Yom Yerouchalaïm : fêter le retour à Jérusalem
Pourquoi Jérusalem est au cœur de l'histoire juive, comment Yom Yerouchalaïm est né en 1967 et pourquoi il reste peu fêté.
Rav Raphaël Kohane
Ensuite : Israël et l'opinion des nations, 4 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
C'est quoi ce Yom Yerouchalaïm ? Depuis quand est-ce qu'on le fête et comment on le célèbre ? Pour répondre à ces questions, il faut revenir presque 2000 ans en arrière, lors de la dernière destruction de Jérusalem, la destruction du Temple par les Romains. Depuis 2000 ans, on n'a pas arrêté de prier pour Jérusalem, on s'en endeuille à Ticha BeAv pour la destruction du Temple, et ceux qui peuvent essaient de se rendre à Jérusalem, de venir au Kotel pour voir les ruines de ce qu'était cette ville.
En 1948, le peuple juif a enfin un État à lui. Mais les États arabes attaquent tout de suite. Il va y avoir de violents combats et on va perdre Jérusalem. Les nouvelles frontières de l'État s'arrêtent juste avant la vieille ville de Jérusalem. Et pendant 19 ans, pas un Juif ne pourra venir prier au Kotel. Et qu'on soit religieux ou pas, tout le monde aspire à revenir à Jérusalem.
En 1967, Israël est menacé par au moins cinq pays et elle décide de lancer une attaque préventive. C'est le début de la guerre des Six Jours. Guerre éclair, presque miraculeuse, au cours de laquelle Israël va revenir sur des territoires qui sont le berceau de son histoire, comme Chekhem, Hévron, toute la Judée, mais aussi la vieille ville de Jérusalem. En 1948, après avoir reçu un corps, en 1967, le peuple d'Israël récupère finalement son cœur.
Ma première question sur Yerouchalaïm, c'est: qu'est-ce que cette ville a de si spécial pour qu'on continue d'y aspirer pendant 2000 ans ? Peut-être que son secret se cache dans son nom. Le mot Yerouchalaïm vient du mot shlemout, qui veut dire la perfection. C'est-à-dire la capacité à unifier, à créer l'harmonie entre des choses qui, a priori, ne vont pas forcément ensemble. Car Yerouchalaïm, c'est l'endroit qui relie le ciel et la terre. C'est le lieu de la rencontre entre le spirituel et le matériel.
Vertical, c'est aussi horizontal: c'est la ville qui va réunir toutes les tribus trois fois par an, Chévatim, Kol Israël Haverim. Alors Jérusalem n'a pas été divisée en tribus, elle appartient à tous. Mais ce n'est pas seulement le lieu du spirituel, c'est aussi le lieu du politique, le lieu du palais du roi. Lorsque la reine de Saba vient rendre visite à Shlomo HaMélekh, elle voit le Temple, très bien, elle voit le palais du roi, mais là elle voit un pont
qui relie le palais du roi au Temple. Et là, elle comprend qu'il y a quelque chose d'unique dans cette nation et dans cette ville, qui est en fait le cœur qui ressent tout le monde et qui donne à tout le monde. En 1967, pour célébrer le retour à Jérusalem, le grand rabbinat d'Israël a décrété que cette journée, le jour où on a récupéré Jérusalem, serait un jour de remerciement, un jour de joie, avec une prière particulière, avec la récitation
Et puis quelques années plus tard, une coutume a commencé à s'organiser, le fameux Rikoud Degalim, la danse des drapeaux. Un drapeau, un étendard, finalement, c'est une sorte de symbole autour duquel on est réuni et qui nous fait lever les yeux vers le ciel, ce qui correspond plutôt bien à Jérusalem. Et là, j'en arrive à ma deuxième question: pourquoi est-ce que tout le monde ne fête pas Yom Yerouchalaïm ? Parce que concrètement, c'est fêté seulement par une petite partie de la société israélienne, surtout le monde
sioniste religieux. Le monde orthodoxe, lui, reste toujours prudent par rapport aux événements historiques, s'ils sont réalisés par des gens qui sont loin de la Torah. Et tout ce monde qui a prié pour Jérusalem pendant 2000 ans ne peut pas aller contre ces sentiments naturels. Et en 1967, il y a une énorme joie
dans toutes les yeshivot, et jusqu'à aujourd'hui, Yom Yerouchalaïm est rappelé comme quelque chose de positif, même dans le monde orthodoxe. Mais le monde laïque, qui fête très largement Yom HaAtsmaout, pourquoi est-ce que Yom Yerouchalaïm n'est pas beaucoup plus fêté ? Ce n'est pas un jour férié. Si on n'est pas à Jérusalem au moment de la danse des drapeaux, on ne se rend même pas compte que c'est un jour spécial
dans le reste de la ville et dans le reste du pays. Et la seule réponse que j'ai trouvée pour l'instant, c'est que ça fait peur de fêter Yom Yerouchalaïm. Parce que fêter notre retour à Jérusalem, ça voudrait dire qu'on est finalement la continuité de ce peuple de la Bible qui a un message pour le monde entier, et ça, c'est une grosse responsabilité. On préfère se dire qu'on est un peuple comme tous les autres, qui aspire à vivre bien et tranquille.
Et malheureusement, parfois, ce sont nos ennemis qui nous obligent à répondre à cette question: est-ce que vous voulez Yerouchalaïm ou pas ? Et tant qu'on n'aura pas une réponse claire, Jérusalem ne nous lâchera pas, comme nous, on ne l'a pas lâchée pendant 2000 ans. Alors pour l'instant, c'est vrai, c'est seulement le monde sioniste religieux qui célèbre cette fête. Il n'y a aucun doute que Jérusalem promenera par tous nos oublieurs. Yom Yerouchalaïm Saméa'h.
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