De l'éthique à l'esthétique, la beauté selon la Torah
Pourquoi l'éthique précède l'esthétique, et comment le étrog, le plus beau des quatre espèces, en porte la leçon à Souccot.
Rav Élie Kling
Ensuite : Deux ans après le 7 octobre : le regard du Rav Kling, 1 h 00
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Nous continuons tout de suite avec une première partie musicale. J'ai demandé à Shraga Blum d'interpréter un des grands morceaux de Roch Hachana et Kippour, Untané Tokef, et nous allons l'écouter tout de suite. Puis, après, un second morceau qui sera le Maariv d'après les Nigounim d'Alsace-Lorraine. Nous allons l'écouter tout de suite, avec un air traditionnel de Roch Hachana.
Moussaf, dans la tradition ashkénaze, justement, Béroch Hachana.
Mi va kitzor, kitzor. Mi va échou, mi va maïm. Mi va chei, mi va ra. Ou mi va ma guéifa. Mi chaket, mi tar. Mi chalem, mi ityassar. Mi yarou, mi chafei acher.
Nous passons à Kippour avec quelques versets, quelques phrases de Avinou Malkeinou.
Merci beaucoup encore pour cette très belle voix, pour cette très belle interprétation qui nous met dans l'ambiance de Roch Hachana et de Kippour. Nous recevons tout de suite le Rav Élie Kling, directeur de la Michna Torah pour jeunes filles de Kiryat Tadraon. Rav Kling, vous êtes avec nous ?
— Oui, je vous en prie.
— Nous nous réjouissons de vous écouter, entre Roch Hachana et Souccot, sur le thème « De l'éthique à l'esthétique ». Vous avez un quart d'heure pour nous ravir. De l'éthique à l'esthétique, donc.
— Oui, parce qu'en général, on a… Pardon ? Lo parhot ve lo yoter. Absolument.
D'habitude, on pense qu'il faut créditer les Grecs de tout ce qui est esthétique, et les Hébreux, les Juifs, de tout ce qui est éthique. On a l'habitude de dire que l'esthétique, c'est Athènes, et l'éthique, c'est Jérusalem. Mais dire cela rend un mauvais service, parce que ce n'est exact ni du côté grec ni du côté juif.
La vérité, c'est que les Grecs ont évidemment quelque chose à dire sur l'éthique. D'ailleurs, le mot « éthique » lui-même est un mot grec. Il vient d'éthikos, qui veut dire apparemment la morale, et il serait dérivé également de éthos, qui signifie les mœurs. L'éthique serait donc, si vous voulez, la morale des mœurs.
Évidemment, les Grecs ont quelque chose à dire là-dessus. C'est vrai que parfois… Dites-moi, je ne suis pas un petit peu trouble, là, sur l'image ? — Si, si, pouvez-vous corriger l'image ? Elle était impeccable et là, de nouveau, elle est devenue un peu trouble. — Bizarre… Est-ce qu'on a déjà eu ça ? Est-ce que c'est le sujet qui rend… — C'est le sujet, je ne sais pas. — On vous a perdu, là. — On ne vous voit plus… — Là, on m'a perdu complètement. — Ouais, c'est encore mieux. — Oui, c'est la nouvelle caméra qui fait des siennes, cette histoire-là.
— Qu'est-ce qu'il y a d'écrit ici ? Attendez voir. Voilà, c'est bon comme ça ? — C'est bon, c'est bon. — Très bien, d'accord. J'ai le droit à une minute en plus, ou on reste à cœur ? — Pas de problème.
Alors, non, ce que je disais, c'est qu'évidemment les Grecs ont quelque chose à dire sur tout ce qui est vertu, tout ce qui est moral. Il y a même de grandes discussions entre eux. Un type comme Épicure, comme vous le savez, pense que le bonheur est atteint par le plaisir.
