Trois formes d'idolâtrie : Égypte, Canaan et la pensée moderne
Pourquoi la Torah distingue l'idolâtrie égyptienne de celle de Canaan, et pourquoi ces deux menaces restent actuelles.
Rav Élie Kling
Ensuite : Moché et la question de l'identité juive, 47 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Érev tov, shalom à toutes et à tous. On est content de se retrouver pour le cours du Rav Élie Kling. Ce soir, il est dédié par Anne-Marie à l'élévation de l'âme (Nishmat) de son père, Aryeh Yehouda ben Eliyahou. B'chavod, nous allons parler des trois idoles, des trois types d'idolâtrie, Avodah Zarah, avec le Rav Kling. B'chavod. Bon, d'accord. Alors, ça commence par le premier passage de la paracha.
Vayichma Yitro. Yitro est un des cinq personnages dont le nom sert également de titre à une paracha. Pourquoi justement ces cinq-là ? C'est une bonne question pour un prochain shiour. Y a-t-il un point commun entre les cinq ? Vous savez quels sont les cinq ? Vous avez Noa'h, vous avez Yitro, vous avez Balak, vous avez Pinhas, et puis vous avez le cinquième. C'est quoi, le cinquième ?
— Yitro, voilà, Yitro. Et vous me le dites, il m'échappe. Il n'est pas encore arrivé, la photo ? Comment, tu n'as pas reçu la photo ? Je t'en envoie une. Alors, le cinquième ?
— Korah.
— Korah, Korah, absolument. Il y a sans doute un point commun entre les cinq, mais c'est pour une autre fois. Pour Yitro, donc. Le premier mot du passage, c'est Vayichma. Yitro, c'est un écouteur. Lui, il entend. C'est important, d'entendre: même quand on n'a pas vu quelque chose, si on est prêt à écouter ce que celui qui a vu peut nous raconter, cela peut remplacer, d'une manière ou d'une autre. Ce n'est pas exactement la même chose que d'avoir vu réellement, mais on entend. C'est d'ailleurs ce que demande l'injonction faite à tout Israël, Chema Israël: l'important, c'est de savoir ouvrir les oreilles et d'entendre ce que les gens ont à nous dire.
Yitro est donc celui qui entend, Vayichma Yitro. Et Rachi pose tout de suite la question: qu'a-t-il réellement entendu ? C'est une question curieuse, parce que le verset le dit: Vayichma Yitro, Kohen Midyan, hotèn Moshé, et kol acher asa Elohim le Moshé ou le Israël amo. Il a entendu tout ce qui est arrivé à Moshé et à Israël, c'est-à-dire tout ce qu'on a raconté depuis quelques paracha, la sortie d'Égypte, les plaies, la mer Rouge, etc.
Alors, qu'est-ce que la question de Rachi veut dire ? Qu'a-t-il entendu qui l'a fait venir ? Rachi suppose, présuppose, que tout ce qu'il a entendu n'a pas obligatoirement la même valeur, et qu'il y a peut-être une chose précise, qu'il a entendue, qui a déclenché chez lui cette volonté d'aller rejoindre Moshé. Pourtant, si le verset n'avait pas dit qu'il a entendu tout ce qui est arrivé, j'aurais dit qu'il vient tout simplement parce que c'est un beau-père, quand même, et qu'il doit amener sa fille, la femme de Moshé, et les deux enfants de Moshe. À leur place, moi, j'aurais fait une crise de frustration énorme. Nous, nous sommes déjà frustrés de ne pas avoir assisté à la sortie d'Égypte et au Mont Sinaï: nous sommes nés quelques milliers d'années après, donc on n'a pas pu y assister.
