Les vies de Sarah : l'unité perdue et sa reconstruction
Pourquoi la Torah dit « les vies » de Sarah, et comment Abraham, Ephron et Hévron préparent la royauté d'Israël.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Vayetsé : « Il vit des visions de Dieu dans un rêve », 1 h 05
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De la vie de Sarah, prête de sa mort. Et donc la question qui se pose est: pourquoi la Torah parle-t-elle des vies de Sarah, au pluriel, car le mot vie en hébreu est au pluriel, ce qui induit immédiatement une compréhension différente de ce que nous avons l'habitude d'entendre dans d'autres langues ? Autrement dit, la vie n'est pas la vie, mais les vies. Il y a des vies que nous pouvons voir et toucher, vivre, palper, et il y en a d'autres qui sont plus subtiles, à un niveau d'entendement beaucoup plus profond.
La parasha qui a été appelée Haye Sarah vient traiter beaucoup plus de ce qui va se passer après la disparition, qu'on appelle communément la mort. La raison est simple: dans le judaïsme, la mort n'est pas considérée comme une finalité. La Torah, encore une fois, vient nous éduquer à une vision beaucoup plus globale et non pas à une vision fractale de l'existence. Malheureusement, la plupart d'entre nous, étant placés dans un monde de multitude de détails, n'arrivons pas à entendre, à comprendre, à embrasser la totalité. Nous sommes perdus dans les détails de ce monde.
Ce qui fait que nous sommes toujours voués aux fautes. Car les fautes sont synonymes d'individualité et de manque de vision globale. Qu'est-ce qu'une faute, donc ? C'est quelque chose de fracturé, d'éparpillé, et c'est de là que naît la notion de faute. Quiconque serait dans un monde unitaire ne pourrait jamais fauter. C'est pour cela que la néchama ne faute pas. La néchama se trouve constamment dans un monde d'unité, et donc la faute n'est pas reliée à son être. Jamais.
Il est écrit dans la Torah qu'une néchama faute, ça ne veut rien dire. Qu'une néchama se salit, ça ne veut rien dire. On peut mettre des écrans autour de cette néchama, mais la néchama, elle, reste intacte. Si Hachem nous en préserve, s'il y avait une situation, une existence telle que celle-ci, où la néchama elle-même est touchée, eh bien, il n'y a aucun espoir dans ce monde, Hachem nous en préserve.
L'espoir de ce monde, c'est que l'essence, le point culminant, reste toujours dans sa sainteté de base. On l'a appelé dans d'autres cours la Ségoula. On l'appelle aujourd'hui l'essence de l'unité. Le monde étant créé, il est tombé de l'unité première vers la disparité, vers le pluriel, de ce monde. Pour retrouver Hakadosh Baroukh Hou dans ce monde de détail, il faut tout simplement revenir à l'unité, dans tous les sens du terme.
Et notre travail, en tant que peuple d'Israël, c'est de ramener l'unité au monde qui a perdu cette unité, parce qu'il est tombé dans les détails de la vie. Donc nous sommes en réalité la dernière mémoire, je parle du peuple d'Israël, de la nation d'Israël, de ce que représente l'entité, un mot qui n'existe pas en français, l'entièreté. C'est-à-dire que Israël, c'est le souvenir de l'entier. C'est le seul lien avec l'Infini, béni soit-Il, qui est la droiture même. C'est pour ça que nous nous appelons Israël, Yachar El.
Donc ce retour vers l'unité, c'est ce que nous essayons de faire dans nos cours, ici, sont données dans ce sens-là: ne jamais tomber dans les détails, même pas dans les détails de l'histoire elle-même, mais toujours à travers l'histoire, retrouver l'idée générale, l'idée motrice qui fait avancer, en réalité, un cheminement depuis la création du premier homme jusqu'à l'avènement messianique. Comme une compréhension globale d'un seul mouvement qui s'habille dans des acteurs, tous les personnages de la Torah, mais qui en réalité vient nous donner l'évolution d'un ustensile qui, à la fin de tout ce processus, est censé être capable de contenir l'infini. Voilà le rôle de toute la Torah, de tout le Tanakh.
Et cette évolution, cette construction de ce kéli, s'appelle la construction de la Malchoute. On construit la dernière sphère, celle qui est capable de recevoir; elle est féminine, et donc on est en train de la construire. Au départ, elle est dans ces deux éléments, ces deux acteurs, Adam et Ève. Et elle se brise, et elle se reconstruit, et elle se rebrise. Et tout doucement, on forme cet ustensile qui, vous comprenez bien, est de l'ordre de l'infini, car il doit contenir l'infini. Donc ce n'est pas facile de construire cet ustensile. Ce n'est pas pour recevoir un litre d'eau, c'est pour recevoir l'Infini, béni soit-Il.
Donc le kéli en question, la Malchoute, est censée être capable de contenir les valeurs de l'Infini. Et toute l'histoire de l'humanité, et notamment et précisément l'histoire d'Israël, c'est pour la construction de cela. C'est tout. Et nous évoluons, et cette construction se fait précisément sur trois pôles principaux: le temps, l'espace et l'être. Et donc nous devons tout faire pour construire cet ustensile, pour qu'il soit capable de contenir et de révéler l'infini.
Donc à partir de ce moment-là, nous ne pouvons même pas voir la vie et la mort comme une existence et un arrêt, mais comme une existence qui passe par un point de changement, et encore une autre existence après. C'est-à-dire qu'en réalité, il y a des éléments qui effectivement disparaissent, mais il y en a d'autres qui ne peuvent pas disparaître. La néchama ne meurt jamais.
Donc quand vous voyez quelqu'un qui est mort, on pleure essentiellement parce que sa néchama n'est plus habillée dans un corps. Mais lui, il existe. Il continue de vivre. Seulement, on ne le voit pas. Alors pour nous, ce qui n'est pas visible n'existe pas. C'est un petit peu infantile, puéril. Il y a beaucoup de choses qui existent que vous ne voyez pas. Et un jour, vous verrez.
Et donc la Torah nous éduque à une vision collée, globale, et non à une vision fractale, fracturée, éparpillée, morcelée, de la réalité de l'existence.
Qu'est-ce que la mort ? C'est un point de passage, c'est un axe qui fait la séparation, et plus précisément la distinction entre le moment où la néchama était habillée dans un corps, et le moment où la néchama n'est plus habillée, en tout cas pas dans un corps matériel tel que le nôtre. Là-bas aussi, elle est habillée, dans le même corps, mais beaucoup plus subtil. Ça veut dire qu'en réalité, ce que nous voyons comme une fin n'est qu'un commencement pour quelque chose d'autre.
De la même manière que le bébé qui naît dans ce monde a vécu dans le ventre de sa maman. Et au moment de son vécu dans le ventre de sa maman, où il reste là-bas, pour nous ici, neuf mois, mais pour lui là-bas, une éternité. Car le temps n'existe pas pour le fœtus; c'est pour ceux qui sont à l'extérieur que compte le temps qu'elle était enceinte. Et lorsque le fœtus doit passer, sortir, eh bien, pour lui, c'est une mort. Dans le ventre de sa mère, on lui dit: ça y est, tu as fini ton temps dans le ventre, tu as fini ta vie. Maintenant tu dois partir.
Et donc il meurt, il a l'impression de mourir, et en réalité, il naît dans notre monde. Moralité: la partie par laquelle le bébé, …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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