Lekh Lekha et la marche d'Abraham vers l'infini
Le peuple d'Israël, canal entre le ciel et la terre, dont la mission commence par l'appel d'Abraham.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Abraham et la tour de Babel : le sens de sa naissance, 1 h 03
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Nous allons développer le thème de la démarche d'Abraham, qui est en réalité notre structure au niveau de la matrice. Nous avons une règle: Ma'aseh avot siman lebanim. Autrement dit, ce que va subir Abraham, Sarah et toute l'histoire que nous lisons dans la Torah.
C'est en filigrane ce que le peuple d'Israël va subir durant toutes les générations à venir. La famille d'Abraham se compose, au niveau des hommes, d'un père et de trois frères. L'un des frères va mourir brûlé au chrétien. Le deuxième va sortir avec le père et Abraham pour arriver en terre d'Israël, mais il va s'arrêter à Haran.
Et il ne va plus bouger de Haran. Seul Abraham, des trois frères, va arriver en terre d'Israël. Ce qui fait que la structure du peuple d'Israël est divisée en trois. Un tiers de notre peuple va brûler dans les fours d'Auschwitz. Un tiers va rester à New York et en Europe. Et un tiers va arriver en terre d'Israël. Le Zohar Hakadosh pose une question.
Et je vous la pose: à qui l'Éternel dit Lekh lekha ? Question bizarre. Abraham. Le Zohar nous dit que ce n'est pas seulement à Abraham, mais à tous les enfants d'Israël, à toutes les époques, à tous les endroits du monde. Il y a ici un appel qui demande à chacun de nous de faire cette démarche de Lekh lekha, de savoir quitter certains éléments
pour en adopter d'autres, ceux qui sont justement relatifs à ma structure intérieure en tant que nation d'Israël. Le verset qui ouvre la paracha que nous avons lue ce Chabbat, c'est le tétragramme, le nom de l'Éternel. Pourquoi ce nom apparaît-il ? Il est une règle dans la Torah: ce nom ne peut apparaître qu'au peuple d'Israël.
Or, le peuple d'Israël n'existe pas encore, mais il est potentiellement dans la structure de cet homme qui s'appelle Abraham. Morale: lorsqu'on parle d'Abraham, nous parlons de la nation d'Israël tout entière qui est à l'intérieur de lui pour l'instant. Cette nation d'Israël, donc, c'est à elle que l'Éternel s'adresse, dans le corps de cet homme.
Et donc, c'est le tétragramme qui s'adresse: Lekh lekha; Avram. Avraham ne s'appelle pas encore Avraham, mais Avram. Ce qui veut dire qu'il n'a pas encore l'ouverture nécessaire, car la lettre de l'ouverture, c'est la lettre hé. Et tant que cette structure n'apparaît pas, Avraham n'est qu'un membre, un membre en hébreu fermé, sagour.
Donc Abraham, pour l'instant, est un membre fermé à qui l'on a besoin d'apporter, d'ajouter cette lettre qui donne en réalité un volume en trois dimensions: c'est un cube. Abraham est un point qui demande à se développer. La lettre hé s'inscrit dans une largeur, dans une hauteur et dans une profondeur. Donc il manque une envergure à Abraham.
Abraham en exil ne peut avoir que deux jambes, il manque la troisième. Donc il ne peut avoir que le resh. Le resh, c'est deux jambes: une au niveau de la largeur, une au niveau de la hauteur. Il manque le point dans l'espace. C'est trois jambes.
Ce sont les trois éléments par lesquels nous devons développer notre lien avec l'Éternel. Premier point, c'est l'être. Deuxième point, c'est le temps. Il ne faut pas rater le temps, mais il ne faut pas rater ce que tu es. Et troisième point, c'est l'espace. Or, Abraham, pour l'instant, manque d'espace. Il ne peut servir Dieu que dans le temporel
et dans l'identité qu'il est lui-même. Tout ceci pas d'une manière complète, puisqu'il lui manque le troisième élément, qui est l'espace. Le judaïsme de l'exil sert l'Éternel sur deux points. Sur le point de l'identité humaine: je suis juif, je respecte les lois de la Torah, je mange casher. Au niveau de l'espace, je suis un juif de l'exil qui
observe le Chabbat et les fêtes, mais pas au niveau de l'espace, car la terre d'Israël n'y est pas.
— Vous avez dit « de l'espace ».
Pardon, alors du temps, de l'identité, mais non pas de l'espace. D'accord ? Je corrige ce que je viens de dire, merci pour la correction. Donc, le judaïsme de l'exil ne peut que développer le temps et l'identité.
Et il ne peut pas développer le côté de l'espace, car la terre d'Israël n'est pas là. Étant donné qu'on ne peut pas travailler sur deux éléments alors qu'il en faut trois, il est impossible de développer la volonté de Dieu en exil. C'est pourquoi l'Éternel intervient dans sa propre création et il demande à Abraham, qui s'appelle pour l'instant Abraham
c'est-à-dire: reviens vers ton identité la plus profonde, qui, d'une manière générale, donne un édifice complet. Un édifice complet comporte 100 degrés. Ces 100 degrés, ce sont 10 sphères multipliées par 10 sphères. En hébreu, on ne compte pas sur 20, on ne note pas sur 20, comme vous aviez peut-être l'habitude en France.
On note sur 100, car le 100 est une totalité. Lekh en valeur numérique, c'est 50; lekha, c'est encore 50. On demande à Abraham de construire un édifice qui contient 100 degrés, c'est-à-dire d'aboutir à quelque chose d'entier. Pour cela, il doit quitter trois points. Mé'artsekha. Mé'artsekha, dans le premier sens, c'est
le pays que tu considères être le tien. Tu es né quelque part, c'est ton pays. Pour arriver à faire ce que je veux de toi, Abraham, tu dois quitter ce premier degré. C'est-à-dire: quitte le lieu territorial dans lequel tu te trouves. Il faut que tu quittes aussi le temps. Molad est une notion de temps.
La veille de Roch Hodech, le Chabbat qui précède Roch Hodech, on dit le Molad. Quand la lune sera-t-elle à nouveau « accouchée » ? Molad vient de la naissance. Donc le Molad, c'est l'instant de ta naissance. Tu dois donc quitter le lieu, mais tu dois quitter aussi le temps, qui correspond à ce que tu es pour l'instant. Et tu dois changer aussi
de structure humaine: la maison de ton père, c'est-à-dire l'éducation au niveau de l'être que tu es. Nous voici encore une fois avec ces trois degrés: l'espace, le temps et l'identité. Trois degrés qu'Abraham doit quitter pour retrouver les mêmes identités, mais en un autre lieu, un autre espace, un autre temps et une autre identité.
Et donc, une fois que tu as quitté ces trois degrés, tu dois aller vers une nouvelle structure. Quelle est sa particularité ? Ce n'est pas une terre que je t'indiquerai. Je connais vos traductions en français. C'est la terre par laquelle tu seras vu. Tu seras vu ? Vu.
De là-bas, je te montrerai aux autres. Cela veut dire que la terre d'Israël est le seul lieu sur terre — je vais dire un mot qui, en français, est une insulte, mais depuis lequel on peut se faire — où le peuple d'Israël peut se faire remarquer, voir, reconnaître. Il ne le peut pas s'il n'est pas sur sa terre. Donc arrêtez de traduire « vers la terre que je t'indiquerai », mais « vers la terre
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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