Mais j'imagine quelle aurait été ma frustration si j'avais été contemporain des événements extraordinaires qui se déroulaient à ce moment-là, et que je n'avais pas pu y assister, alors qu'il n'y avait que quelques dizaines ou centaines de kilomètres qui me séparaient de l'endroit. En plus, c'est mon père, c'est le centre, le clou de tout ce qui se passe: c'est lui qui a parlé à Pharaon, c'est lui qui a guidé le peuple. Et moi, son fils, ou moi, sa femme, je ne suis pas là-bas. Je n'ai pas vu tout ça. Je n'ai rien.
Si Yitro vient ensuite pour amener la femme et les enfants, c'est donc tout simplement pour limiter le plus possible cette grande frustration de ne pas avoir été présent: « Venez au moins maintenant, une fois que tout est déjà terminé. Il y a certainement encore quelque chose à voir, il va certainement encore arriver des choses. » Yitro amène donc la femme et les enfants de Moshé, c'est un peu normal. Et même s'il n'avait pas entendu tout ce que Dieu a fait pour Moshé, il serait certainement venu pour amener la femme et les enfants.
Ce que le verset veut sans doute signifier, c'est que la raison principale qui a fait que Yitro se joint à Moshé et au peuple n'est pas obligatoirement une raison familiale, mais quelque chose de beaucoup plus profond. Il y a une sorte d'identification de la part de Yitro à tout ce qui est en train d'arriver. C'est pour cela qu'il est écrit: il a entendu tout ce qui est arrivé. Il ne serait pas venu de la même manière, avec le même intérêt, le même enthousiasme, s'il n'avait pas entendu tout cela. Ce n'est pas une simple réunion de famille qui se passe ici: c'est apparemment beaucoup plus que ça, une sorte d'adhésion de Yitro à tout ce qui est en train de se jouer. Rachi est donc en droit de se poser la question: y a-t-il quelque chose de spécial ? Qu'est-ce qui a provoqué chez Yitro cette volonté de rejoindre le peuple d'Israël ?
On verra tout de suite après, au début de la paracha, qu'en effet il ne vient pas seulement pour amener la femme et les enfants et repartir chez lui. Vayomer Yitro: certains expliquent que Yitro s'est converti, qu'il a décidé de rester. Vayomer vient, dit-on, de yihoud, l'unité de Hachem: il est devenu réellement monothéiste, lui qui était pourtant un Kohen, un prêtre, et qui connaissait toutes les idolâtries du monde, apparemment. Et voilà qu'il décide de se joindre au peuple. Quel est donc le moteur, le déclencheur, l'événement qui a fait qu'il est venu ?
Dans la question de Rachi, Vayichma Yitro, ce qui compte, c'est le Vayichma: qu'est-ce qu'il a entendu qui l'a fait décider de franchir le grand pas et de rejoindre ? Rachi donne deux réponses, qu'il a lues toutes les deux dans le Midrash.
La première réponse de Rachi: Kriat Yam Souf, il a entendu le passage de la mer Rouge, dont on a fait lecture la semaine précédente. La deuxième: Milhémet Amalek, il a entendu la guerre contre Amalek. Rachi ne présente pas cela comme deux possibilités, mais comme deux événements qui, tous les deux, ont provoqué ce que cela a provoqué. La guerre contre Amalek termine la paracha précédente, Beshalla'h, qui est en effet le cœur de la paracha, avec le passage de la mer Rouge, et puis, vers la fin, la guerre contre Amalek. Ce sont sans doute ces deux événements, ensemble, qui ont fait que Yitro a décidé de rejoindre Israël.
Le Midrash dont Rachi se sert, et qu'il a un peu escamoté, nous donne davantage. Rachi ne prend pas tout ce que le Midrash nous dit. C'est bien dommage que je n'aie pas réussi à vous envoyer… Décidément, il y a des problèmes techniques aujourd'hui. Tu n'as toujours pas reçu… Si, je l'ai, tu veux le Midrash ? Enfin, le tout. Bon, c'est grave, je voulais le Midrash: c'est la Mekhilta, le midrash de …
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