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Iftah, la négociation avec Amon et la conquête de la terre

Rav Yoël Benaroch analyse la paracha d'Iftah : faut-il toujours combattre, ou céder par tactique comme Yohanan ben Zakaï ?

16 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Pirkei Avot : la morale avant la Torah, 15 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chers téléspectateurs, shalom, heureux de vous retrouver, Rav Yoël Benaroche et moi-même, sur la chaîne de la Yeshiva du Machon Meir. Shalom ouvrakha. Aujourd'hui, Yoël, nous allons parler d'un sujet plus qu'épineux, un sujet qui ne nous laisse pas tranquilles depuis, ou même avant, la naissance, la renaissance de l'État d'Israël. Nous allons lire cette semaine, à Chabbat, la Haftara de Yiftah le Guiladi, dans le livre des Chofetim.

Yiftah est appelé à la tête des enfants d'Israël parce que c'est un héros, un guibor. Mais il n'engage pas le combat face à Ammon, qui est un vrai belligérant. Il entame des négociations. Et lorsque le roi d'Ammon voit qu'il envoie une délégation pour négocier, le roi d'Ammon lui dit: « Aucun problème, mon cher ami, je n'ai rien contre vous. Donnez-moi les territoires, donnez-moi la terre, je vous donne la paix. La paix n'a pas de prix. Est-ce que tu es prêt à t'engager dans un combat sans fin, et pour lequel les résultats ne sont pas probants, ni vraiment satisfaisants, en tout cas si je regarde l'actualité d'aujourd'hui ? »

Alors, est-ce que, comme certains, même parmi le monde religieux, je parle de ceux qui reconnaissent l'État d'Israël, qui disent que le prix de la vie est bien trop cher pour que nous le remettions en question pour quelques kilomètres carrés de terroir ?

Mon cher ami Rony, tu n'es pas sans savoir que le Tanakh tout entier nous raconte, en fait, une évolution générale du peuple d'Israël, qui sort d'Égypte et qui doit arriver à Jérusalem. Or, nous savons que la terre d'Israël est habitée lorsque le peuple d'Israël arrive. Ce n'est pas pour autant que l'Éternel abdique, qu'il change de programme. Il le sait d'avance. Il y a donc une règle qui nous oblige, en tant que peuple d'Israël, et cela est repris par le Ramban, de conquérir la terre d'Israël, à toutes les générations.

— Je suis entièrement d'accord avec toi. Yehoshoua mène la bataille, mais Yehoshoua, au moment où il meurt, avec tout le rôle de conquérant de la terre d'Israël que Moshé lui a ordonné, la terre n'est pas entièrement conquise.

— Tout à fait. La conquête de la terre se fait par étapes. On n'arrive d'ailleurs pas directement à Yerouchalayim. Cela aussi prend du temps. Ce que je veux dire par là, c'est que lorsque Yiftah devient le chef, Rosh Hakatsinim, du peuple d'Israël, il doit mener une guerre. Or, tu as soulevé un problème qui a été, en réalité, soulevé bien avant nous par les explorateurs. Les explorateurs, pour la première fois dans l'histoire d'Israël, se sont accaparés, ont utilisé… c'est-à-dire, pour protéger le néfech, la vie de l'homme, on peut ne pas rentrer en guerre.

Mais ceci est faux. Ce n'est pas la halakha. Lorsqu'il s'agit de conquérir la terre d'Israël, le Saint béni soit-Il sait très bien, et chaque soldat d'Israël sait très bien, qu'il a la possibilité de ne pas revenir de cette guerre. Et pourtant, la mitsva ne tombe pas. Elle reste. C'est-à-dire que la conquête d'Israël passe par un danger de mort.

Mais il y a dans la Guemara le fait que nous devons être martyrs pour trois choses seulement, et Erets Israël n'y est pas rappelé. Trois choses pour lesquelles nous devons être prêts à être martyrs: l'assassinat, l'adultère, l'idolâtrie. Ça, c'est au niveau individuel. Là, il s'agit d'une nation qui conquiert la terre. Ça n'a aucun rapport. C'est une mitsva de la Torah de conquérir la terre. Et il y a des halakhot concernant la mort, même l'état de mort, parce qu'il existe, il est pris en compte par l'Éternel. Donc, ça n'a aucun rapport avec le pikouah néfech.

