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Deux ans après le 7 octobre : le regard du Rav Kling

Solidarité, tension entre l'individu et le collectif, et le retour des otages vu depuis Kfar Maimon.

1 h 00

Rav Élie Kling

Ensuite : Mordekhaï, l'huile d'onction de la Meguila de Pourim, 6 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonsoir à toutes et à tous. On est très contents de se retrouver pour cette interview un peu exceptionnelle, deux ans après le début de la guerre, et on a le privilège de recevoir le Rav Élie Kling. Je rappelle que tu es enseignant depuis plus de trente ans, et que tu habites à Kfar Maimon, une localité du sud, située à quelques kilomètres de la bande de Gaza.

Tu partages donc avec cette communauté les joies et les épreuves de cette région, qui est tellement exposée. On est ce soir pour un interview spécial, deux ans après le 7 octobre. On voudrait avoir ton avis, ton regard, à la fois parce que tu es ancré dans cette réalité, puisque tu habites sur place, et parce que tu as un regard de émouna, tu es enseignant, tu es rabbin.

Cette vision est pour nous précieuse pour comprendre ce que cette guerre a changé dans nos vies, peut-être dans notre peuple, peut-être aussi dans notre manière de vivre notre judaïsme. Voilà un peu tous les points que nous allons aborder ensemble. Merci d'avoir accepté cette invitation. Je sais que tu aurais peut-être voulu parler de Torah à Netto, mais je suis sûr que tu vas nous donner des paroles de Torah. En tout cas, on va être très contents, puisque depuis Ticha BeAv nous n'avions pas pu avoir tes enseignements.

Première question, très simple. Nous sommes à moins d'une semaine de cette fameuse journée du retour des vingt derniers otages, qui étaient encore vivants, qui étaient en captivité aux mains du Hamas. Ce lundi, c'était Hochana Rabba, quelques minutes avant l'entrée de Simchat Torah, on a entendu le discours de Bibi, le discours de Trump, et on voyait ces familles, ces otages qui revenaient les uns après les autres. Quelle image t'a peut-être le plus ému ? Avec quel sentiment ressors-tu de cette journée ? Pour moi, elle était historique.

Elle était certainement historique, elle était magique. Elle était surtout le point d'orgue d'une grande émotion, comme quelque chose qui nous pesait depuis très longtemps et qui s'est enfin libéré. Aucun Israélien, aucun Juif, à mon avis, aucun être humain n'aurait pu rester insensible devant le retour de ses otages et les retrouvailles avec les familles. La joie n'est pas totale, mais le moment est intense, il est prenant et historique.

Surtout, je pense, parce qu'on n'y croyait plus. La vérité, c'est que la majorité d'entre nous n'y croyait pas. On pensait, à la rigueur, qu'on pourrait arriver à un accord partiel, avec une partie des otages libérée, puis une autre partie au compte-gouttes. Quelques jours avant, l'opinion publique était très sceptique. Moi le premier, je suppose qu'on était tous comme ça. Ce qui a provoqué cette explosion de joie et d'émotion, c'est aussi la soudaineté avec laquelle tout cela s'est mis en place. Certains diront que ce n'est pas un hasard, que c'est le fruit du hachgaha, et je suppose aussi que la coïncidence avec le calendrier a beaucoup joué.

Simchat Torah de l'année dernière était un Simchat Torah comme les autres, comme tous ceux qu'on a vécus. Je me rappelle que, moi, mais pas seul, on s'est battus pour dire: il faut faire un Simchat Torah encore plus joyeux que les années précédentes. Mais l'année passée, Simchat Torah en particulier, et les autres fêtes de réjouissance qu'on a toutes vécues, Pessa'h, Hanouka, etc., il y avait toujours cette petite question sous-jacente: peut-on vraiment se réjouir en pleine guerre, alors que des soldats tombent, que des otages sont encore là-bas ? Dans un monde de émouna juive, n'y a-t-il pas des moments où les traditions de joie doivent se mettre un peu de côté, où la lumière ne doit pas être aussi forte ?

Moi, je faisais partie de ceux qui disaient au contraire que le but du terrorisme, comme son nom l'indique, était de faire en sorte qu'on ne puisse plus vivre normalement. Donc une des réponses au terrorisme, ce n'était pas de se déconnecter en fêtant les fêtes juives traditionnelles; c'était au contraire une autre forme de réponse. Ce n'était pas la réponse guerrière, ni la réponse militaire qu'on connaît, ni la réponse diplomatique. C'était la réponse qui, d'ailleurs, est la même chaque fois: continuer à vivre, continuer à aller aux mariages, et faire en sorte que le peuple vive de la même manière, avec la même joie.

Évidemment, en temps de guerre, on ne peut pas s'empêcher de penser à… Tout le monde, dans ce petit pays, connaît quelqu'un qui a été blessé ou qui est malheureusement mort. Il y a donc forcément quelque chose en nous qui fait que cela ne peut pas être une joie entière. Mais le peuple est vieux, le peuple est très vieux, et on a connu tellement de périodes où le calendrier nous ordonnait de nous réjouir alors que la réalité autour de nous était tragique. Si Elie Wiesel dit qu'on a pu célébrer Roch Hachana en plein camp de la mort, alors cela veut dire qu'on peut également célébrer Simchat Torah, même l'année dernière.

Il y avait toujours cette question: n'est-ce pas indécent ? Il fallait le justifier. Je te rappelle, pour te montrer à quel point tout cela était soudain, qu'il y a encore eu une polémique le premier jour de Souccot, donc ce n'est pas si loin que ça. Le 7 octobre, un certain nombre d'Israéliens ont décidé de se réunir sur la place des otages et de faire une sorte de cérémonie. Ce n'est pas une initiative officielle. Officiellement, l'État d'Israël, indépendamment des derniers développements, avait décidé de commémorer les attentats non pas au 7 octobre, mais à la date hébraïque, juste après Simchat Torah, le lendemain de Simchat Torah, *Yom.

Mais le 7 octobre est resté un repère que tout le monde a en tête. Donc un certain nombre d'Israéliens ont décidé de se réunir ce jour-là pour une cérémonie en l'honneur des victimes. C'était une initiative citoyenne, pas une initiative de l'État. Elle a été relayée en direct par toutes les chaînes, et elle a fait scandale, en tout cas elle a déclenché une polémique: comment osez-vous vous déconnecter, etc. J'ai vu quelqu'un, un homme qui ne dit pas toujours des bêtises, qui a l'habitude de commenter les événements, dire: je ne comprends pas, on dit bien dans la Haggada de Pessa'h qu'on n'a pas le droit de se séparer de la communauté, et que celui qui s'en sépare a fait quelque chose de très grave. Comment ont-ils osé ?

Cette polémique montre d'abord que, trois jours avant, on n'y était pas encore du tout: on ne pensait pas que cela serait possible. Et puis il y a toujours cette idée: est-ce qu'on peut, est-ce qu'on ne peut pas ? Je comprends. Moi, je partage l'opinion de ceux qui pensent qu'il fallait au contraire continuer à se réjouir au moment où il fallait se réjouir, même dans les circonstances actuelles. Mais je comprends très bien l'opinion inverse, et je la respecte. Elle dit: ça, c'est du passé, c'était Simchat Torah de l'année dernière.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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