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Le Moussaf de Roch Hachana et la règle des dix versets

Pourquoi le Moussaf est différent, et pourquoi on lit au moins dix versets à la Torah.

1 h 09

Rav Élie Kling

Ensuite : Souccot et l'esthétique juive : l'étrog, la beauté et le moule, 3 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonsoir à tous, on se retrouve sur l'île Maud, avec le Rav Eli Kling, qui va nous faire cours sur Roch Hachana. L'intitulé du cours est un drôle de Moussaf, Bekhava Darava. Oui, un drôle de Moussaf. Erev Tov à tout le monde. Un drôle de Moussaf, parce qu'il ne ressemble à rien, en fait, il ne ressemble à rien de connu.

Petit rappel que tout le monde connaît, mais quand même: la Amida, c'est-à-dire le passage central des prières juives. La Amida, qui est au centre des trois prières journalières, comprend toujours la même structure. Vous avez trois bénédictions au début, immuables, quel que soit le jour de l'année. Vous avez trois bénédictions à la fin. Et au milieu, vous avez des bénédictions qui changent selon le jour: si c'est un jour de semaine normale, si c'est un jour de Chabbat, etc.

Les trois premières bénédictions, vous les connaissez. La première, qui ne change jamais, c'est ce qu'on appelle la prière des Pères, parce qu'on y mentionne Abraham, Yitzhak et Yaakov, et elle se termine par Baroukh Ata Hachem, Magen Avraham, le protecteur d'Abraham.

La deuxième s'appelle Gvoura, parce qu'elle commence par Ata Guibor, tu es puissant, et elle parle de la puissance infinie de Dieu. On y cite essentiellement deux puissances particulièrement impressionnantes: une que l'on constate tout le temps, et une que l'on ne constate pas encore, mais qu'on constatera un jour. La première, c'est celui qui fait la pluie et le beau temps; la deuxième, c'est la résurrection des morts. Et ça se termine par Baroukh Hachem, Mehayé hamétim.

La troisième, qui elle aussi est immuable, ne varie jamais, ou pratiquement jamais, c'est ce qu'on appelle Birkat HaKedoucha, puisqu'elle parle de la sainteté d'Hachem. Sainteté, c'est le mot français qu'on utilise d'habitude pour traduire Kedoucha, mais vous savez que ce n'est pas exactement la traduction, puisque Kedoucha ne se traduit pas vraiment. Kedoucha, ça veut dire à part. En fait, ce serait plutôt « consacré » que « sacré », si vous voulez.

Une fois qu'on a fini la Amida, il y a encore trois paracha qui ne changent pas. La première, on l'appelle Avoda, parce qu'elle parle du service dans le Temple de Jérusalem. C'est une petite paracha, qui commence par Retzé, et qui se termine par Ha-machiv Chekhinato léTsion, celui qui fera revenir sa Chekhina, sa présence divine, à Tsion. On parle ici du Beit Hamikdach.

Ensuite, il y a Modim, une paracha de remerciement pour tous les miracles quotidiens, c'est-à-dire les miracles qui ont l'air naturels, que l'on rencontre le matin, à midi et le soir. C'est Birkat HaOdaa, qui se termine par Atom, Shimcha, Olecha, Naé, Leodot.

Et enfin, la dernière paracha. Comme d'habitude dans le judaïsme, c'est toujours la fin: c'est le Chalom, c'est la paix. La paix dans le sens le plus large du terme: Sim Chalom, Hamevarekh et amo Israël bachalom. Et comme vous le savez, la paix chez nous, c'est toujours à la fin. Vous avez remarqué: dans le Kaddich, c'est à la fin qu'on dit Oseh chalom. Dans le Birkat Hamazon, c'est à la fin. Hachem oz léamo yitén, Hachem yévarekh et amo bachalom. Et dans la Amida également, c'est à la fin. Parce que la paix est une aspiration.

On sait très bien que ça ne vient pas tout de suite. On parle ici du vrai chalom, pas des paix froides, des paix chaudes, des paix tièdes, qui sont des inventions israéliennes, en fait, et qui valent ce qu'elles valent. Je ne dis pas qu'il ne faut pas faire la paix, même froide, mais ce n'est pas de cette paix qu'on parle dans les Prophètes, vous voyez. La paix, ça vient de chalem, qui veut dire chlemout, la plénitude. Et chlemout, ça veut dire la perfection. Ce n'est pas... si vous voulez, ce n'est pas le feu entre deux reprises de combat.

Donc la paix est toujours à la fin: vous avez les trois premières, et les trois dernières. Et au milieu, en fonction du jour, le chiffre varie. En semaine, il y a treize bénédictions, qui sont des Bakachot, des demandes: demande de santé, demande d'intelligence, etc. Des demandes individuelles et des demandes collectives. Treize, plus trois, plus trois, ça fait dix-neuf. Et c'est pour ça que ça s'appelle les dix-huit bénédictions. Chez nous, on est toujours un petit peu... bizarre: quand il y a dix-neuf bénédictions, on appelle quand même

ça Chmoné Essré, dix-huit. Historiquement, avant, il y en avait dix-huit, on en avait rajouté une à la fin, et comme on avait déjà pris l'habitude de l'appeler les dix-huit, on l'a gardé. Les dix-huit sont très conservateurs. À partir du moment où ça s'appelle dix-huit, ça s'appelle dix-huit. Il y en a dix-neuf, ça s'appelle dix-huit quand même. Surtout parce que le dix-huit a un sens également. Mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui.

Vous connaissez cette blague ? Si, elle est connue. Si, elle est très connue. C'est la blague des trois représentants les plus hauts des trois religions monothéistes. Après un énième attentat au nom de Dieu, ils en ont marre. Ils se réunissent tous les trois: vous avez le pape, vous avez l'imam le plus important d'Arabie saoudite — donc pour les sunnites, on n'a pas réussi à amener le chiite dans l'histoire, ce n'est pas exagéré — et puis vous avez le grand rabbin d'Israël. Ils se réunissent et ils

se disent, franchement: est-ce que ça vaut vraiment la peine de se déchiqueter pour si peu ? Après tout, sur les principes de base, on est tous d'accord. On est tous les fils d'Avram. Il n'y a qu'un seul Dieu unique qui a créé le monde, et tout le monde est d'accord là-dessus. Chacun a sa particularité, évidemment, ça énerve les autres, mais ce n'est pas une raison pour se casser la figure régulièrement. Et vous vous rendez compte, les millions de noms qu'il y a déjà eu au nom

du Dieu unique, ça ne se fait pas. Alors ils décident de fonder une seule religion monothéiste.

Et pour ça, ils savent qu'ils doivent effacer les choses qui choquent trop les autres. Ils se donnent rendez-vous un mois plus tard pour convaincre leurs cardinaux, leurs imams et leurs rabbins qu'il y a quand même des choses à changer, pour créer une seule religion unique, et qu'ainsi il n'y aura plus de guerre de religion. Vous la connaissez quand même. Oui, je vois que vous la connaissez.

Je la termine quand même, puisque j'ai commencé. Ils se réunissent un mois plus tard. Le pape dit: « Oh là là, c'était très compliqué avec les cardinaux, j'ai dû parler des heures et des jours... Mais on a fini par enlever l'histoire que Jésus est une source divine. Et cette histoire des trois qui font un, qui font trois, on a bien vu que ça vous dérangeait: on a enlevé tout ça. Finalement, Jésus c'est un prophète comme les autres, ce n'est pas le fils de Dieu. » Très bien ! Alors le musulman dit: nous aussi, on a vu que cette histoire …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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