Alors que d'autres sont beaucoup plus austères et pensent qu'au contraire c'est la recherche de la vertu qui peut amener au bonheur. C'est ce que pensent Socrate, Platon, etc. Donc évidemment qu'ils ont quelque chose à dire sur l'éthique. Mais de la même façon, Israël a aussi quelque chose à dire sur l'esthétique. Il y a des lois précises concernant l'esthétique d'Israël, et je pense que le mois de Tichri est suffisamment représentatif pour le montrer: Israël a quelque chose à dire sur l'éthique et également sur l'esthétique.
Les différentes fêtes qui se succèdent passent progressivement de l'accent mis sur la morale, sur la vertu, sur les bonnes actions et sur la techouva. Roch Hachana, c'est Kippour, c'est la Séréth Yémé Téchouva. Et puis, après, on arrive à Souccot.
Souccot est en effet une fête qui met au centre de la fête tout ce qui est beauté. Après tout, les quatre espèces que l'on prend sont centrées autour du fameux étrog, qu'on appelle pri ets hadar, et hadar veut dire beau. D'après le pchat du pasouk, hadar veut dire beau. Et tout le monde a en tête les grandes scènes dans les centres de la piété, en Israël, que ce soit à Jérusalem, à Mea Shearim…
— C'est…
— Subjectif ? C'est-à-dire, est-ce qu'il y a des lois sur l'esthétique qui seraient des lois objectives ? C'est exactement ce dont on va parler dans une minute. Évidemment, il y a beaucoup de subjectivité là-dedans. Mais en tout cas, il est clair qu'il y a une place centrale, pendant la fête de Souccot, pour la beauté. Il faut que l'étrog soit beau, soit très beau. S'il y a quelque chose de vraiment repoussant au niveau de son aspect extérieur, il n'est pas valable, on ne peut pas l'utiliser.
Et puis, même la souca. Elle est évidemment fragile, elle n'est pas très solide, mais elle est extrêmement bien décorée. Il est vrai que, lorsqu'on rentre dans une souca — chez nous, dans le village, mais c'est le cas dans la plupart des villages, et peut-être même dans les chkounot, les quartiers, en Israël —, il y a même un concours le premier soir pour les enfants. Je ne sais pas si c'est comme ça chez vous aussi, mais chez nous, c'est comme ça: les enfants courent de souca en souca pour décider laquelle est la plus belle.
Ils reçoivent d'ailleurs de grands bonbons à cette occasion, ce qui évidemment les pousse à travailler consciencieusement et à vérifier vraiment les différences entre une souca et une autre. Donc Souccot, c'est finalement la fête de l'esthétique également.
Maintenant, comme je vous l'ai dit, il y a esthétique et esthétique. L'esthétique a sa place, et même sa place centrale, dans les fêtes de Tichri à la fin, mais il y a des lois. Il y a des lois pour savoir ce qui est beau. Qu'est-ce qui est beau chez nous ? Qu'est-ce que le judaïsme considère comme… Bon, c'est quoi le pri ets hadar réellement ?
Je voudrais vous donner simplement deux ou trois petits exemples de halakhot concernant l'étrog, qui montrent la spécificité, si vous voulez, de l'esthétique juive. Peut-être que ce n'est pas ce qui est commun entre ce que nous… Notre manière de voir les choses n'est pas forcément la manière que d'autres peuvent avoir de voir la même chose, les mêmes réactions vis-à-vis de la beauté.
Premièrement, Souccot arrive pendant les fêtes de Tichri, mais il arrive à la fin. Il y a de la place pour l'esthétique, mais il faut que ça commence par Roch Hachana et Kippour. L'ordre ici est important: on ne peut pas entrer directement dans la glorification de la beauté. Il faut passer d'abord par ce travail sur nous-mêmes, par ce travail de remise en question, par cet effort que nous devons tous faire pour être un peu meilleurs cette année que l'année précédente. C'est seulement lorsqu'on passe par la case de l'éthique, de la morale, de …
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