Har Sinaï. On vient de célébrer Chavouot il n'y a pas très longtemps. Ensuite, ils ont reçu les autres lois, puis ils ont construit le Michkan, comme c'est raconté dans le livre de Chemot. Ils se sont comptés, ils se sont organisés, chaque tribu est allée là où elle devait aller, etc. Tout cela a pris du temps.

Et enfin, au bout d'un peu plus d'un an, Dieu dit à Moché: c'est tout, maintenant vous allez partir, on va rentrer en Erets Israël. Et là, dans la paracha de Beha'alotekha, notre paracha, se suit une série de crises. Ça, j'appelle ça des peranouyot, des crises.

Les Hébreux se plaignent de plein de choses. Et notamment, au milieu de la paracha, ils se plaignent de la manne. La manne, c'est cette nourriture extraordinaire, céleste, miraculeuse, qui tombait tous les jours là où les Hébreux se trouvaient, et qui avait, disent nos sages, le goût de ce qu'on voulait. Elle était censée les rassasier. Une manne qui n'existe pas dans la vie de tous les jours: ce n'est pas qu'on leur a amené des pommes et des poires. Non, un aliment miraculeux était créé tous les jours, et cela a duré pendant toute la traversée du désert.

Eh bien, dès le départ, les Hébreux se révoltent contre la manne. Ils veulent de la viande. Zakharnou et ha-dagah acher nokhal bemitsrayim hinam: ils se rappellent des poissons qu'ils mangeaient gratuitement en Égypte. Gratuitement. Ils ont déjà oublié que, pour avoir ces poissons et le reste, ils payaient le prix, et comment ? Puisqu'ils étaient esclaves.

Vous savez, au bout d'un moment, on ne se rappelle plus de ce genre de choses. On ne se rappelle que des bons aliments qu'il y avait là-bas. Et cette manne, elle nous sort par le nez: il y en a trop, on veut autre chose. Et ça dégénère. Ils veulent de la viande, la viande arrivera, mais ils se jettent dessus comme des enfants affamés, et puis ça leur sort par le nez. Les descriptions sont assez, j'allais dire, grossières. C'est au milieu de la paracha. Ça pourrait suffire déjà comme crise. Mais nos sages voient, dans le verset qui précède ou dans l'un des versets qui précèdent, une nouvelle crise, même si elle n'est pas écrite de manière explicite.

Ils ont quitté la montagne de Dieu, donc il s'agit du Sinaï. Ils ont quitté la montagne de Dieu pendant trois jours pour essayer de trouver un autre endroit. Cela fait tilt dans les oreilles de nos sages: cette montagne a un nom, on l'appelle le Sinaï d'habitude, ou à la rigueur Horev. Pourquoi dit-on tout d'un coup « la montagne de Dieu » ? Pour nous apprendre qu'il y avait déjà un début de crise.

D'après la plupart des commentateurs, ce qui s'est passé, c'est que, comme ils étudiaient la Torah pendant un an, tous les jours pratiquement, eh oui, qu'est-ce qu'il y a à faire lorsqu'on est devant le pied du Sinaï, en attendant de pouvoir repartir ? Ils étudiaient donc: il y avait des cours de Torah régulièrement. Et vous savez, les cours de Torah, au bout d'un moment…

Ils n'ont pas osé se plaindre, mais dès qu'ils ont entendu la cloche, qui signifiait en fait la fin des cours, autrement dit dès que la colonne de fumée s'est levée, signe qu'on allait enfin quitter le Sinaï, comme le dit le midrash, ils sont partis comme des gosses qui quittent l'école, en courant précipitamment. Vayissou'u me-har Hachem: ce serait donc déjà un début de crise.

Mais Rachi, dans le traité de Chabbat, l'explique un peu autrement. Ils sont partis, en effet, le cœur léger, ils étaient contents de partir. Mais pas parce qu'ils avaient étudié trop de Torah et parce que, comme des gosses, ils appréciaient la fin des cours. Ils partaient parce que, déjà, ils avaient dans leur cœur cette idée de se révolter contre la manne et de vouloir de la viande.

Rachi l'expliquait un peu plus tard, quand il parlera de cette viande qui devient le but ultime, apparemment, de ces Hébreux. Rachi dit: mais en fait, c'est curieux, ils avaient de la viande. Il y a ici des versets qui montrent qu'en sortant d'Égypte ils avaient pris des bêtes, et donc celui qui voulait vraiment un bon steak pouvait s'en faire un. Rachi ne croit pas une seconde que le problème soit la viande. Rachi pense que, sous couvert de se révolter contre la viande, ils voudraient une autre sorte de « viande », entre guillemets.

En fait, ils se plaignent du regard de Dieu, qui ne les quitte plus et qui rentre jusque dans leur vie intime. Ils veulent de la viande, ils veulent de la chair. Comme le pasouk le dit de manière un peu allusive: ils ont pleuré « par famille ». Et Rachi veut dire: par famille, à cause de problèmes de famille. Autrement dit…

Toutes les lois concernant les relations interdites, et tout ce qui est un peu inceste et tout ce qui s'ensuit, les Hébreux ont dit: non, non, mais ça, ce n'était pas prévu dans le contrat. Que tu nous donnes des lois alimentaires, à la rigueur, mais que tu rentres jusque dans notre chambre à coucher pour nous dire ce qui est permis et ce qui ne l'est pas, non, ça c'est trop. Et comme ils n'osent pas dire les choses de manière franche, et un peu, on va le dire, vulgaire, ils tournent ça: on a besoin de viande, on a besoin de viande.

On se souvient de ce qu'on mangeait gratuitement en Égypte. Hinam: gratuit. Gratuit veut dire qu'on n'avait pas toutes les mitsvot autour de soi, et en particulier les mitsvot concernant les relations interdites. C'est en fait ça, le problème.

Et pourquoi cela se concentre-t-il sur la manne ? Il faut dire qu'il y a une sorte de malentendu. Saoé pensait que la présence de Dieu n'était visible, finalement, qu'au pied du Sinaï uniquement. En effet, une fois qu'ils ont entendu le fameux Anokhi Hachem Elokekha, « Je suis l'Éternel ton Dieu », etc., imaginez: cela fait maintenant près d'un an qu'ils campent devant cette montagne. Dès qu'ils se lèvent le matin, ils sortent de la tente, et qu'est-ce qu'ils voient en face d'eux ? Le Sinaï, évidemment ! Cela leur rappelle la présence divine, un peu comme une caméra de grand frère qui serait là et qui les filmerait. Et au bout d'un moment, cela devenait un peu asphyxiant, vous voyez.

Donc, quand Moché leur dit: « Allez les enfants, on s'en va », ils partent en courant, parce qu'ils ont l'impression qu'ils vont enfin s'éloigner un peu de l'œil de celui qui n'arrête pas de les voir. Et puis finalement, ils s'aperçoivent qu'on s'est moqué d'eux. La présence divine n'est pas restée là, elle continue à les suivre: chaque …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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