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Être utile en temps de guerre : le combat de ceux qui sont loin du front

Pourquoi servir sa nation depuis l'arrière, par le travail quotidien et par la prière qui affermit la émouna.

12 min

Rav Raphaël Kohane

Ensuite : La prière, pourquoi elle agit à tous les coups, 4 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Il y a un sentiment qui a été partagé par beaucoup de gens, surtout au début de la guerre. C'est le sentiment de: « Moi aussi, je veux aller servir à Gaza. » Et la phrase juste après: « Et si je n'y vais pas, je ne sers à rien, je suis inutile. »

En vérité, la première partie de la phrase est très juste, et c'est très important. C'est hyper positif de sentir ça. Le fait de dire « moi aussi, je veux y aller », c'est génial. Ça veut dire que tu sens que tu fais partie de cette nation et que tu as envie de servir. C'est très positif, même si ce n'est pas très confortable, parce qu'au final, tu n'y es pas, ok ?

La deuxième partie de la phrase, « Ouais, du coup, si je ne suis pas à Gaza, je ne sers à rien, je suis inutile », ça, forcément, c'est faux. Et pour plusieurs raisons.

La première raison, c'est un truc simple, mais les soldats doivent bien protéger une nation. C'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait une nation. Il faut aussi continuer à vivre, il faut continuer à éduquer des enfants, il faut continuer l'économie, il faut continuer notre travail quotidien, il faut essayer de continuer. C'est notre combat. Sinon, le Hamas a vraiment gagné. Ce que veut le Hamas, c'est faire tomber totalement l'État d'Israël, c'est-à-dire faire tomber aussi l'économie et tout ce qui fait marcher un État. Ça, c'est la première raison, mais des fois, ça ne réconforte pas complètement.

La deuxième raison, c'est qu'en tant que croyant, on part du principe qu'on est exactement à l'endroit où on doit être. Donc, si Hakadosh Baroukh Hou nous a mis là, et que les Miluim ne m'ont pas appelé, que je n'ai pas encore fait mon service militaire et que je suis en France, eh bien, pour l'instant, apparemment, c'est là que tu dois être. Mais ça ne suffit pas de dire ça. Premièrement, vérifie si tu es vraiment à l'endroit où tu dois être. Ça peut se vérifier. Mais une fois que tu as vérifié et que tu dis: « Écoute, pour l'instant, c'est la réalité, et c'est comme ça que je suis », alors vient la deuxième étape, qui est très importante: là où je suis, comment faire mon maximum, pour faire ce que je suis en train de faire, mais de la meilleure manière possible.

C'est ça, notre travail, notre combat. De la même manière que les soldats ont une mission, nous aussi, nous avons une mission. Et là, il faut dire quelque chose d'important: les soldats, on peut les comparer à des malachim. Rachi, dans la paracha justement de la semaine dernière, nous dit, en ramenant une guemara qui dit: « Un malah… ». Un malah, c'est un ange, plutôt une force spirituelle. Lorsque Hakadosh Baroukh Hou veut agir dans le monde, il envoie un ange, un malah. Par exemple, s'il veut envoyer la guérison, il envoie l'ange Raphaël. Et il est écrit qu'un ange ne peut pas faire deux choses en même temps. Il ne peut faire qu'une seule chose.

D'un côté, c'est extrêmement puissant, et de l'autre, c'est très limité. Et ça ressemble à nos hayalim. Nos hayalim, surtout sur le front, sont occupés à une seule chose: gagner la guerre. Une seule chose: se battre. Et donc, ils sont comparés à des malachim. Nous, nous sommes moins des malachim. Nous, en arrière, qui ne sommes pas sur le front, nous avons plein de petits fronts. On doit s'occuper de ceci, de cela, de ça. Et c'est vrai que, quelque part, il y a une difficulté à être moins focus, moins concentré, que ceux qui sont réellement sur le front.

Mais justement, on peut s'inspirer d'eux, et se dire: nous aussi, nous sommes des envoyés. Nous aussi, nous avons une mission. Et ce que nous faisons, il faut le faire, entre guillemets, comme un malah, comme un hayal, c'est-à-dire de manière absolue, se donner à 100 % dans ce que tu es en train de faire. Ce sera ça, notre combat.

Et il est intéressant, si on veut définir un peu plus le combat de ceux qui ne sont pas au front, de regarder le modèle proposé par la Torah. Dans plein d'endroits différents, on voit qu'à chaque fois qu'il y a une guerre, on se divise en deux équipes: ceux qui combattent et ceux qui vont prier. C'est dit de manière très explicite, par exemple, dans la guerre contre Amalek. Amalek est venu pour combattre Israël, et directement, Moché dit à Yehoshoua: « Choisis des soldats et va te battre contre Amalek. Et moi, je vais me mettre en haut de la colline et je vais prier. » Et on voit que lorsque Moché a les mains levées, on gagne; lorsque ses mains s'affaiblissent, on perd. La prière et la guerre sont intrinsèquement liées.

On le voit dans plein d'autres endroits. Le roi David, à la fin de sa vie, ne sort plus au combat, et on lui dit: « Toi, tu vas nous aider de là. » Les Mefarchim demandent: « Mais comment va-t-il nous aider alors qu'il n'est pas sur le front ? » Et ils répondent: en priant. Ou Yaakov, lorsqu'il se prépare à la guerre: il se prépare à la guerre, et aussi à la prière, quand il est face à Essav. Les deux sont liés.

Maintenant, ça fait un peu cliché de dire: « Bon, si je ne suis pas au front, alors je vais prier. » C'est un peu cliché, comme ça, et de toute façon, il faut prier tout le temps. On peut donc se poser la question: qu'est-ce que la prière en temps de guerre a de particulier ? En quoi est-elle spéciale ? Qu'est-ce que ça fait, surtout ? Pourquoi agit-elle autant ? Il y a au moins trois raisons.

La première raison, c'est que la guerre nous met face à la réalité du mal. D'un coup, on voit que le mal a énormément de force, qu'en vérité, il réussit à agir dans le monde, et on est complètement choqué. Cela remet un peu en question quelque chose d'extrêmement cher chez nous, d'extrêmement important, qui est la certitude du bien, la certitude de la force du bien, la certitude de la victoire du bien. Quelque part, la guerre nous fait une douche froide sur notre capacité à être certains que,

finalement, c'est le bien qui va gagner. Ce qu'on appelle la émouna. Nous partons du principe que le monde est basé sur la bonté, et que c'est le bien qui va finalement sortir de ce monde-là: c'est ce qu'on appelle le méchirisme, le messianisme. Et face à la guerre, on est très refroidi par rapport à cela. On se dit: on a un petit doute, un petit doute qui rentre dans le cœur. Est-ce que c'est vraiment possible ? Est-ce qu'on peut faire face à ce mal ?

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