Le Temple, moyen et non finalité : la leçon de Chlomo
Le Temple sert à forger une identité morale et à unir les douze tribus, pas à racheter des fautes.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le Messie selon Maïmonide : ni miracles, ni prodiges, 5 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Allô, chers téléspectateurs, shalom depuis Jérusalem, la télévision de Machon Meir. Je vous avais laissés la dernière fois entre la pierre et le fer, c'est-à-dire entre la pierre, qui était révélatrice de ce qui allait pouvoir être construit, et le fer, qui, servant aux armes destructrices, allait bien entendu prendre la vie, c'est-à-dire la détruire, alors que la pierre servait à la construire. Ce que je ne vous avais pas dit, c'est que la pierre se dit en hébreu Even, et que Even est la construction de Havreben.
C'est-à-dire de cette possibilité où, dans la pérennité du père au fils, nous assurons le devenir. C'est intéressant.
Quand nous pensons que nous, les Hébreux, de retour sur la terre d'Israël, nous sommes affairés à énormément d'archéologie, c'est parce que l'archéologie, les retrouvailles avec les pierres, sont des signes évidents du passé qui fut le nôtre, du présent qui est le nôtre à ce moment-là, et du lien qui relie l'un à l'autre, avec la pierre, Even. Je ferme la parenthèse, bien entendu.
Shlomo, en construisant le Temple, et j'ai le texte devant moi ici, a pour intention d'utiliser le Temple et de faire valoir le Temple selon l'enseignement que Shlomo donna à David, et que David, dans son testament, laissa à Shlomo: que le Temple soit le moyen, le moyen, oui, j'ai bien dit le moyen, et non pas la finalité. Car si jamais —
L'un d'entre vous venait à prendre le Temple comme la finalité de notre devenir et non pas le moyen, il tomberait d'une manière pratiquement naturelle dans ce que j'appelle un fondamentalisme ou un fanatisme religieux, que nous réfutons totalement et qui n'est pas possible. Le Temple est le moyen qui doit permettre à l'homme, individu, mais surtout à la nation d'Israël, en tant que de se révéler à travers cette identité morale, de la manière d'être homme.
L'objectif de la Torah, qui est à l'encontre de toutes sortes de déviationnismes que nous connaissons, est de se libérer de toute agressivité, de nous conduire dans les voies de ce que veut dire aimer, et surtout dans l'acceptation, la compréhension des autres, de ces êtres qui ne sont pas comme nous.
Et ce n'est pas par hasard. Lorsque ces trois fêtes avaient lieu, l'ensemble des hommes venaient à Jérusalem, peu importe de quelle tribu ils venaient, car c'était la force de Jérusalem de n'appartenir à personne, mais d'appartenir à tout Israël, parce que c'est là que les douze tribus se rencontraient, chacune étant totalement différente de l'autre.
Mais dans la reconnaissance de la différence de l'autre, il y avait cette capacité à pouvoir faire de ce pluriel de tribus une nation qui se présentait devant l'Éternel.
Je ne sais pas si je vous l'avais dit dans une précédente émission, mais David avait l'air, lorsqu'il est roi de Judée, dont la capitale est Hébron, lorsqu'Avner ben Ner vient lui prêter allégeance, —
parce que Shaul et Yonatan sont morts dans la bataille de Guilboa contre les Philistins, et donc les dix tribus se rallient à la tribu de Yéhouda et de Binyamin. Et bien, David reste à Hébron pour se préparer pendant sept ans et demi à devenir roi. Vous savez pour quelle raison ?
Il essaie d'entendre et de comprendre qu'à travers ce qu'il a appris des patriarches et des matriarches, il va lui falloir, pour devenir roi de tout Israël, être capable de faire de douze un. Voilà l'enseignement que Shlomo va octroyer à la présence du Temple. Et bien sûr, il est le fils de ce David dont je viens de vous parler, capable de faire de la pluralité une nation singulière.
Le Temple n'est pas un instrument ni une espèce de magie automatique qui viendrait parce qu'on s'y rendrait, comme dans un confessionnal par exemple, pour pouvoir passer l'éponge, nous laver de toutes les insanités, de toutes les saletés, de toutes les incongruités qui sont les noms. Non, en aucun cas. Sa présence en notre sein n'implique pas forcément —
l'indulgence de l'Éternel face aux actes pervers. Dieu nous met en garde, et le Seigneur parle ainsi à cet endroit: « Cette maison que tu édifies, j'y résiderai si tu te conformes à mes lois, si tu obéis à mes statuts, si tu as soin d'observer et de suivre mes commandements. Alors j'accomplirai en ta faveur la promesse, etc. »
Et nous revenons à ce que je vous disais, sur quoi j'insistais foncièrement, à savoir que, sans la prépondérance de la manière d'être, de cette identité morale, de la manière d'être des Hébreux de la nation d'Israël, eh bien, en aucun cas nos erreurs, nos fatuités ne pourraient nous emmener à être reconnus par l'Éternel du seul fait que nous venions au Temple de Jérusalem.
Que les nids, mes amis, que les nids — jamais, au grand jamais, ne serait-ce qu'à l'époque de Yirmiyahou, du prophète Jérémie, leur disait-il: à quoi bon ces animaux que vous amenez en sacrifice, en pensant que par le sacrifice vous lavez des fautes et de l'ignominie qui est la vôtre ? C'est de l'homme que Dieu a besoin, c'est l'homme que Dieu attend.
À très bientôt, chaleureusement.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
114 cours de Rony Akrich, en direct du Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Histoire d'Israël, Rav Kook, Émouna, Sortie d'Égypte.
- 9
Haftara de Parah : la purification nationale selon YehezkelÉzéchiel 36 : l'exil comme profanation du Nom, et le retour en Erets Israël comme réparation du corps national. - 10
Pourquoi Rabbi Akiba rit-il devant les renards du TempleLe rire de Rabbi Akiba face à la ruine, et la double vérité du deuil et de l'espérance selon la Guemara de Makkot. - 11
Iftah, la négociation avec Amon et la conquête de la terreRav Yoël Benaroch analyse la paracha d'Iftah : faut-il toujours combattre, ou céder par tactique comme Yohanan ben Zakaï ? - 12
Pirkei Avot : la morale avant la TorahPourquoi les Pirkei Avot précèdent la loi et préparent le don de la Torah à Chavouot. - 13
Le Temple, moyen et non finalité : la leçon de ChlomoLe Temple sert à forger une identité morale et à unir les douze tribus, pas à racheter des fautes. - 14
Le Messie selon Maïmonide : ni miracles, ni prodigesMaïmonide (Hilkhot Melakhim, ch. 11-12) : le Messie se reconnaît à ses actes, non à des signes, et l'échec de Bar Kokhba est l'exemple. - 15
Shmuel à Mitspa, la pierre de secoursLe repentir du peuple à Mitspa, la victoire sur les Philistins et l'échec de la judicature héréditaire de Shmuel. - 16
Yehoudi, Ivri : d'où vient le mot juifLe terme yehoudi apparaît chez Yirmiyahu, et le retour à l'hébreu marque la fin de l'exil de la fraction. - 17
Le livre de Ruth, une voie de relèvement pour IsraëlRuth, Boaz et Noémie ouvrent une fenêtre d'espoir au cœur de l'anarchie des Juges, et la fuite à Moab est analysée comme une faute à réparer. - 18
Bikourim : le retour au pays comme aveu d'identitéLe rituel des prémices relie la fin de l'exil à l'entrée en Erets Israël, et interroge les vraies raisons de l'Aliya.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav