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Pourquoi Rabbi Akiba rit-il devant les renards du Temple

Le rire de Rabbi Akiba face à la ruine, et la double vérité du deuil et de l'espérance selon la Guemara de Makkot.

7 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Iftah, la négociation avec Amon et la conquête de la terre, 16 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chers amis, bonjour, heureux de vous retrouver sur la télévision de Machon Meir. Quelques mots dans ces moments si difficiles, si dramatiques, qui nous émeuvent tout un chacun, non seulement pour ce qui se passe en Israël ces dernières semaines, nous pourrions dire même ces dernières années, mais aussi pour l'événement qui s'est produit dans ce pays où nous avons grandi, où nous avons été éduqués. Cet événement n'a pas seulement fait que nous choquer: il nous a fait comprendre dans quel drame, si ce n'est dans quelle tragédie, la population française se trouvait en ce moment.

Je voudrais, à travers un texte, honorer la mémoire de ceux qui, là-bas, mais aussi ici, sont sacrifiés sur l'autel de la volonté de pouvoir être et de venir perpétuellement. Je voudrais, avec ces quelques mots de Torah, essayer d'honorer leur mémoire, la mémoire de nos deux derniers disparus, le Rav Yaakov Littman et son fils Nethanel, zikhrono livrakha, que je connaissais personnellement, mais qui, au-delà de la connaissance personnelle, viennent eux aussi nous interpeller.

Ce qui s'est passé là-bas, en France, vient de révéler à quel point nous sommes face à la barbarie à visage humain. Hannah Arendt tenait déjà ce propos quand elle regardait Eichmann au tribunal de Jérusalem et voyait qu'il n'y avait là qu'un visage humain: la banalité du mal, disait-elle.

Et là aussi, nous avons découvert qu'un père marié, père de deux enfants, était celui qui avait vidé son chargeur sur la famille Littman. Il y avait sept personnes, le père, la mère et cinq enfants, et rien ne pouvait les arrêter, comme à Paris, comme à Jérusalem. La barbarie est à visage humain, et c'est surtout dans la banalité de ces visages immondes que l'abominable s'exprime.

Je voudrais penser à un texte et m'entretenir avec celui de Rabbi Akiva et de ses élèves. Il se trouve dans la Guemara de Makkot. Je vous lis un peu, parce qu'il est bon d'écouter ce que disaient les Sages. Rabbi Akiva et ses élèves montaient à Jérusalem. Certains d'entre vous connaissent Har Hatsofim, le mont Scopus. Ils déchirèrent leurs vêtements.

Alors qu'ils se trouvaient sur la cime du mont Scopus, ils virent un renard s'enfuir du Saint des Saints. Les élèves se mirent à pleurer. Rabbi Akiva éclata de rire. « Pour quelle raison ris-tu, Rabbi ? »

Et Rabbi Akiva leur posa cette question, qui peut nous paraître tout à fait étrange: « Pour quelle raison pleurez-vous ? » Amroulou, Bemakom, Shekat Vubo, Ve'azar, Akarev, Youmat, l'endroit où il est écrit que même un étranger, quel qu'il soit, qui viendrait à pénétrer le Saint des Saints serait mis à mort, condamné à mort en quelque sorte, parce qu'il viendrait profaner ce lieu saint ?

Nous ne pleurions pas alors que nous voyons un renard se promener et sortir du Saint des Saints. Ces phrases ne viennent pas légiférer quoi que ce soit, mais marquer le ressenti des élèves face à la destruction. Nous sommes à l'époque du Deuxième Temple. Et maintenant les renards se promènent. Nous ne pleurions pas. Mais moi, c'est la raison pour laquelle je ris.

Cela demande explication, bien sûr. Comment face au drame, qui sont les nôtres ? Pourrions-nous ne pas pleurer, ne pas nous lamenter, ne pas avoir le cœur contrit, serré ? Comment ne pas parler de la peur, de l'angoisse, de l'anxiété ? Le prophète Ouria dit, à cause de vous, aux enfants d'Israël: la terre de Sion, la terre d'Israël, sera labourée, c'est-à-dire dévastée.

Mais pas seulement. Si ce qu'a dit Uriah est ce que je vois, alors je dois prendre en considération ce qu'a dit Zecharia: nous serons un jour les témoins que le vieux et la vieille seront assis de nouveau sur les bancs de Jérusalem, et que les enfants, le cri des enfants, sera entendu dans ces mêmes ruelles. Jusqu'au moment où je n'avais pas encore été le témoin de la prophétie d'Ouria, selon laquelle la terre d'Israël serait dévastée, je ne pouvais penser que la prophétie de Zecharia se réaliserait. Mais maintenant que je vois la prophétie d'Uriah se réaliser devant mes yeux, je n'ai pas seulement l'espoir de ces lendemains qui deviendront chantants, avec le vieux et la vieille, avec les enfants qui joueront dans les rues de Jérusalem. J'en suis intimement persuadé. Mon rire est celui de Yitzhak, celui qui rira au futur.

Mais cela ne m'empêche pas de me désoler, de me lamenter, d'avoir le cœur contrit sur ce que je vois maintenant. Je ne peux rester... Et là, la Guemara vient nous enseigner que l'un et l'autre ont raison. Il faut bien sûr se lamenter. Il faut honorer la mémoire de nos chers disparus. Mais il faut que cet honneur soit honorable dans sa capacité à entrevoir le devenir possible.

Nous ne baissons pas les bras, nous n'avons pas peur. Nous, Israéliens, sommes le fer de lance de ceux qui, confrontés à la haine, à la barbarie de ces visages humains, sont persuadés que si nous avons traversé les méandres de l'histoire humaine, depuis Sumer et Babylone jusqu'aux empires d'Athènes et de Rome, et que nous sommes encore présents envers et contre tous les aléas meurtriers, violents, de l'histoire humaine, nous sommes le fer de lance, oui, je le dis et je le répète, de ceux qui sont pleinement assurés et rassurés

sur ces lendemains qui chanteront. À très bientôt. Chalom, chalom.

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