Pirkei Avot : la morale avant la Torah
Pourquoi les Pirkei Avot précèdent la loi et préparent le don de la Torah à Chavouot.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le Temple, moyen et non finalité : la leçon de Chlomo, 7 min
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Chers téléspectateurs, shalom, Boker Tov depuis Jérusalem. Nous sommes heureux, Rav Yoël Benaroche et moi-même, de vous retrouver pour ce nouveau Tête à Tête. Aujourd'hui, mon cher Yoël, shalom.
— Shalom mevou'akh, monsieur Roni Akrish. Nous allons, si tu le veux bien, parler de ce que, en français, nous appelons les maximes de nos pères. En hébreu, Pirkei Avot, les chapitres de nos patriarches.
Ceux qui l'ont écrit sont tous des hommes, donc on les appelle les Pirkei Avot, mais il n'y a pas non moins de chapitres de Imahot, de nos mères, de nos matriarches, qui vont permettre de réaliser tout autant ce que ce livre vient nous dire. Cette Mishna n'a pas été discutée dans aucun des Talmuds, ni de Babylone, ni de Jérusalem.
Par contre, cette Mishna va trouver chez nombre d'auteurs antérieurs et postérieurs des commentaires qui vont essayer d'élucider le propos de ces auteurs de la Mishna que nous appelons les Tannaïm, à l'époque, bien entendu, de la fin du Second Temple et post-destruction du Second Temple.
— Qu'est-ce que les Pirkei Avot ? Je dirais, et je serais content que tu m'en dises autant de ton côté, que les Pirkei Avot, je les partage entre trois définitions: la morale, les vertus et l'éthique. C'est l'impression que me laissent les Pirkei Avot. Nous parlerons bien sûr de pourquoi, à l'époque où nous sommes, entre Pessa'h et Chavouot, nous lisons les Pirkei Avot, bien entendu. Mais d'abord et avant tout, ce livre n'a pas de législation. Il est donc le livre de la morale, de l'éthique et de la vertu.
Quelle est la place de la morale, de l'éthique et de la vertu dans ce qui n'est pas la loi ? Où se situent ces trois dimensions si cardinales, en fin de compte, pour le devenir de l'être ?
— Tu as posé beaucoup de sujets dans l'ouverture de ce thème. Il faut d'abord revenir au terme lui-même, Pirkei Avot. Le mot Avot ne veut pas dire seulement « pères », mais en réalité c'est une notion de matrice. Autrement dit, si j'appelle les maximes des pères, c'est en réalité la matrice même qui précède la Torah. Je veux dire par là qu'il y a une Torah qui est la Torah des pères, avant d'atteindre la Torah des maîtres. C'est-à-dire que la Torah du père, Abraham, Its'hak et Ya'akov, qui est une Torah liée en fait au lien maternel et paternel, précède la Torah qui est enseignée par le maître au niveau de l'esprit.
Pour mieux aiguiser ce que je suis en train de dire, je voudrais préciser qu'il existe en réalité une Torah naturelle, au sens du mot « naître », avant une Torah de l'esprit, une Torah de l'étude à proprement dit, celle que nous étudions à la yeshiva.
Et même cette Torah que nous étudions à la yeshiva, si elle n'est pas liée à la Torah de nos maîtres qui l'a précédée, puisque nous avons une règle, c'est-à-dire que l'éthique, la morale, comme tu l'as très bien indiqué, précède la Torah du maître Moshé Rabbénou.
Ce que nous trouvons essentiellement dit et explicité, par exemple par le natif de Volojin, Rav Tsvi Yehouda Berlin, dans sa préface au HaEmek Davar à propos du livre de Béréchit. C'est-à-dire que le livre de Béréchit est en fin de compte le Sefer HaYachar, le livre de la droiture. On retrouve donc bien entendu les vertus, la morale et l'éthique. Mais il explicite là-bas combien le fait de ne pas avoir entretenu, en notre être profond, cette dimension de l'étude de Béréchit, c'est-à-dire la manière d'être, le comportement, le caractère, les faits et gestes de nos pères et de nos mères, fait que les hommes ont été dans l'incapacité
de pouvoir réellement réaliser ce pour quoi nous avions été choisis.
— Est-ce que la loi nous a été donnée parce qu'elle est une finalité ? Ou bien, si elle n'est pas une finalité, cela veut dire que l'être en question, moral, vertueux et éthique, est à même de vérifier que la loi n'est qu'un moyen qui permettra à l'homme, au peuple, à la nation, à l'humanité, à l'univers, d'être sublimés.
— Tout à fait. Je pense que, déjà, la Torah de l'enseignement ne vient pas nous donner des informations superficielles, extérieures, étrangères. Ces informations sont en réalité déjà gravées à l'intérieur de notre être. Autrement dit, la Torah que j'étudie ne fait que sublimer, ne fait que mettre en relief ce que je suis déjà à l'intérieur de moi. Mais pour retrouver ce qui est à l'intérieur de moi, je dois d'abord être dans cette éthique, c'est-à-dire fidèle à mon essence.
Et donc, les Pirkei Avot nous disent, les sages, que si ce traité s'appelle Massekhet Avot, le traité des Pères, cela sous-entend qu'il y a des fils, qu'il y a des engendrements. Et les sages nous disent, tiens-toi bien, que si cette Massekhet s'appelle Avot, c'est qu'elle est en réalité le père et la matrice de toutes les autres Massekhot. Autrement dit, toutes les Massekhot du Chass ne sont que des enfants par rapport à cette Massekhet qui est le père de tout.
Et si tu n'as pas ce père, si tu n'as pas cette vertu naturelle, même en étudiant la Torah, tu seras un voyou avec une kippa et avec des tsitsit, et avec tout ce que tu fais dans les mitsvot de la Torah, parce que tu n'auras pas réglé auparavant la nature de ton être. Comme tu le disais, et je termine par cela: les mitsvot et la Torah que nous avons reçues ne sont là que pour nous mettre en relief cette nature qui est déjà en nous.
Et je suis content de te l'entendre dire, parce qu'en fin de compte, lorsque nous nous rappelons l'histoire, et notre première histoire est celle que je rappelais au tout début, nous sortons d'Égypte où nous avons été esclaves. Dans cette Égypte, nous avons été, au fur et à mesure, contraints de devoir survivre. La sortie d'Égypte, c'est la promesse de pouvoir vivre.
Le texte est éminent lorsqu'il déclare que, durant la période de Pessa'h, après Pessa'h, ce que nous amenions au Beit Hamikdash était une mesure d'orge, qui est l'aliment animal, et qu'au jour de Chavouot, c'était la mesure pour les pains de blé, c'est-à-dire la belle, c'est-à-dire l'homme, l'humain. Et en fin de compte, il y avait ce processus, bien évidemment, qui devait se faire, et ce n'est peut-être pas par hasard.
Je veux bien le croire que nos sages ont institué les six Chabbatot qui séparent Pessa'h de Chavouot, pour lire les Pirkei Avot, parce que, en fin de compte, comme dans ce verset, si la Torah est Mayim Haïm, c'est-à-dire des eaux vivifiantes, comment pourrait-elle être, si ce n'est le contenant qui est là ? Et comme tu l'as excessivement bien dit, l'eau trouve tout son sens profond du fait que le contenant n'en est pas moins existant, mais pas existant parce qu'il se devrait d'être comme ceci.
Mais il y a dans le commandement un premier commandement qui exige de l'homme une identité morale essentielle, avant le contenu transmis au Sinaï. Et peut-être qu'ainsi, en lisant …
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