Et Yirmiyahou avait donc totalement tort lorsqu'il demande aux enfants d'Israël de cesser de vouloir guerroyer et de se remettre aux mains de Nabuchodonosor. « Les dés sont jetés. » Non, il fallait combattre jusqu'au bout. Mais voilà, il faut combattre. Mais non, Yirmiyahou !

Et l'histoire lui a donné raison, parce qu'en réalité il s'agit de tactique. Ce n'est pas une guerre oui ou non, c'est une tactique. Si, pour l'instant, je ne peux pas conquérir cette terre, eh bien, par essence tactique, je dois le faire le lendemain ou le surlendemain. Mais ça ne veut pas dire que j'ai abandonné totalement la conquête de la terre d'Israël. Sinon, comment rentrer sur la terre d'Israël, où il y a le Yevoussi, le Guirgachi, et tous les peuples, les sept peuples qui se trouvent ici ?

— Non, je suis entièrement d'accord. Je ne viens pas revendiquer, comme les explorateurs, le fait que nous ne voulons pas du tout nous mesurer à l'ordonnance divine de conquérir la terre d'Israël et d'y habiter. Je dis que oui, nous voulons la terre d'Erets Israël. Oui, nous voulons habiter la terre d'Erets Israël. Mais dans certaines conditions. Est-ce que nous devons être maximalistes ? C'est-à-dire que, dans les conditions géopolitiques qui sont les nôtres, ne dois-je pas entendre le propos de Yirmiyahou, qui, pour moi, me fait entendre que la préservation du devenir du peuple, pour mieux y revenir, est, à ce moment-là, la plus importante ?

— Alors ça, ça s'appelle dorone. Quand on sort en guerre, il y a une loi de la Torah: le chef de guerre du peuple d'Israël demande au chef de l'ennemi: voilà, on te propose tranquillement de rentrer sans faire de bruit. Est-ce que tu acceptes ? Je suis prêt à te donner quelques biens, mais pas des parcelles de terre. Si tu refuses, alors seulement je sors en guerre. C'est ce que Yiftah est en train de dire. Mais lorsque le roi d'Ammon lui dit de venir, et seulement il aura la paix, parce que vous êtes sortis d'Égypte, vous m'avez volé…

La terre d'Israël, on ne peut pas accepter cela, car si on accepte que nous sommes des voleurs de la terre d'Israël, ça veut dire qu'on accepte aussi que Dieu lui-même s'est trompé dans son histoire.

— Moi, j'ai une objection, votre honneur. Ce n'est pas à l'époque de Yirmiyahou, au Premier Temple, mais à l'époque du Deuxième Temple, lorsque Rabbi Yohanan ben Zakaï s'enfuit, au moment où la bataille fait rage, où les ultranationalistes mènent un combat contre les Romains, perdu d'avance, mais le combat a lieu. Yohanan ben Zakaï sort, Vespasien l'arrête, et Rabbi Yohanan ben Zakaï lui dit: « Donne-moi Yavné. » Pourquoi ne demande-t-il pas Jérusalem ? Certaines parcelles sont-elles meilleures que d'autres ? Ou bien a-t-il l'intention de sauver quelque chose de plus important, vis-à-vis duquel la parcelle de terre ne peut se mesurer ?

Ce que fait Rabbi Yohanan ben Zakaï, c'est tout simplement de préserver la Torah, momentanément, parce qu'il sait qu'au niveau politique, géopolitique, il n'y a pas les moyens, pour l'instant, de conquérir. Qu'est-ce qu'il fait ? Au lieu de tout perdre, il remonte une yeshiva pour reformer des soldats qui vont être, en réalité, des talmidei hakhamim, et revenir après. On est entièrement d'accord ? C'est une tactique.

— Ah, on est entièrement d'accord. Donc il y a autre chose, mais il y a peut-être un second sens. Tu le dis …

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